Plus d’un français sur deux se dit perdu dans sa vie professionnelle, et cela révèle un profond malaise au travail

Par Frederic Becquemin

Plus d’un actif sur deux se dit égaré dans sa vie professionnelle et un sur trois envisage de changer de travail d’ici 2026. Ce basculement révèle un malaise au travail chez des salariés en poste.

Les données collectées par Chance et YouGov dressent le portrait d’actifs qui ne se reconnaissent plus dans leurs missions quotidiennes. Ce baromètre révèle une vaste perte de repères professionnelle qui touche 46 % des 18–54 ans, au-delà des chiffres du chômage. Progressivement, un désengagement professionnel durable s’installe et reconfigure les envies de mobilité annoncées pour 2026 chez une large partie des salariés concernés aujourd’hui.

Un baromètre qui prend le pouls émotionnel du travail

Le 6 janvier 2026, à Paris, Chance a présenté le Baromètre Amour Pro, construit à partir de 49 713 questionnaires anonymisés remplis entre mai et novembre 2025 et enrichi d’une enquête YouGov menée en novembre 2025 auprès d’actifs français. Cet observatoire apparaît comme un véritable baromètre émotionnel du travail.

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L’ambition annoncée dépasse le pur suivi des taux de chômage ou la catégorie des contrats. Les résultats esquissent un socio-cardiogramme du travail, capable de capter les peurs, le sentiment d’utilité et la fatigue morale qui traversent les actifs. Chance met ainsi en scène la notion d’alignement personnel : chacun parvient‑il encore à se reconnaître dans la personne qu’il est au travail ?

Chiffres clés : perte de repères, envie de bouger, obstacles concrets

Les données croisées de Chance et de YouGov dessinent une France au travail mais en plein doute. Parmi les 53 % de répondants Chance qui se disent perdus, seuls 2,3 % affirment que « tout va très bien » dans leur vie professionnelle. Selon les chiffres clés 2026 publiés avec YouGov, 79 % des actifs expriment une forme d’insatisfaction et 30 % envisagent un changement de travail, proportion qui grimpe à 46 % chez les 18–54 ans.

Derrière cette envie de bouger, beaucoup d’actifs se heurtent à des obstacles très concrets. Le manque d’opportunités visibles, cité par 47 % des répondants, l’absence de réseau et la confiance en soi transforment une envie de reconversion en véritables freins à l’épanouissement professionnel.

  • 53 % des répondants Chance se déclarent perdus dans leur vie professionnelle en 2025.
  • Seuls 2,3 % estiment que tout va très bien au travail.
  • 79 % des actifs sondés par YouGov mentionnent une insatisfaction dans leur activité.
  • 30 % veulent changer de travail, une part qui atteint 46 % chez les 18–54 ans.
  • 47 % pointent le manque d’opportunités visibles comme obstacle majeur.
À retenir : près de huit actifs sur dix déclarent une insatisfaction professionnelle, signe d’un malaise durable qui dépasse largement les seuls indicateurs économiques classiques.

Femmes en première ligne du doute, des 25 ans à la cinquantaine

Les données du Baromètre Amour Pro de Chance dessinent un visage très clair du doute professionnel. Le doute féminin domine : 77 % des 49 713 répondant·es interrogé·es entre mai et novembre 2025 sont des femmes, installées pour la plupart au cœur de la vie active, entre 31 et 50 ans, avec plus de dix ans d’expérience.

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Le Baromètre montre aussi. Un questionnement précoce surgit dès 25 à 28 ans, bien avant le classique « cap des 40 ans ». Les 31‑40 ans représentent 37 % des répondant·es, les 41‑50 ans 34 %, dessinant une véritable fracture de genre dans l’accès au doute assumé, alors que 85 % sont pourtant en poste.

Rémunération et pression, un duo qui abîme la vie au travail

Pour les actifs interrogés par Chance et YouGov, la rémunération arrive en tête des motifs d’insatisfaction. Immédiatement suivie par la pression au travail, cette combinaison nourrit une forte insatisfaction salariale : nombreux sont ceux qui disent ne pas se sentir assez payés au regard de la pression subie, alors même que les répondant·es estiment devoir atteindre au moins 2 000 € nets par mois pour « vivre confortablement » et pouvoir se projeter.

Les écarts entre femmes et hommes sont nets : 38 % des femmes, contre 28 % des hommes, déclarent une surcharge de travail. Et des difficultés d’équilibre vie pro, l’épuisement professionnel devient pour 34 % des répondant·es un véritable burnout déclencheur de remise en question profonde.

Le rôle du manager : reconnaissance, écoute et soutien en défaut

Dans le Baromètre Chance 2026 sur la vie professionnelle, la figure du manager apparaît comme un maillon fragile. Beaucoup d’actifs décrivent un quotidien où les succès passent sous silence et où l’écoute disparaît derrière les urgences opérationnelles.

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Dans nombre de témoignages, le manager reste physiquement présent mais émotionnellement absent. Les salariés évoquent un profond manque de reconnaissance, une qualité managériale jugée inégale, et une relation hiérarchique parfois limitée au contrôle des horaires ou des tableaux de suivi.

  • Clarifier les priorités et les marges de manœuvre.
  • Donner des feedbacks concrets, positifs et correctifs.
  • Partager les décisions qui touchent aux conditions de travail.
  • Soutenir les transitions professionnelles au sein de l’équipe.

Réseau, opportunités invisibles et sentiment de légitimité

Le Baromètre Chance 2026 montre que beaucoup de Français en reconversion ont l’impression de tourner en rond. Les offres publiées paraissent limitées, et les démarches classiques de candidature donnent le sentiment de frapper toujours aux mêmes portes closes.

Derrière les annonces visibles se cachent des opportunités cachées, réservées à celles et ceux qui disposent d’un réel accès au réseau. Pour beaucoup, ce filtre invisible érode le sentiment de légitimité et renforce l’idée que certains parcours restent socialement verrouillés.

Plus le marché de l’emploi repose sur des relations informelles, plus la transparence des chances de mobilité se retrouve fragilisée.

Le bilan de compétences comme point d’appui pour reprendre la main

Pour celles et ceux qui ne se reconnaissent plus dans leur poste, engager un bilan de compétences dédié à leur trajectoire professionnelle offre un cadre pour faire le point sans précipitation. Guidé par un conseiller ou une structure spécialisée, ce temps de recul permet de revisiter le parcours, les compétences et les envies, en posant des mots sur ce qui pèse au quotidien.

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Chez les 18–54 ans dont 46 % envisagent un changement de travail d’ici 2026, ce type d’accompagnement est vécu comme une véritable reprise de contrôle sur leurs choix. Le fait de verbaliser le malaise, les besoins et les limites protège la santé mentale au travail.

Vers des métiers plus utiles et relationnels, sans renoncer à la dignité

Parmi celles et ceux qui doutent de leur avenir professionnel, nombre de personnes expriment le désir de se tourner vers des activités plus concrètes, tournées vers l’autre. L’attrait pour les métiers éducatifs, les métiers du soin, l’accompagnement psychologique ou les professions sanitaires illustre cette quête de sens et de relations humaines.

Ce mouvement ne relève pas seulement d’un idéal abstrait : plus d’un Français sur deux se disant perdu dans sa vie professionnelle, la recherche d’utilité sociale va de pair avec l’exigence de conditions correctes, de temps préservé et de dignité au travail au quotidien.

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