L’inscription, dans la loi de finances 2026, d’un plafond de 1 500 euros sur les formations marque un tournant pour la formation professionnelle en France et bouscule déjà des trajectoires.
Syndicats, réseaux d’organismes et associations d’apprenants dénoncent une offensive frontale contre la montée en compétences des actifs. Derrière ce plafond, les droits à la formation vacillent, le compte personnel de formation se rétrécit, l’accès aux compétences se referme et le financement des parcours professionnels s’efface brutalement pour les plus fragiles aujourd’hui.
Ce que prévoit le plafonnement du compte personnel de formation à 1 500 euros
La loi de finances 2026 annonce un virage pour le Compte personnel de formation, qui n’a plus la même promesse qu’en 2019. Ce changement vise d’abord les projets jugés trop coûteux, en limitant progressivement les droits réellement mobilisables par chaque actif.
Le gouvernement met en avant la nécessité de mieux gérer les dépenses publiques liées au Compte personnel de formation. Dans cette logique, il cible surtout les formations du répertoire spécifique et impose un montant maximal 1500 euros par dossier, si bien que le plafonnement du cpf peut bloquer des parcours déjà planifiés.
Salariés, demandeurs d’emploi, travailleurs en reconversion : qui va payer le prix fort
Pour un salarié du commerce, un demandeur d’emploi de longue durée ou un technicien en reconversion vers le numérique, la note grimpe très vite. Une formation de data analyst facturée 8 100 euros ou un parcours d’anglais professionnel à 2 600 euros dépasse déjà le plafond.
Avec ce plafond, même les projets menant à un titre professionnel à 3 900 euros deviennent difficiles à financer sans apport personnel. Dans ces conditions, les publics les plus fragiles font face à un reste à charge financier dissuasif, qui nourrit des inégalités d’accès à la formation et installe durablement une formation à deux vitesses pour les actifs.
Un choix politique contesté face aux besoins massifs de compétences en France
Depuis 2025, les signaux d’alerte s’accumulent : 60 % des entreprises interrogées par Les Acteurs de la Compétence disent avoir du mal à trouver des profils adaptés. Le ministère du Travail recense parallèlement 68 500 faillites d’entreprises sur la seule année 2025.
Face à ce décalage durable entre besoins réels et vivier de talents, le choix de restreindre l’usage du CPF apparaît à contretemps. Les entreprises dénoncent déjà une véritable pénurie de compétences, des difficultés de recrutement persistantes, alors que les transitions numérique et écologique exigent des reconversions à grande échelle.
Les demandes des acteurs de la compétence pour défendre le droit à la formation
Créée en 1991, la fédération Les Acteurs de la Compétence rassemble aujourd’hui 1 150 entreprises de formation, représentant près de 100 000 emplois au sein de nombreuses TPE et PME. Le 6 février 2026, elle a publié un communiqué pour dénoncer le projet de plafonnement du CPF.
La fédération réclame un moratoire sur la mesure, le temps d’en mesurer les effets sociaux et économiques. Elle demande surtout que les acteurs de la compétence soient associés à une véritable concertation avec le gouvernement, afin de garantir un financement cohérent des formations et une réelle égalité d’accès pour les actifs sur tout le territoire.