Contrairement à ce que beaucoup pensent, l’APA n’a pas de plafond de ressources à proprement parler. Vous pouvez y prétendre quels que soient vos revenus, dès lors que vous avez 60 ans ou plus, que vous résidez en France et que vous êtes classé en GIR 1 à 4. Le vrai problème, c’est ailleurs : plus vos revenus sont élevés, plus votre reste à charge grimpe… jusqu’à atteindre 90 % du plan d’aide au-delà d’un certain seuil.
En 2026, les règles de l’APA à domicile sont limpides :
- Aucune participation si vos revenus sont inférieurs ou égaux à 933,89 €/mois.
- Participation progressive entre 933,90 € et 3 439,31 €/mois.
- Au-delà de 3 439,31 €/mois, vous assumez 90 % du plan d’aide. L’APA ne couvre plus que 10 %.
Prenons un exemple concret. Vous êtes classé GIR 2, avec un plan d’aide évalué à 1 600 €/mois. Si vos revenus dépassent 3 439 €/mois, l’APA ne prend en charge qu’environ 160 €. Il vous reste 1 440 € à sortir de votre poche chaque mois. Autant dire que l’aide devient quasi symbolique.
C’est précisément dans cette situation que la question des alternatives se pose. Bonne nouvelle : il existe des leviers fiscaux, des aides parallèles et des dispositifs méconnus qui peuvent changer la donne. Voici cinq pistes solides, chiffres à l’appui.
1. Le crédit d’impôt « emploi à domicile » : votre meilleur allié
C’est sans doute le dispositif le plus puissant quand l’APA ne vous aide presque plus. Et surtout, il est ouvert à tous les foyers fiscaux, y compris ceux qui disposent de revenus confortables.
Comment ça marche ?
Vous récupérez 50 % des dépenses de services à la personne sous forme de crédit d’impôt — pas une simple réduction. Cela concerne aussi bien les salaires et cotisations URSSAF si vous employez directement quelqu’un, que les factures d’un prestataire agréé (entreprise ou association de services à la personne).
Jusqu’à combien pouvez-vous récupérer ?
Les plafonds annuels de dépenses éligibles sont les suivants :
- Cas général : 12 000 € de dépenses prises en compte, soit un crédit d’impôt maximum de 6 000 €/an.
- Première année d’emploi : plafond relevé à 15 000 €, soit jusqu’à 7 500 €/an de crédit.
- Majorations possibles : + 1 500 € par enfant à charge, par membre du foyer de plus de 65 ans, ou pour un ascendant de plus de 65 ans employé à domicile (dans la limite de 15 000 à 18 000 € selon les cas).
En pratique, un couple de retraités de plus de 65 ans qui emploie une aide à domicile peut facilement atteindre un plafond de 15 000 à 18 000 € de dépenses éligibles, soit 7 500 à 9 000 € de crédit d’impôt par an.
Quelles prestations sont couvertes ?
La liste est large : aide à la toilette, ménage, repassage, préparation de repas, courses, accompagnement, garde-malade non médical, petit bricolage, petit jardinage (avec des sous-plafonds spécifiques pour ces derniers).
Pourquoi c’est un game changer quand l’APA ne suffit plus
Contrairement à l’APA, il n’y a ici aucun barème qui pénalise les hauts revenus : le crédit est de 50 % pour tout le monde. Mieux encore, grâce au système de versement immédiat via l’Urssaf CESU (progressivement généralisé), vous n’avez même plus à faire l’avance sur de nombreuses prestations. Votre coût net est directement divisé par deux.
2. Les aides des caisses de retraite : un complément trop souvent oublié
Les caisses de retraite — Assurance retraite, MSA, Agirc-Arrco, caisses des fonctionnaires… — disposent d’une action sociale qui peut financer ou subventionner une partie de l’aide à domicile ou de l’adaptation du logement. Et ces aides s’adressent notamment aux retraités qui dépassent les plafonds de l’aide sociale départementale.
Qui est concerné ?
Ces dispositifs ciblent en priorité les retraités classés GIR 5 ou 6 (trop autonomes pour l’APA), ceux dont les revenus sont trop élevés pour l’aide sociale départementale, ou encore les personnes ayant besoin d’un coup de pouce temporaire — typiquement après une hospitalisation ou lors de difficultés passagères.
Concrètement, quelles aides peut-on obtenir ?
Les caisses peuvent intervenir sur plusieurs volets :
- Vie quotidienne : aide ménagère, entretien du logement et du linge, courses, portage de repas, accompagnement à la mobilité, transport.
- Aides techniques et habitat : téléassistance, petites aides techniques (barres d’appui, sièges de douche…), et parfois une participation financière pour l’adaptation du logement.
- Aides renforcées en cas d’événement : retour d’hospitalisation, décès du conjoint, déménagement, absence temporaire de l’aidant… Des plans d’aide temporaires sur quelques mois peuvent être mis en place.
- Aide à domicile momentanée Agirc-Arrco : destinée aux assurés de 75 ans et plus en cas de difficulté passagère, lorsqu’ils ne bénéficient pas de l’APA.
Les conditions de ressources sont-elles un obstacle ?
Il existe bien des conditions de ressources, mais elles sont souvent moins strictes que celles de l’aide sociale départementale. Les barèmes exacts varient selon les caisses et ne sont pas toujours publiés de manière transparente : le mieux est d’interroger directement votre caisse.
Ce qu’il faut retenir
Même si vos revenus sont relativement élevés, vous pouvez être éligible à une part d’action sociale, surtout en cas d’événement déclencheur (hospitalisation, aggravation). Ces aides sont cumulables avec l’APA, avec le crédit d’impôt pour emploi à domicile, et éventuellement avec MaPrimeAdapt’ pour les travaux.
3. MaPrimeAdapt’ : investir dans son logement pour réduire ses dépenses
MaPrimeAdapt’ ne finance pas l’aide humaine au quotidien. En revanche, elle peut réduire considérablement vos frais à long terme en prenant en charge des travaux d’adaptation : douche à l’italienne, monte-escalier, rampes, élargissement de portes, éclairage à détection, aménagement de cuisine…
De quoi s’agit-il ?
Mise en place par l’Anah depuis 2024, cette aide finance les travaux d’adaptation à la perte d’autonomie dans votre résidence principale. Vous devez être propriétaire occupant ou locataire du parc privé.
Qui peut en bénéficier ?
Les conditions d’âge ou de handicap sont les suivantes : avoir 70 ans ou plus (sans condition de GIR), ou entre 60 et 69 ans avec un classement GIR 1 à 6, ou bien être en situation de handicap avec une incapacité d’au moins 50 %.
Attention aux plafonds de revenus
C’est le point délicat : MaPrimeAdapt’ est réservée aux revenus modestes ou très modestes. Les plafonds dépendent du nombre de personnes dans le foyer et de la région. En Île-de-France par exemple, les revenus fiscaux de référence maximum sont :
| Foyer fiscal | Très modestes (RFR max) | Modestes (RFR max) |
|---|---|---|
| 1 personne | 24 031 € | 29 253 € |
| 2 personnes | 35 270 € | 42 933 € |
| 3 personnes | 42 357 € | 51 564 € |
| 4 personnes | 49 455 € | 60 208 € |
| 5 personnes | 56 580 € | 68 877 € |
| Par personne supplémentaire | + 7 116 € | + 8 663 € |
Si votre RFR dépasse ces plafonds, vous ne serez pas éligible. Mais si vos revenus sont « confortables » tout en restant dans ces fourchettes, c’est un dispositif extrêmement intéressant.
Combien pouvez-vous obtenir ?
- Ressources très modestes : 70 % du coût des travaux pris en charge, dans la limite de 22 000 € HT — soit une aide maximale de 15 400 €.
- Ressources modestes : 50 % du coût des travaux, même plafond — soit jusqu’à 11 000 €.
L’intérêt est stratégique : même si votre APA couvre très peu, des travaux bien pensés peuvent réduire durablement votre besoin d’aide humaine (moins de chutes, gestes quotidiens facilités), et donc vos dépenses mensuelles.
4. La PCH : une alternative méconnue quand le handicap entre en jeu
La Prestation de Compensation du Handicap (PCH) est le pendant de l’APA côté handicap. Dans certains cas, elle peut constituer une meilleure option, y compris pour des personnes de plus de 60 ans.
Quand peut-on y prétendre après 60 ans ?
En principe, la PCH se demande avant 60 ans. Mais il existe des exceptions importantes : elle reste accessible sans limite d’âge si le handicap remplissait déjà les critères avant 60 ans, si vous continuez à travailler, ou si vous perceviez une allocation compensatrice (ACTP) et optez pour la PCH.
Pour être éligible, il faut justifier d’une difficulté « absolue » pour au moins une activité essentielle de la vie, ou d’une difficulté « grave » pour au moins deux activités (se laver, s’habiller, se déplacer, communiquer…).
Que finance la PCH ?
Son périmètre est large : aide humaine (auxiliaires de vie, aidant familial rémunéré), aide technique (fauteuils roulants, équipements spécifiques), aménagement du logement et du véhicule, surcoûts de transport, et même aide animalière.
APA ou PCH : il faut choisir
Les deux aides ne sont pas cumulables pour les mêmes besoins. Il existe un droit d’option entre les deux dispositifs. En revanche, la PCH est cumulable avec l’AAH, la majoration pour vie autonome ou l’AEEH.
Quel intérêt quand on a des revenus élevés ?
Contrairement à l’APA, la PCH ne fonctionne pas avec un barème qui impose 90 % de reste à charge au-delà d’un certain seuil. Le mode de calcul de la participation est souvent plus favorable pour certaines situations de handicap, notamment lorsque le handicap est ancien, grave, ou nécessite du matériel coûteux. Si votre perte d’autonomie relève davantage du handicap que du vieillissement, comparer les deux options peut s’avérer payant.
5. Les coups de pouce complémentaires : aides locales, exonérations et assurances privées
Au-delà des quatre grands dispositifs, une série de leviers plus discrets peuvent encore alléger la facture.
L’aide ménagère départementale : pour les petits budgets
Cette aide s’adresse aux personnes de 65 ans ou plus (60 ans en cas d’inaptitude au travail) qui ne bénéficient pas de l’APA. Mais attention, les plafonds de ressources sont très bas : 1 043,59 €/mois pour une personne seule et 1 620,18 € pour un couple en 2026. Si vous dépassez déjà les seuils de l’APA, cette aide ne sera pas accessible. Elle reste toutefois utile à connaître en cas de baisse de revenus (veuvage, par exemple).
Les aides locales : chaque territoire a ses atouts
Certaines communes et départements proposent des tarifs sociaux sur la téléassistance, des participations au portage de repas ou au transport adapté, voire des heures d’aide ménagère subventionnées. Les montants et conditions varient énormément d’un territoire à l’autre. Le réflexe à avoir : contacter votre CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) ainsi que votre Conseil départemental.
Les exonérations de cotisations et les CESU préfinancés
Même avec des revenus élevés, vous pouvez bénéficier d’exonérations de cotisations patronales si la personne aidée a plus de 70 ans, est invalide à au moins 80 %, ou relève de certains cas spécifiques liés au handicap. Par ailleurs, des CESU préfinancés peuvent être obtenus auprès de votre ancien employeur, de votre comité social et économique, de votre caisse de retraite ou de votre mutuelle. Ces aides réduisent le coût brut des heures d’aide, et se cumulent avec le crédit d’impôt.
Les mutuelles et assurances dépendance : anticiper pour amortir
Dans une logique de prévoyance, les contrats de dépendance ou de perte d’autonomie peuvent verser une rente mensuelle — généralement entre 500 et 1 500 €/mois selon le contrat et le degré de dépendance — ou des forfaits dédiés à l’aménagement du logement et à l’embauche d’aides à domicile. Certaines mutuelles santé prévoient également des services inclus dans leurs garanties : quelques heures d’aide à domicile à la sortie d’hospitalisation, de la téléassistance, des bilans à domicile…
En résumé : la marche à suivre quand vos revenus sont « trop élevés »
Si vos revenus dépassent les seuils où l’APA est réellement aidante (plus de 3 439 €/mois en 2026) et que vous vivez à domicile, voici le plan d’action à suivre :
- Demandez l’APA quand même. Même si elle ne couvre que 10 % du plan, c’est toujours ça. Veillez aussi à ce que votre GIR soit correctement évalué et que le plan d’aide soit suffisamment dimensionné — n’hésitez pas à contester si besoin.
- Maximisez le crédit d’impôt « emploi à domicile ». Structurez votre aide de manière à exploiter au maximum le plafond de 12 000 à 18 000 € de dépenses éligibles, pour récupérer jusqu’à 6 000 à 9 000 € par an.
- Activez l’action sociale de vos caisses de retraite. Demandez un Plan d’Action Personnalisé ou des aides ponctuelles — sortie d’hospitalisation, fragilisation — même si vos revenus dépassent l’aide sociale départementale.
- Explorez MaPrimeAdapt’ si votre revenu fiscal de référence reste dans les plafonds « modestes ». Vous pourriez faire financer 50 à 70 % de 22 000 € HT de travaux, soit 11 000 à 15 400 € d’aide.
- Comparez APA et PCH si votre situation relève d’un handicap antérieur à 60 ans ou si vous exercez encore une activité. La PCH peut se révéler plus avantageuse sur certains postes (équipement, adaptation, rémunération de l’aidant familial).
Le plus important : ne restez pas avec un seul dispositif. C’est souvent la combinaison de plusieurs leviers — APA résiduelle + crédit d’impôt + aides caisses de retraite + exonérations — qui permet de rendre le maintien à domicile financièrement soutenable, même avec des revenus au-dessus des barèmes.