Le recrutement des garages ne dépend pas seulement de leurs offres d’emploi. Selon l’ANFA, le recul annoncé des 15-19 ans pourrait fragiliser la formation des jeunes dans plusieurs régions françaises.
Entre 2025 et 2035, le nombre de 15-19 ans devrait reculer de 5 %. Ce recul n’affecterait pas les services de l’automobile de façon uniforme, car les besoins en qualification varient selon le nombre de voitures, leur âge et les habitudes de déplacement. Dans certains territoires, des garages peinent déjà à recruter. La concurrence s’annonce rude.
Le nombre de 15-19 ans devrait reculer de 5 % entre 2025 et 2035
Le 125e Autofocus de l’ANFA sonne l’alerte auprès des acteurs de la formation automobile. Ses projections de population annoncent une baisse de 5 % des 15-19 ans en France entre 2025 et 2035, une perspective qui pourrait resserrer les admissions dans les lycées professionnels et les CFA.
La tendance nationale masque des écarts. Ce recul démographique réduirait le vivier de jeunes alors que les garages peinent à embaucher. Les disparités entre régions s’annoncent nettes : la Normandie perdrait 11 % des 15-19 ans, et la Bretagne 9 %, contre 5 % à l’échelle française.
La démographie, premier moteur de l’emploi automobile dans les territoires
Depuis 2014, l’ANFA a mené quatre études territoriales sur l’emploi et la formation dans les services automobiles. Ces diagnostics régionaux révèlent une constante : les effectifs des entreprises et les besoins en compétences épousent les variations du nombre d’habitants, mais à des rythmes différents.
Cette relation donne aux territoires une boussole. Là où la croissance de la population soutient les déplacements et l’achat de véhicules, les garages cherchent davantage de salariés, tandis que les organismes de formation ajustent leurs capacités d’accueil. Ailleurs, une population stable ou en baisse n’implique pas mécaniquement moins de postes : l’usage de l’automobile et la structure du parc comptent.
Quels facteurs locaux pèsent sur les besoins des garages ?
À population égale, les garages n’ont pas la même activité. La dépendance à la voiture hors des villes, l’essor des mobilités alternatives et l’âge du parc automobile déplacent la demande d’un territoire à l’autre. Deux indicateurs de l’ANFA rendent ces contrastes visibles :
- À Paris, l’emploi dans le commerce et la réparation automobile a baissé de 22 % en dix ans, un recul unique parmi les départements français.
- L’âge moyen du parc va de 10,4 ans en Île-de-France à 12,4 ans en Centre-Val de Loire.
Les voitures vieillissantes sollicitent davantage les ateliers. Les besoins d’entretien et de réparation varient aussi avec le taux de contre-visite au contrôle technique, le niveau de vie des ménages et les caractéristiques des petits bassins d’emploi. Aux frontières, les tensions liées au travail transfrontalier compliquent l’embauche.
Dans les Pays de la Loire, des recrutements déjà sous tension
En 2025, l’ANFA a interrogé des entreprises des Pays de la Loire sur leurs embauches. Leurs difficultés de recrutement touchent les mécaniciens automobiles et les techniciens de maintenance : 84 % jugent ces postes difficiles à pourvoir dans les garages de la région.
Le diagnostic est encore plus sévère pour la carrosserie. Parmi les employeurs interrogés, 95 % peinent à trouver des carrossiers qualifiés. Ce décalage entre métiers éclaire l’alerte de l’ANFA : avec moins de jeunes susceptibles de se former, les garages pourraient voir les postes vacants se prolonger, sans que la seule ouverture de places en formation suffise à les pourvoir.
L’insertion des apprentis reste inégale selon les régions
Le diplôme ne débouche pas partout sur un emploi. Selon l’ANFA, l’insertion professionnelle des apprentis en maintenance automobile atteint 63 % à 75 % six mois après leur formation, selon les régions. L’écart peut refléter les conditions d’embauche locales, au-delà du nombre de jeunes formés.
Le parcours commence avant l’arrivée en atelier. Des choix d’orientation éclairés aident les candidats à trouver une formation adaptée, puis une entreprise où poursuivre leur apprentissage. L’ANFA invite à limiter les ruptures de contrat et le décrochage en formation : soutenir les jeunes jusqu’au diplôme, puis les accompagner vers l’emploi, répond aux besoins des garages sans miser uniquement sur de nouvelles inscriptions.
Les femmes, encore rares dans les métiers techniques
Selon le métier, la présence des femmes change du tout au tout. D’après l’ANFA, elles constituent près de 23 % des salariés, mais 2 % des mécaniciens et carrossiers. Ce fossé souligne combien la féminisation des métiers techniques peine encore à progresser.
Les salles de formation racontent une histoire bien différente. Les effectifs féminins en formation ont triplé depuis 2016 et progressé de 12 % à la rentrée 2025-2026. En juin 2026, l’ANFA a publié une étude qualitative consacrée aux stéréotypes de genre, accompagnée d’un guide pour les entreprises. L’enjeu dépasse l’entrée en apprentissage : lever les freins à l’orientation, à l’embauche et au maintien des femmes dans les métiers techniques.
Fidéliser les jeunes salariés au-delà de leur recrutement
La baisse annoncée des 15-19 ans ne s’arrête pas à la porte des CFA. Jocelyn Gombault, responsable de projets à l’Observatoire des métiers des services de l’automobile, appelle à travailler la fidélisation des jeunes salariés après l’embauche, en particulier celle des femmes, rares dans les ateliers techniques.
Les départs en fin de carrière et la transformation du parc automobile accentuent déjà la pression sur les garages. Pour soutenir le renouvellement des effectifs, le guide de l’égalité professionnelle publié par l’ANFA propose des pistes sur l’orientation, le recrutement et le maintien des femmes dans l’emploi. Il est accessible sur egalitepro-services-auto.fr.