L’amortissement dégressif bouscule la façon dont vos immobilisations vivent dans les comptes. Les premières années, la charge s’accélère, révélant la vraie usure économique de vos machines, véhicules ou équipements spécialisés.
Ce rythme crée un profil de charges bien plus chargé au départ, puis beaucoup plus léger. Les dotations suivent des annuités décroissantes, calculées sur une valeur résiduelle mouvante, alignée sur la consommation des avantages économiques attendue, ce qui influence nettement vos décisions d’investissement à court, moyen et long terme, parfois.
Quand la machine vieillit, vos charges racontent une autre histoire
Lorsqu’une machine neuve rejoint votre chaîne de production, sa valeur économique s’érode plus vite durant les premières années que sur la fin de sa vie. L’amortissement dégressif transpose cette réalité dans les comptes comptables, avec des dotations élevées au début puis des charges qui diminuent progressivement.
Sur vos états financiers, la différence apparaît dans les comptes de résultat. Cette méthode installe un profil d’amortissement qui épouse mieux le rythme d’utilisation du bien : une machine très sollicitée au démarrage génère plus de recettes, mais aussi davantage d’usure. Le résultat comptable se trouve plus chargé au début, puis s’allège, alors que le total amorti sur 3, 4 ou 5 ans reste identique au linéaire.
Quels biens peuvent vraiment passer en dégressif, et à quelles conditions ?
Pour bénéficier du régime dégressif, tout commence par la nature de l’actif immobilisé. Machines industrielles, matériel de transport ou certains outils informatiques sont classés parmi les biens d’équipement neufs affectés à l’exploitation, achetés ou fabriqués par l’entreprise, en France ou à l’étranger, dès lors qu’ils figurent à l’actif du bilan de clôture annuel comptable.
Pour les services fiscaux, l’horizon temporel de l’investissement joue un rôle déterminant. Les biens éligibles doivent présenter une durée minimale de trois ans, condition qui écarte les matériels très rapidement consommés. À l’inverse, les actifs qui ne se déprécient pas, ou très peu, restent hors champ : on parle notamment des exclusions des terrains et immeubles, mais aussi des fonds commerciaux et des immobilisations déjà d’occasion. Les catégories concernées restent faciles à identifier, comme le montre la liste suivante.
- Machines et outillages industriels neufs utilisés pour l’exploitation.
- Matériels de transport liés directement à l’activité professionnelle.
- Matériels informatiques et électroniques répondant aux critères fiscaux.
- Certains matériels de recherche scientifique ou technique spécifiques.
- Composants d’immobilisations, lorsque le composant lui-même est éligible.
À retenir : l’amortissement dégressif est une option fiscale, et non une obligation, même quand le bien respecte toutes les conditions prévues par l’article 39 A du CGI.
Le coefficient fiscal, ce petit nombre qui change toute la cadence
Le coefficient fiscal agit comme un tempo pour l’amortissement dégressif, en répartissant différemment la charge selon les années. Au lieu de se limiter à un pourcentage unique, la règle ajoute un coefficient multiplicateur au taux de base, ce qui accroît les dotations des premiers exercices. Les montants diminuent par la suite avec la valeur nette comptable, sans remettre en cause la somme totale amortie.
Les chiffres retenus pour ce coefficient découlent de la loi fiscale et non d’un simple choix de gestion. Les praticiens se réfèrent au barème des durées de l’article 39 A du CGI, qui classe les biens selon leur longévité. La doctrine BOFiP vient compléter ce cadre en décrivant la mise en œuvre concrète pour chaque type d’investissement.
Durée d’usage : le point de départ qui fixe le tempo
Le choix de la durée d’usage d’un équipement pose les bases de tout calcul d’amortissement dégressif. Cette durée sert ensuite de repère à la durée d’amortissement fiscale, que l’administration accepte pour déterminer la cadence de déduction du bien.
À partir de ce nombre d’années, un taux théorique se dégage en divisant 100 par la durée retenue. Ce pourcentage correspond au taux linéaire qui sert de base au calcul du taux dégressif appliqué au bien. Le mécanisme dégressif s’exerce ensuite non pas sur le coût initial, mais sur la base amortissable résiduelle observée à l’ouverture de chaque exercice.
Les coefficients standards, selon 3–4 ans, 5–6 ans, ou plus
Les règles fiscales distinguent trois zones de durée pour accorder le bénéfice de l’amortissement dégressif. Pour un bien amortissable sur 3 ou 4 ans, le taux linéaire est renforcé grâce à un coefficient 1,25, ce qui accroît la charge des premières années.
Pour les biens dont la durée d’usage se situe entre 5 et 6 ans, le dispositif prévoit un renforcement sensible du taux appliqué. Le multiplicateur utilisé correspond alors à un coefficient 1,75, ce qui augmente nettement les dotations des premières années. Au‑delà de 6 ans, la loi autorise un coefficient 2,25 appliqué au taux de référence, de sorte que les amortissements initiaux deviennent très élevés avant de décroître.
Matériels de recherche : quand le coefficient se permet une majoration
Certains investissements scientifiques profitent d’un traitement plus avantageux que les autres immobilisations. Lorsqu’un équipement peut être qualifié de matériel de recherche, et qu’il est affecté à des travaux de R&D, l’entreprise peut recourir à un amortissement dégressif plus dynamique.
La réglementation prévoit alors un coefficient majoré par rapport au dispositif standard, avec une hausse confortable du taux appliqué sur les premières années. Ce régime de faveur complète les autres mesures liées à la recherche, comme le crédit d’impôt, et améliore la synchronisation entre l’investissement initial et les économies d’impôt attendues.
Comment calcule-t-on l’annuité, année après année, sans se tromper ?
Pour fiabiliser le calcul, commencez par fixer la durée d’usage fiscale du bien, généralement entre 3 et 10 ans. Dès que cette durée est choisie, vous pouvez établir un plan où la dotation annuelle se base sur la valeur nette comptable et non plus seulement sur le coût d’acquisition initial.
Le taux dégressif s’applique chaque année sur cette base actualisée, ce qui entraîne des montants décroissants. Pour l’exercice d’entrée dans le patrimoine, la quote-part d’amortissement est ajustée par un calcul prorata temporis selon la date de mise en service. Les années suivantes, la même logique produit une annuité dégressive jusqu’au basculement obligatoire vers le linéaire.
Du taux linéaire au taux dégressif, en deux formules nettes
Pour passer du linéaire au dégressif, tout commence par le taux de base. La formule du taux linéaire reste simple : 100 divisé par la durée d’usage retenue fiscalement. Sur 4 ans, le taux est donc de 25 %, sur 5 ans de 20 %, sur 8 ans de 12,5 %, ce qui sert puis de référence pour appliquer le coefficient.
Ce taux linéaire est puis multiplié par le coefficient prévu à l’article 39 A du CGI : 1,25 pour une durée de 3 à 4 ans, 1,75 pour 5 à 6 ans, 2,25 au-delà de 6 ans. On calcule ainsi un taux dégressif constant, par exemple 31,25 % pour un bien sur 4 ans, qui sera appliqué chaque année à la base résiduelle jusqu’à la bascule en linéaire.
La valeur nette comptable qui bouge, et qui change tout
Dans le dégressif, la base d’amortissement se réajuste constamment au fil des exercices. La valeur d’origine du bien sert uniquement de point de départ, puis la base diminue chaque année en fonction du cumul des amortissements déjà comptabilisés. La VNC devient donc l’indicateur central, puisqu’elle reflète la part du coût qui n’a pas encore été reconnue en charge.
Dans la pratique, le calcul de l’annuité dégressive s’articule autour de la base non encore totalement amortie. La VNC début d’exercice reçoit le taux dégressif, ce qui fixe la dotation de l’année. Pour un bien de 10 000 € à 31,25 %, la première dotation s’élève à 3 125 €, la VNC descend à 6 875 €, puis sert de base pour l’année suivante jusqu’à l’extinction du plan.
Le moment charnière où le linéaire reprend le relais
Avec un amortissement dégressif, la répartition des charges ne reste pas figée jusqu’au terme de la vie fiscale du bien. À chaque début d’exercice, l’entreprise recalcule l’annuité dégressive, puis l’annuité linéaire sur la même base et la même durée. Ce calcul déclenche la bascule en linéaire quand la méthode dégressive ne donne plus davantage d’amortissement.
La règle fiscale impose chaque année de mesurer l’annuité dégressive et celle calculée en linéaire sur le solde du plan. Cette mesure en linéaire se fait sur la durée résiduelle du bien, à partir de sa valeur nette comptable. Alors la comparaison des annuités impose définitivement le linéaire seul.
| Année | Méthode | VNC début (€) | Annuité (€) | VNC fin (€) |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Dégressif (35 %) | 10 000,00 | 3 500,00 | 6 500,00 |
| 2 | Dégressif (35 %) | 6 500,00 | 2 275,00 | 4 225,00 |
| 3 | Dégressif (35 %) | 4 225,00 | 1 478,75 | 2 746,25 |
| 4 | Linéaire | 2 746,25 | 1 373,13 | 1 373,12 |
| 5 | Linéaire | 1 373,12 | 1 373,12 | 0,00 |
Sur un investissement de 10 000 €, le passage du dégressif au linéaire peut déplacer plus de 15 % de la charge d’amortissement vers les premières années, sans modifier le montant total amorti.
Linéaire ou dégressif : quel impact sur votre résultat fiscal et la trésorerie ?
Choisir entre amortissement linéaire et dégressif revient à décider du rythme de constatation de la perte de valeur d’un investissement. Avec le dégressif, les premières dotations forment une charge fiscalement déductible plus élevée et réduisent le bénéfice imposable des premiers exercices. Cette avance d’amortissement modifie la physionomie du compte de résultat, sans changer le coût global du bien sur l’ensemble de sa durée d’utilisation réelle.
- Réduction du bénéfice imposable au démarrage, puis hausse progressive lorsque les dotations diminuent.
- Trésorerie renforcée les premières années grâce à un impôt plus faible à payer.
- Image de performance plus modeste au début, puis amélioration du résultat publié.
- Profil d’amortissement adaptable aux investissements lourds ou très consommateurs de cash.
Quand l’entreprise reste bénéficiaire, ce profil accéléré d’amortissement fait baisser l’impôt au démarrage du projet. La trésorerie profite ainsi d’une véritable économie d’impôt immédiate, qui améliore la capacité d’autofinancement à court terme. Ce gain correspond à un déport d’imposition vers les années ultérieures, lorsque les dotations deviendront modestes.
Amortissement dérogatoire : le coulisseau comptable qui suit le fisc
Dans les comptes français, l’amortissement dégressif appliqué pour le calcul de l’impôt ne coïncide pas toujours avec le plan d’usure économique retenu par la direction. Pour suivre ce décalage, la comptabilité enregistre un amortissement dérogatoire qui traduit l’usage de règles fiscales plus rapides que l’amortissement comptable de base.
Ce mécanisme relie l’amortissement fiscal à la vision économique et conserve intacte la valeur brute des immobilisations. Dans la comptabilité, ce décalage devient un écart fiscal comptable enregistré au passif dans les comptes réglementés, si que le résultat traduit le rythme tandis que la base imposable suit les règles de l’article 39 A du CGI.
Pourquoi l’écart apparaît entre l’économique et le fiscal
La logique du PCG conduit à retenir pour chaque immobilisation un plan d’usure censé refléter la consommation des avantages futurs. Dans cette optique, l’amortissement économique reste calé sur l’utilité réelle du bien, même si l’entreprise peut par ailleurs appliquer un mode dégressif sur le plan fiscal.
Le régime dégressif prévu par l’article 39 A du CGI vise à encourager l’investissement productif sur certains biens neufs. Pour l’entreprise, ce choix constitue un dispositif fiscal optionnel qui accélère la déduction des charges tout en créant un décalage entre le résultat comptable et le résultat retenu pour l’imposition.
Le compte 145, et la logique des comptes réglementés
Lorsque le plan fiscal dégressif conduit à des annuités supérieures au plan linéaire, la différence ne transite pas directement par le résultat courant. La comptabilité la porte au passif dans le compte 145 « amortissements dérogatoires », qui regroupe les avantages préalablement issus de l’application de règles d’amortissement fiscal plus rapides.
Sur le journal, l’enregistrement d’un amortissement plus élevé que le linéaire s’effectue d’abord via une ligne de charge classique. Une dotation dérogatoire complémentaire est ensuite passée pour le même bien, contrepartie du compte 145, ce qui garantit une séparation claire entre amortissement de base et suramortissement d’origine fiscale.
Quand les dotations baissent, les reprises remettent l’équilibre
À partir d’un certain exercice, l’annuité calculée selon la méthode dégressive passe au‑dessous de l’amortissement linéaire retenu en comptabilité. La différence s’inverse alors : le passif constitué au compte 145 commence à diminuer grâce à une reprise 7875 (ou 78725 selon le plan détaillé utilisé), inscrite en produit exceptionnel ou en produit d’exploitation selon l’organisation retenue.
Les écritures de reprise ont un impact direct sur la présentation du compte de résultat, en particulier pour les entreprises fortement équipées en matériel industriel ou informatique. Ce jeu de reclassements produit un véritable lissage du résultat entre les exercices et assure une neutralisation dans le temps : sur la durée totale d’utilisation, la charge nette d’amortissement constatée rejoint la valeur d’origine de l’immobilisation.
Et si votre immobilisation est décomposée en composants, que faire ?
Quand une immobilisation est ventilée entre structure et éléments techniques, chaque partie suit un rythme d’amortissement. Le PCG et le BOFiP autorisent un amortissement par composants fiscalement dégressif si le bien ou le composant figure dans la liste de l’article 39 A du CGI et présente une durée minimale de 3 ans. Une machine de 2 000 k€, dont 500 k€ pour un module spécifique et 1 500 k€ pour la structure, peut voir chaque portion amortie séparément, avec des durées et des coefficients adaptés à leur utilisation.
Pour une machine divisée en structure et module, vous fixez une durée à chaque élément. La durée propre du composant sera 5 ans pour module à 500 k€ avec coefficient 1,75, dans une immobilisation décomposée, la structure à 1 500 k€ s’amortit 8 ans avec coefficient 2,25 avant passage au linéaire.
Bon à savoir : l’article 23 de l’annexe II au CGI impose de vérifier chaque année, pour chaque composant, si l’annuité dégressive reste supérieure à celle calculée en linéaire sur la durée résiduelle.
Choisir un rythme d’amortissement qui colle à votre activité
Pour arbitrer entre linéaire et dégressif, regardez la trajectoire de votre résultat imposable sur plusieurs exercices. Une société très bénéficiaire tire un avantage réel d’un taux à 31,25 % sur un bien de 10 000 € amorti sur 4 ans, au lieu du taux linéaire de 25 %, alors qu’une entreprise déficitaire ne voit aucun effet immédiat sur sa trésorerie. Le mode d’amortissement doit suivre le profil économique du bien et de vos marges à terme.
La montée initiale des dotations, portée par les coefficients dégressifs de 1,25, 1,75 ou 2,25, modifie nettement votre résultat comptable. Si vos contrats de financement prévoient des covenants bancaires, un profil trop heurté du bénéfice peut gêner les ratios, d’où la recherche d’une cohérence du plan d’amortissement avec votre communication financière vis-à-vis des banques.
FAQ sur l’amortissement dégressif
Qu’est-ce que l’amortissement dégressif et en quoi diffère-t-il du linéaire ?
L’amortissement dégressif répartit le coût d’une immobilisation avec des annuités décroissantes : les premières années sont plus chargées, les dernières plus légères. Le calcul applique un taux majoré à la valeur nette comptable résiduelle. À l’inverse, l’amortissement linéaire répartit le coût de façon constante en appliquant un même montant chaque année sur toute la durée d’usage.
Quels biens peuvent bénéficier de l’amortissement dégressif en France ?
Le régime dégressif s’applique aux biens d’équipement neufs utilisés pour l’exploitation : machines, matériel industriel, matériel de transport professionnel, matériel informatique amorti sur au moins trois ans, certains matériels de recherche, ainsi que des composants éligibles d’immobilisations décomposées. Sont exclus les terrains, immeubles d’habitation, fonds commerciaux, biens d’occasion et immobilisations amorties sur moins de trois ans.
Quand faut-il basculer de l’amortissement dégressif vers le linéaire ?
Chaque année, l’entreprise compare l’annuité calculée en dégressif à une annuité linéaire recalculée sur la valeur nette comptable et la durée restante. Dès que l’annuité dégressive devient inférieure à cette annuité linéaire résiduelle, le mode de calcul change : le linéaire s’applique sur la durée restante, jusqu’à extinction complète de la valeur amortissable du bien.
Quels sont les avantages fiscaux de l’amortissement dégressif pour l’entreprise ?
Les premières années, le dégressif génère des charges d’amortissement plus élevées, ce qui réduit plus rapidement le bénéfice imposable et l’impôt correspondant. La trésorerie bénéficie ainsi d’un décalage de l’impôt vers les années ultérieures. Sur l’ensemble de la durée d’utilisation de l’immobilisation, le montant total amorti reste identique à celui d’un amortissement linéaire.
Comment calculer le taux d’amortissement dégressif pour une immobilisation ?
Le calcul commence par le taux linéaire : 100 divisé par la durée d’usage en années. Ce taux est ensuite multiplié par un coefficient fixé par la fiscalité : 1,25 pour une durée de 3 à 4 ans, 1,75 pour 5 à 6 ans, 2,25 au-delà. Pour certains matériels de recherche, un coefficient majoré d’un quart de point peut être utilisé, ce qui accélère encore l’amortissement.