En 2026, le marché de l’emploi français se fissure entre pénurie de talents et postes sacrifiés

Par Solene Alonso

Croissance hésitante, tensions sociales et pression budgétaire se télescopent en 2026. Entre réindustrialisation annoncée et crainte des plans sociaux, le marché de l’emploi apparaît instable pour ceux qui veulent encore bouger.

Des secteurs créent des milliers de postes quand d’autres referment brutalement leurs grilles de recrutement et allongent les périodes d’essai. Ces écarts nourrissent des fractures économiques amplifiées par une incertitude politique qui pousse les recruteurs à durcir les critères et à écarter des CV.

Recul de la demande, mais des poches de recrutement bien réelles

Selon le Hiring Lab d’Indeed, le volume total des offres d’emploi en France a reculé de 15,1 % depuis fin 2024, tout en restant 13,3 % au-dessus de février 2020. La construction, le génie industriel, les RH et la tech figurent parmi les métiers pénalisés actuellement.

Dans le même temps, certaines familles de postes affichent une dynamique inverse. Cette baisse des offres coexiste avec une demande de soins médicaux plus du double de 2020, des emplois de soins à domicile en hausse de 44,5 %, et des services de proximité parmi les secteurs sous tension, les postes du bas tercile salarial restant 45,1 % au-dessus de 2020.

Les salaires peuvent-ils rester sages avant la transparence obligatoire ?

Selon Indeed, les salaires publiés en France progressaient encore de 2 % en octobre 2025 par rapport à un an plus tôt, tandis que l’inflation restait limitée à 0,9 %. Les rémunérations les plus basses ont même augmenté de 2,2 %, ce qui nourrit un débat discret sur la capacité des entreprises à contenir la masse salariale avant 2026.

Pour l’instant, la publication des salaires dans les annonces reste partielle. En octobre 2025, 45,2 % des offres Indeed affichaient un montant, alors que la transparence salariale imposera des fourchettes de rémunération d’ici juin 2026 et pourrait renforcer le pouvoir de négociation des femmes, dont 77 % déclaraient connaître leur position salariale en février 2025, contre 86 % des hommes.

En 2025, moins d’une offre sur deux mentionne un salaire sur Indeed, un déséquilibre que la directive européenne sur la transparence doit corriger d’ici juin 2026.

Apprentissage en baisse, l’entrée des jeunes se complique

Entre 2019 et 2023, le Hiring Lab d’Indeed a observé une envolée de 238 % des offres d’apprentissage, avant un repli de 32,3 % entre janvier et novembre 2025 par rapport à 2024. Ce retournement touche surtout les contrats d’apprentissage de niveau bac+2 et plus, dont la progression s’était déjà tassée en 2024.

Dans ce contexte, l’accès au premier emploi se resserre pour les 18‑24 ans. Avec un chômage à 18,8 % au troisième trimestre 2025, leur insertion des jeunes pâtit d’un vivier de postes formateurs plus étroit.

Pourquoi la fin de carrière demeure un potentiel sous-utilisé ?

Pour les fins de carrière, la France reste en retrait par rapport à ses voisins européens. Selon le Hiring Lab d’Indeed, le emploi des seniors de 55‑64 ans affiche un taux d’emploi de 62 %, contre 67 % dans la zone euro et 76 % en Allemagne, ce qui pèse sur le taux d’activité national.

Une enquête YouGov pour Indeed, réalisée en mai‑juin 2025, met en lumière la perception des salariés âgés. Parmi les 55‑64 ans, 20,7 % se disent « pas du tout confiants » pour retrouver un poste et 15,8 % dénoncent une formation continue limitée, ce qui affaiblit la confiance à l’embauche à l’approche de 2026.

À retenir : le maintien en poste des 55‑64 ans représente un levier immédiat pour sécuriser les compétences face aux pénuries annoncées en 2026.

L’IA s’étend et recompose les compétences, sans tout remplacer

Dans les entreprises, l’IA gagne du terrain, mais les suppressions de postes restent limitées. Les directions métiers testent des assistants, automatisent des tâches répétitives et confient aux équipes le soin d’en vérifier les résultats. Cette phase d’apprentissage fait émerger des profils capables d’orchestrer les outils, d’expliquer les limites et d’en sécuriser les usages.

Dans ce cadre, la valeur perçue ne vient plus uniquement de l’exécution des tâches mais de la capacité à donner du sens aux résultats produits par les algorithmes. Les compétences hybrides combinant langage métier et technique, l’adoption de l’IA dans les processus quotidiens et l’évolution des métiers créatifs redessinent ainsi la frontière entre ce qui peut être automatisé et ce qui relève encore du jugement humain.

Quels arbitrages pour les employeurs face aux fractures du marché ?

Les dirigeants entrent en 2026 avec un marché de l’emploi moins tendu, mais plus contrasté selon les métiers et les territoires. Les équipes doivent arbitrer entre le maintien de postes fragilisés par la baisse d’activité et le renforcement des fonctions jugées stratégiques. Cet équilibre suppose une vision claire des besoins à trois ans et des transitions internes possibles pour les salariés déjà en poste.

Dans ce cadre, la question n’est plus de recruter partout, mais de hiérarchiser les besoins. Les priorités de recrutement, l’ajustement des salaires, les politiques RH et l’allocation des ressources vers la formation ou l’IA deviennent les leviers clés d’un repositionnement progressif.

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