« J’ai vendu mon entreprise et j’ai distribué 240 millions de dollars à mes salariés »

Par Frederic Becquemin

Une société cédée pour 1,7 milliard de dollars, des équipes placées au centre du jeu au lieu des seuls actionnaires, un geste inédit dans le capitalisme américain qui surprend encore aujourd’hui.

À Minden, en Louisiane, le dirigeant de Fibrebond décide que sa vente d’entreprise ne s’achèvera pas à la signature, mais par une vaste redistribution aux salariés de 240 millions de dollars. Versés sur cinq ans, ces montants prennent la forme d’une prime exceptionnelle capable d’alléger des dettes, de financer des études ou de sécuriser une retraite pour certains foyers.

Pourquoi Graham Walker a imposé 15 % de la vente pour ses employés

À la tête de Fibrebond, Graham Walker a accepté de céder son entreprise de Minden pour 1,7 milliard de dollars à un fonds d’investissement américain. L’accord signé prévoit qu’au moins 15 % de cette somme, soit environ 240 millions de dollars, reviendront aux quelque 540 salariés. Cette exigence, négociée dès les premières discussions, a été posée comme une véritable condition de vente au futur propriétaire. Walker a indiqué au Wall Street Journal qu’il aurait préféré renoncer à la transaction plutôt que d’exclure ses équipes de ce partage.

Longtemps marqué par l’explosion de son usine en 1998 et par les licenciements du début des années 2000, le groupe fondé en 1982 devait, selon lui, remercier ceux qui avaient tenu bon. Walker présente ce dispositif comme un véritable partage de la valeur, où le pourcentage versé aux salariés traduit concrètement son engagement patronal face aux sacrifices consentis.

Des primes versées sur cinq ans, avec fidélité récompensée chez Fibrebond

Pour la répartition des 240 millions de dollars, Graham Walker a refusé un chèque immédiat. Les primes promises aux 540 employés seront versées chaque année à partir de 2024, en fonction du salaire et de l’ancienneté. Ce mécanisme de versement sur cinq ans doit limiter les départs soudains et lisser l’afflux d’argent, alors que la prime moyenne atteint déjà près de 443 000 dollars par personne.

Ce calendrier s’accompagne d’une clause claire : pour toucher la totalité de la somme, chaque salarié doit rester chez Fibrebond pendant ces cinq années. Dans l’esprit de Walker, cette fidélité récompensée transforme la prime en promesse de stabilité pour l’entreprise, alors même qu’il quittera la direction le 31 janvier et espère, vers ses 80 ans, recevoir des messages racontant comment cet argent a changé des vies.

À Minden, la manne change la vie de salariés et dynamise l’économie locale

Dans cette ville de 12 000 habitants, la vente de Fibrebond transforme le quotidien bien au‑delà des ateliers de production. Banquiers, concessionnaires automobiles et petits commerçants voient affluer de nouveaux clients, portés par la perspective des primes. Les salariés répètent que leur cité, Minden, en Louisiane, ressemble désormais à une communauté gagnante à la loterie, tant les discussions sur les montants reçus animent les rues et les maisons.

Lire aussi :  Éveiller l'esprit d'entreprise : une vision renouvelée pour l'écosystème entrepreneurial

Les effets se lisent dans les trajectoires personnelles : une employée a soldé son crédit immobilier, un autre a remplacé sa voiture vétuste, tandis que Lesia Key, 51 ans et 29 ans d’ancienneté, a ouvert une boutique de vêtements au centre‑ville. Ces projets personnels financés s’additionnent et créent un véritable impact économique local, alimenté par les 240 millions de dollars promis aux 540 salariés sur cinq ans.

Notre site est un média approuvé par Google Actualité.

Ajoutez Mediavenir dans votre liste de favoris pour ne manquer aucune news !

nous rejoindre en un clic
google news follow

Rejoignez la communauté

Laisser un commentaire