Longtemps périphérique pour les entreprises du BTP, l’intelligence artificielle s’impose désormais comme un sujet stratégique, sans encore réussir à transformer réellement les chantiers, les bureaux et les modes de décision.
Selon une étude récente de l’Observatoire des métiers, un décalage net apparaît entre les promesses attribuées à l’intelligence artificielle et la réalité d’usages encore embryonnaires au sein des entreprises du BTP françaises. Derrière les discours technologiques, se joue une mutation des métiers, stimulée par la transformation numérique du BTP, tandis que la quête d’attractivité du secteur et de meilleurs repères opérationnels freine encore les décisions.
Un secteur en éveil face à l’intelligence artificielle
Les résultats de l’étude menée par l’Observatoire des métiers du BTP montrent des dirigeants intrigués par l’IA, mais encore prudents sur ses usages concrets. Sur les chantiers comme dans les bureaux, le sujet circule désormais dans les réunions de direction, les instances sociales et les échanges informels, signe que le thème est sorti du seul cercle des experts numériques.
Les résultats de l’étude soulignent le rôle des organisations professionnelles, qui ouvrent des groupes de travail dédiés à l’IA. Dans ce cadre, une prise de conscience progressive s’accompagne d’attentes des entreprises tournées vers la productivité, la sécurité et l’attractivité des métiers, tandis que la perception des technologies par les équipes conditionne l’évolution des pratiques professionnelles à différents niveaux de la filière.
Usages actuels de l’IA dans le BTP et limites constatées
Les premières applications repérées par l’Observatoire des métiers du BTP se concentrent encore loin des grues et des engins. Les directions utilisent l’IA pour analyser des données de chantiers, préparer des devis plus précis et fiabiliser la gestion documentaire.
Les usages restent pourtant cantonnés à des fonctions de soutien, bien loin d’un bouleversement complet des modes de production. Dans de nombreux cas, l’IA vient enrichir des outils bureautiques intelligents, soutenir des fonctions support numérisées et prendre en charge certaines tâches administratives automatisées, laissant les décisions finales aux équipes, et les principaux usages se regroupent autour de quelques familles.
- Rédaction et mise en forme de comptes rendus de chantier ou de courriels.
- Classement automatique de documents, contrats et pièces techniques.
- Appui aux études de prix par l’analyse de données historiques.
- Prévision de dérives de coûts ou de délais à partir de tableaux de bord.
Les freins technologiques, économiques et culturels qui ralentissent l’adoption
L’Observatoire des métiers du BTP relève que 36 % des entreprises interrogées se déclarent attirées par l’IA, mais passent rarement à l’acte. Moins de 10 % exploitent réellement ces solutions, freinées par des barrières techniques, des contraintes budgétaires lourdes et des arbitrages encore jugés trop incertains sur la durée aujourd’hui.
Les PME et TPE, dont seulement 30 % se disent prêtes contre 50 % des entreprises plus grandes, regardent l’IA avec une prudence marquée. Poids des outils hétérogènes, fragmentation du secteur persistante, faible interopérabilité logicielle et résistance au changement des équipes, surtout chez dirigeants plus âgés, transforment chaque projet en expérimentation isolée et limitent la diffusion de solutions.
Compétences à développer pour rendre l’IA accessible à toutes les entreprises
Pour que l’IA ne reste pas réservée aux grandes structures du BTP, l’Observatoire des métiers souligne le rôle des compétences de base. Le développement d’une culture numérique partagée et d’une maîtrise des données fournit aux équipes socle commun pour structurer l’information, en vérifier la qualité et l’insérer dans outils d’IA utiles aux décisions.
Les besoins intermédiaires et avancés appellent des formations ciblées, portées par les organismes créés autour de l’OPMQ du BTP en 2004 et par les CPNE, capables de relier terrain, bureaux d’études et fonctions support. Cette dynamique de montée en compétences s’appuie sur une ingénierie d’usage reliant outils, organisation et management quotidien.
- Renforcer les compétences de base sur le numérique et la donnée à tous les niveaux hiérarchiques.
- Former des référents capables de choisir, paramétrer et évaluer les solutions d’IA sur chantier comme dans les bureaux d’études.
- Intégrer l’IA dans les parcours métiers existants pour accompagner progressivement les usages.
Cinq axes d’action proposés par l’observatoire des métiers du BTP
Porté par l’Observatoire des métiers du BTP, ce plan d’action sur l’IA articule cinq leviers pour faire progresser la filière : culture numérique partagée, diagnostic des besoins, montée en compétence des équipes, accompagnement au changement et mise en réseau des acteurs locaux du territoire.
Les recommandations concernent TPE et grands groupes, alors que moins de 10 % des entreprises utilisent l’IA et que 36 % déclarent seulement s’y intéresser aujourd’hui. Elle mise sur une organisation des données, la sécurisation des usages, une offre de formation lisible et coordination sectorielle renforcée.
Ce que cette étude change pour les acteurs du BTP et de la formation
Pour les organisations du Bâtiment et des Travaux publics, l’étude sur l’IA éclaire les enjeux à court terme, alors que 50 % des moyennes et grandes entreprises se disent intéressées contre seulement 30 % des TPE. Elle clarifie les priorités pour la branche et oriente les décisions stratégiques.
Les acteurs de la formation s’appuient sur l’Observatoire, créé en 2004 puis structuré en 2006 par les CPNE du Bâtiment et des Travaux publics, à la suite de l’accord du 5 décembre 2003 et de la loi du 4 mai 2004. L’étude sert de cadre pour l’adaptation des cursus aux usages de l’IA et pour un accompagnement des entreprises ciblé sur les compétences.