S’attribuer le travail de l’IA au bureau concerne près de la moitié des jeunes travailleurs

Par Louise Caron

L’écran renvoie un texte fluide, le manager opine, le salarié sourit, chacun fait comme si le travail s’était déroulé exactement comme prévu. Une étude OpinionWay pour Factorial révèle des usages de l’IA au bureau généralisés.

Derrière ces productions impeccables, une génération avance à tâtons entre fierté et malaise face à ce nouvel assistant invisible. Chez les jeunes salariés français, cette aide devient réflexe, presque aussi naturelle qu’un moteur de recherche. Alors l’attribution du travail à la machine s’efface, et la frontière entre auteur et outil parfois explose.

Une adoption de l’IA devenue banale, surtout chez les moins de 35 ans

Depuis quelques mois, les logiciels d’IA se sont installés dans le quotidien des bureaux français, loin de l’image de gadget expérimental. Près de 47 % des jeunes travailleurs, surtout ceux de moins de 35 ans, y recourent pour une délégation des tâches à l’IA qui accélère la rédaction, la recherche ou la mise en forme.

Au quotidien, les jeunes salariés parlent moins de révolution technologique que de confort de travail. Les assistants génératifs en entreprise rédigent un premier jet, restructurent des présentations, proposent des idées, et transforment la productivité perçue des jeunes actifs, qui se jugent plus rapides mais parfois moins auteurs.

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Quand la frontière se brouille entre aide logicielle et production personnelle

Au moment de présenter leur travail, nombre de jeunes salariés peinent à dire ce qui relève d’eux ou de la machine. Mails, rapports ou présentations sont remaniés, complétés, réécrits, au point que la vraie paternité des contenus devient parfois difficile à attribuer, y compris pour le manager.

Dans ce brouillage, certains reconnaissent parfois ne plus savoir d’où vient une idée. La confusion sur l’origine des idées s’installe avec les prompts. Les directions réclament malgré tout une validation humaine des livrables, sans toujours clarifier la transparence sur l’usage de l’IA lorsque 47 % des jeunes s’approprient le résultat final.

Le « débrouillez-vous » des entreprises face aux risques de confidentialité

Dans bien des services, les salariés découvrent l’IA générative par eux‑mêmes, en dehors de tout cadre posé par la direction. Des solutions grand public sont utilisées sur des dossiers clients ou des données sensibles, ce qui alimente une forme de shadow AI difficile à voir, encore plus à encadrer.

Face à ces usages, les directions s’interrogent sur la responsabilité. Elles rédigent des politiques internes d’IA, parfois limitées à un mémo. Les équipes juridiques alertent sur les risques de fuite de données, tandis que les services informatiques réclament une véritable gouvernance des outils pour éviter que 47 % des jeunes salariés ne bricolent leurs pratiques.

Honte, gêne, perte de sens : ce que l’IA change dans la vie au bureau

Dans les open spaces, certains rient jaune en évoquant leurs échanges avec l’IA, puis baissent la voix quand il faut parler des résultats livrés. Plusieurs jeunes salariés reconnaissent avoir ressenti un vrai syndrome de l’imposteur lorsque leur manager les a félicités pour un document largement généré par la machine.

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Ce décalage interroge la distribution des compliments quand 47 % des jeunes travailleurs s’approprient la production de l’IA. Pour certains, le doute sur la reconnaissance au travail et sur la légitimité de leurs compétences nourrit parfois un malaise éthique et fragilise leur estime de soi professionnelle, y compris lors des entretiens annuels.

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