En Europe le capital-risque frôle un échec sur deux sans décrocher face aux États-Unis

Par Frederic Becquemin

Le capital-risque européen sort d’une ivresse coûteuse. Depuis 2021, la correction du marché a refroidi les levées de fonds, sans faire disparaître l’appétit pour les paris technologiques les plus risqués.

Le paradoxe tient dans ce déséquilibre : près d’un investissement sur deux échoue, mais l’écart de rendement avec les États-Unis paraît moins écrasant qu’attendu. Les méga-deals se font plus rares, la rentabilité des startups reprend du poids, et les investisseurs auscultent surtout l’équipe fondatrice. Le mythe vacille, sans bruit.

Des rendements plus proches qu’il n’y paraît entre Europe et États-Unis

Après l’euphorie de 2021-2022, le capital-risque européen a encaissé une correction sévère : les montants levés ont chuté de 55 % par rapport à 2021, selon Audencia. Les méga-tours se sont raréfiés, sans faire disparaître la capacité du marché à produire de belles sorties.

L’étude publiée dans Small Business Economics, fondée sur 611 dirigeants de 396 fonds, couvre 130 milliards d’euros d’actifs sous gestion et 55 % du marché européen. Elle nuance le décrochage : les rendements affichent des performances comparables aux États-Unis, avec un taux d’échec proche de 45 % et 9 % de top deals dépassant dix fois la mise.

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Les fondateurs restent au cœur du verdict des investisseurs

Face à un dossier de financement, le regard se porte vite sur les personnes aux commandes. L’étude montre que 96 % des investisseurs associent la réussite d’une startup à l’équipe fondatrice, tandis que 92 % la citent comme première cause d’échec.

Le produit, la technologie ou le marché ne disparaissent pas du radar, mais les fonds testent d’abord les qualités des dirigeants et leur capacité d’exécution. Cette lecture repose sur des signaux très concrets :

  • la cohésion entre associés ;
  • la lucidité face aux risques ;
  • la vitesse de décision ;
  • la résistance lors des phases tendues.

Valoriser une startup, deux lectures du risque selon les marchés

Aux États-Unis, la valorisation regarde plus loin et accepte une part d’hypothèse plus large. Les investisseurs y scrutent le modèle économique, cité par 83 % d’entre eux, le produit à 74 % et la taille du marché à 68 %.

En Europe, le prix se construit davantage sur des preuves proches du terrain, avec des comparables de marché et des scénarios de sortie plus prudents. Cette différence change la négociation : même dossier, même ambition, mais perception du risque beaucoup plus encadrée.

Le résultat est une logique de valorisation différente : l’Europe privilégie le réalisme, les États-Unis l’ambition. Une mauvaise interprétation de ces attentes peut mener jusqu’à des erreurs de valorisation et même compromettre une levée de fonds.

Benjamin Le Pendeven, professeur et expert en finance entrepreneuriale à Audencia

Le défi européen se joue sur la densité du marché

Le principal écart ne vient pas du rendement, mais du volume disponible. Les fonds européens rencontrent en moyenne 17 équipes avant d’investir, contre 28 aux États-Unis, puis passent par 7 comités d’investissement, contre 10 outre-Atlantique.

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Les due diligences approfondies atteignent 3,3 en Europe, contre 4,8 aux États-Unis, tandis que le nombre de term sheets reste similaire, à 1,7. Pour Audencia, l’enjeu porte sur les capitaux de croissance, le flux de projets et la coopération entre investisseurs.

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