Un mauvais manager a déjà poussé 19% des salariés à démissionner et 41% à y penser

Par Frederic Becquemin

Le malaise managérial ne se voit pas toujours dans les bilans sociaux, mais il finit par peser dans les départs. Une enquête de LiveCareer indique qu’un manager toxique a déjà conduit 19 % des salariés à quitter leur poste.

Plus frappant encore, 41 % y ont déjà songé sans franchir le pas. Derrière la démission de salariés, les entreprises voient leur fidélisation des talents se fissurer, parfois sans bruit, jusqu’au jour où la confiance casse net.

Les départs liés aux managers toxiques ne sont plus marginaux

Selon l’enquête, 19 % des salariés déclarent avoir quitté un poste à cause d’un mauvais manager. Le résultat dépasse l’anecdote, car il décrit une fuite des talents déjà visible dans les organisations. Les chiffres clés se lisent ainsi.

  • 19 % ont déjà démissionné à cause d’un manager.
  • 41 % ont sérieusement envisagé de partir.
  • 20 % ont ressenti de la frustration sans envisager un départ.
  • 20 % n’y ont jamais pensé.

En parallèle, 41 % disent avoir sérieusement pensé à partir, tandis que 20 % ont ressenti de la frustration sans basculer vers la démission. Face à un leadership abusif, le turnover en entreprise devient moins une fatalité qu’un signal de management mal traité.

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Une présence jugée fréquente dans le monde du travail

À première vue, le vécu direct paraît moins noir que le débat public. Près de 49 % des répondants jugent leurs anciens responsables bons, 39 % décrivent des expériences professionnelles mixtes, et 12 % seulement parlent d’un encadrement majoritairement négatif.

Cette lecture se brouille dès que LiveCareer interroge le ressenti global. Pour 73 % des salariés, les mauvais managers sont fréquents, contre 24 % qui les jugent rares et 3 % inévitables. La perception des salariés révèle alors un climat de travail marqué par la défiance.

Favoritisme, mérite confisqué et attentes mouvantes

L’atteinte à l’équité arrive en tête des griefs relevés par LiveCareer. Parmi les salariés interrogés, 36 % disent avoir subi du favoritisme au travail, tandis que 30 % affirment qu’un supérieur s’est attribué leurs réussites, au détriment de leur reconnaissance professionnelle.

Les pratiques citées composent un tableau instable. Les attentes changeantes concernent 26 % des répondants, devant le refus d’assumer ses responsabilités à 20 %, le contrôle excessif à 19 %, l’épuisement minimisé à 19 %, l’humiliation publique à 18 %, l’incompétence perçue à 18 %, l’urgence permanente à 16 % et l’anxiété à 15 %.

Quand la tension managériale gagne toute l’équipe

Un supérieur toxique ne pèse pas seulement sur une relation hiérarchique. LiveCareer associe ces pratiques à des conflits internes pour 52 % des répondants, à des départs de collaborateurs pour 41 % et à une baisse de performance pour 35 %.

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Derrière ces chiffres, l’usure gagne les collectifs. Le stress, l’anxiété et la santé mentale dégradée sont cités par 34 % des salariés, devant la faible confiance à 33 %, le désengagement des équipes à 30 %, le burn-out à 27 % et la stagnation professionnelle à 22 %.

Effet observéPart des salariés concernés
Conflits et tensions dans l’équipe52 %
Départs de collaborateurs41 %
Objectifs non atteints ou performance en recul35 %
Stress, anxiété ou santé mentale affectée34 %
Faible confiance et sécurité psychologique fragilisée33 %
Désengagement30 %
Burn-out et épuisement27 %

Signaler un supérieur toxique reste perçu comme un risque

Parler à l’entreprise ne rassure pas tous les salariés. 54 % des répondants jugent le signalement aux RH risqué ou peu sûr, contre 46 % qui le considèrent comme sûr. Les craintes les plus visibles sont les suivantes.

  • Être étiqueté comme salarié difficile.
  • Voir sa carrière freinée après avoir parlé.
  • Douter de la confidentialité du dossier.
  • Ne pas croire à une réponse concrète de l’employeur.

Cette réserve affaiblit la confiance avant même toute procédure. Quand la sécurité psychologique manque, la peur des représailles pousse certains salariés à se taire, à documenter seuls les incidents ou à préparer une sortie discrète plutôt qu’à demander une intervention formelle.

Les entreprises sanctionnent peu les comportements abusifs

Les suites données aux comportements toxiques nourrissent le malaise. 26 % des managers concernés sont promus, 22 % déplacés à un poste équivalent et 22 % maintenus. Cette faible responsabilisation managériale rend les promotions contestées très visibles.

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Les mesures correctives restent limitées dans les réponses recueillies. Seuls 9 % sont licenciés, 15 % partent d’eux-mêmes et 6 % s’améliorent après un avertissement, une formation ou un coaching professionnel. À ce stade, la culture d’entreprise semble protéger le statut plus que le collectif.

Le mauvais management n’est plus seulement un problème relationnel, c’est une profonde défaillance organisationnelle.

Jasmine Escalera, experte carrière chez LiveCareer

La performance ne suffit pas à protéger la fidélisation

Le résultat économique peut servir d’écran de fumée. 66 % des salariés pensent qu’un manager toxique mais performant a des chances d’être toléré, preuve que les génies toxiques bénéficient encore d’une indulgence liée à leur performance individuelle.

Ce calcul abîme la fidélité au fil du temps. Quand un responsable atteint ses objectifs tout en épuisant son équipe, l’entreprise paie ailleurs : départs, défiance, perte d’énergie et rétention des salariés fragilisée. Les chiffres montrent qu’un succès isolé peut cacher un coût humain élevé.

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