Le cloud a tenu ses promesses. Mais pas toutes.
Il y a dix ans, migrer vers le cloud computing était une évidence. Flexibilité, réduction des coûts d’infrastructure, scalabilité à la demande : les arguments étaient solides, et ils le restent. Aujourd’hui pourtant, de nombreux dirigeants d’entreprise font le même constat : leur facture cloud augmente chaque année, leur dépendance à un ou deux fournisseurs s’est accentuée, et les questions de souveraineté des données — longtemps reléguées au second plan — sont devenues des contraintes contractuelles réelles.
Ce n’est pas un rejet du cloud. C’est une remise à plat de la stratégie.
Des coûts qui dérivent plus vite que prévu
La promesse du cloud était simple : payer ce qu’on consomme, ne plus gérer de matériel, réduire les coûts fixes. En pratique, les entreprises découvrent que les coûts cloud ont tendance à croître de 20 à 30 % par an à mesure que les usages s’étendent, stockage, licences, transferts de données sortants, environnements de test qui tournent en permanence.
Les migrations d’un fournisseur à un autre, les fameuses migrations cloud-to-cloud, ajoutent une couche de complexité supplémentaire. Les frais de sortie de données (egress fees), la refactorisation des applications qui reposent sur des services propriétaires, la période de double hébergement : autant de postes qui font dériver les budgets IT bien au-delà des estimations initiales.
Pour les directions financières, la lisibilité du TCO sur trois à cinq ans est devenue un vrai sujet. Le cloud n’est plus systématiquement l’option la moins chère pour toutes les charges de travail.
Souveraineté des données : d’un sujet politique à une contrainte opérationnelle
Pendant longtemps, la question de la souveraineté des données relevait du débat de principe. Elle est aujourd’hui inscrite dans les contrats. Les entreprises qui travaillent avec des donneurs d’ordres publics, des groupes industriels soumis à NIS2 ou des clients dans des secteurs régulés, santé, finance, défense , se voient imposer des exigences de localisation et de traçabilité des données que les grands hyperscalers américains ne peuvent pas toujours satisfaire.
Le Cloud Act américain reste un point de friction : il autorise les autorités américaines à accéder aux données stockées par des entreprises de droit américain, y compris sur des serveurs situés en Europe. Pour une PME positionnée dans la chaîne de valeur d’un grand groupe, ignorer ce point devient risqué.
C’est dans ce contexte que le cloud souverain, hébergé et opéré sur le territoire européen, sans dépendance à une législation extraterritoriale, s’impose comme une réponse concrète. Des acteurs comme Jiliti, qui a intégré Naitways, opérateur français de cloud souverain, proposent des environnements hébergés en France, conformes aux exigences les plus strictes en matière de localisation et de sécurité des données.
L’approche hybride : ni tout cloud, ni retour en arrière
La réponse que choisissent de plus en plus d’entreprises n’est ni le tout-cloud ni le retour à l’infrastructure sur site. C’est une architecture hybride, pilotée dans la durée par un prestataire capable de gérer les deux environnements sans les opposer.
Concrètement, cela signifie maintenir sur des serveurs physiques les applications critiques dont les performances et les coûts sont mieux maîtrisés on-premise, tout en déployant sur cloud souverain les charges de travail qui bénéficient réellement de la flexibilité du cloud. Le tout avec une gouvernance unifiée, un tableau de bord commun et des SLA cohérents.
Cette approche suppose un interlocuteur qui ne vend pas uniquement du cloud ou uniquement de la maintenance matérielle, mais les deux, avec une vision TCO honnête sur la durée.
Ce que les dirigeants gagnent à anticiper
Trois questions structurent aujourd’hui la décision cloud pour une entreprise : quel est le coût réel de sortie de mon environnement actuel si je veux changer ? Quelle part de mes applications est réellement cloud-native, et laquelle serait plus efficace on-premise ? Et quelle est mon exposition réglementaire si mes données sont hébergées hors de l’Union européenne ?
Ce ne sont pas des questions techniques. Ce sont des questions de stratégie d’entreprise et elles méritent d’être posées avant de signer le prochain contrat de renouvellement.