Demander davantage paraît aisé, jusqu’à l’instant où il faut avancer un chiffre. D’après un sondage national, seuls 19 % des Français ont déjà calculé précisément le montant qu’ils souhaiteraient réclamer.
Ce flottement révèle moins un manque d’ambition qu’une difficulté à transformer sa valeur professionnelle en somme défendable. Entre la peur du refus, les comparaisons imprécises et les outils numériques, la négociation salariale se brouille, puis la demande de rémunération se heurte à une question sèche face à l’employeur : combien ?
Une demande salariale encore rarement chiffrée
Le sondage HOW MUCH, mené auprès de 4 127 personnes, met au jour une difficulté nette à formuler une attente concrète. Seuls 11 % des répondants arrêtent un montant salarial précis en euros, tandis que 8 % définissent leur demande sous la forme d’une hausse en pourcentage.
Cette minorité porte à 19 % la part des personnes capables d’annoncer clairement ce qu’elles veulent obtenir. Parmi les actifs français interrogés, 16 % disposent seulement d’une estimation approximative, trop vague pour constituer une base ferme lors d’une discussion salariale avec leur employeur.
Le flou domine au moment de parler d’augmentation
Le sondage révèle plusieurs degrés d’incertitude avant une discussion sur la rémunération. Ainsi, 16 % des répondants avancent une fourchette salariale approximative, tandis que 13 % ont réfléchi au sujet sans retenir aucun chiffre, une absence de chiffrage qui fragilise leur position.
Le retrait prend des formes plus marquées chez une autre partie des personnes interrogées. Quelque 18 % envisagent une augmentation sans montant, alors que 4 % ne réclameront rien, ce qui traduit un renoncement à négocier. Le reste comprend 27 % de personnes non concernées et 3 % sans réponse.
Résultats, offres d’emploi et inflation servent de repères
Les Français privilégient d’abord des éléments directement liés à leur parcours et à leur poste. Leurs réalisations professionnelles guident 67 % des réponses, devant les offres d’emploi consultées, citées par 43 %, puis l’inflation et le coût de la vie, retenus par 41 %.
Les dépenses du foyer orientent aussi le chiffre demandé puisque 39 % mentionnent leur loyer, leur crédit ou leurs enfants. Les références collectives, les capacités financières supposées de l’entreprise et les salaires des collègues complètent les sources utilisées pour construire une demande crédible :
- 30 % consultent une grille salariale ou une convention collective ;
- 28 % évaluent les moyens financiers de leur entreprise ;
- 24 % comparent leur salaire avec celui d’un collègue au même poste ;
- 13 % demandent conseil à leurs proches ;
- 17 % se fient avant tout à leur ressenti.
Internet et l’intelligence artificielle entrent dans la négociation
Les outils numériques fournissent désormais des points de comparaison avant de rencontrer un employeur ou un responsable. Selon HOW MUCH, 33 % des Français effectuent une recherche salariale en ligne ou sollicitent une intelligence artificielle afin d’estimer la rémunération qu’ils pourraient réclamer.
Ces ressources donnent accès à des grilles, à des annonces comparables et à des pistes pour structurer son argumentaire. Elles ne reflètent pas toujours les particularités du poste ou de l’entreprise visée. À l’opposé, 17 % des personnes interrogées déterminent leur demande par intuition, sans donnée précise ni méthode définie.
Un candidat sur deux réclame davantage que son objectif réel
Les candidats prévoient fréquemment un écart entre leur demande initiale et leur véritable attente. Lors d’un entretien d’embauche, 51 % annoncent des prétentions salariales supérieures à leur objectif : 15 % réclament nettement plus et 36 % un peu plus, afin de préserver une marge de négociation.
D’autres préfèrent afficher directement leur attente puisque 27 % annoncent le chiffre réellement désiré. À l’inverse, 8 % se placent sous le montant espéré par peur de paraître excessifs, tandis que 12 % reconnaissent avancer sans méthode. Les 2 % restants ne savent pas répondre ou ne souhaitent pas le faire.
À retenir : 51 % réclament plus que leur objectif réel, tandis que 8 % demandent volontairement moins.
Le coût total d’un poste reste largement méconnu
La dépense assumée par une entreprise demeure difficile à évaluer pour la majorité des personnes interrogées. Seuls 5 % déclarent connaître précisément le coût total employeur, qui ne se limite pas au salaire brut puisqu’il inclut notamment les charges patronales.
Les évaluations avancées montrent l’ampleur des écarts : 16 % situent ce coût 20 % au-dessus du brut et 17 % retiennent 40 %. Par ailleurs, 12 % l’estiment au double du net, 14 % n’en ont qu’une idée approximative, 31 % n’en savent rien et 3 % ignoraient cette différence.
| Connaissance ou estimation déclarée | Part des répondants |
|---|---|
| Connaissance précise du coût employeur | 5 % |
| Idée approximative | 14 % |
| Environ 20 % de plus que le brut | 16 % |
| Environ 40 % de plus que le brut | 17 % |
| Environ le double du net | 12 % |
| Aucune idée | 31 % |
| Ignorait l’existence de l’écart | 3 % |
| Sans réponse | 2 % |
Même en vacances, certains préparent déjà leur départ
Les congés d’été servent parfois à observer le marché ou à préparer une candidature. Parmi les répondants, 16 % ont consulté des annonces, 14 % ont effectué une mise à jour du CV ou de leur profil et 13 % ont engagé une véritable recherche d’emploi en postulant.
Quelques démarches ont débouché sur des échanges concrets : 2 % ont passé un entretien et 1 % a posé des jours dans ce but. Un contact avec un recruteur a reçu une réponse chez 5 % des sondés. Cette mobilité professionnelle reste parfois différée, puisque 13 % attendent la rentrée, contre 24 % satisfaits de leur poste et 11 % privés de congés estivaux.
La demande d’augmentation s’arrête souvent avant l’entretien
Le passage de l’intention à la discussion demeure délicat pour une large part des répondants. Seuls 15 % disent avoir toujours demandé une hausse lorsqu’ils la souhaitaient, tandis que la crainte du refus freine 39 % des sondés et alimente leur autocensure salariale.
Le chiffre à présenter constitue un autre obstacle pour 37 % des personnes interrogées. La peur d’abîmer la relation avec le manager touche 35 % d’entre elles. Le manque de légitimité, la situation financière de l’entreprise et l’incertitude sur le bon moment complètent les motifs déclarés :
- 39 % anticipent un refus de leur employeur ;
- 37 % ne savent pas quel montant réclamer ;
- 35 % redoutent le regard de leur responsable ;
- 29 % jugent les finances de l’entreprise défavorables ;
- 27 % doutent de leur légitimité ;
- 18 % ne savent pas quand lancer la discussion.
À la rentrée, beaucoup attendent une occasion favorable
Septembre ne déclenche pas immédiatement une vague de discussions sur les rémunérations. Seuls 7 % des sondés prévoient une augmentation de rentrée dès la première semaine, contre 14 % durant le reste du mois et 12 % en octobre ou novembre.
Une part des répondants préfère s’appuyer sur un rendez-vous déjà inscrit dans le calendrier professionnel. Ainsi, 19 % attendront leur entretien annuel, quelle que soit sa date, tandis que 21 % guettent une occasion favorable sans échéance définie. Par ailleurs, 9 % espèrent une initiative de l’employeur et 17 % n’aborderont jamais le sujet.
Le manque de repères nourrit la procrastination salariale
L’envie de gagner davantage ne suffit pas toujours à transformer une attente en démarche concrète. Faute de repères de rémunération, 37 % des répondants ont déjà abandonné une demande parce qu’ils ne parvenaient pas à déterminer le chiffre à soumettre à leur employeur.
Attendre indéfiniment une occasion favorable, comme le font 21 % des sondés, entretient ce décalage. Un objectif salarial daté, fondé sur les résultats, le marché et les responsabilités, donne corps à une demande argumentée. Pourtant, seuls 19 % chiffrent précisément leur attente et 7 % prévoient d’agir dès la première semaine de septembre.