Le bâtiment manque de bras, mais pas forcément de candidats. L’École Gustave affirme avoir reçu près de 12 000 candidatures en un an, alors que son réseau de six campus forme environ 1 000 personnes par an. Un écart qui place la question des moyens de formation au cœur des difficultés de recrutement du secteur.
Parmi ces candidatures, quelque 6 000 répondaient aux conditions d’entrée, notamment à l’éligibilité au financement de France Travail. Pour l’établissement, ces chiffres contredisent l’idée selon laquelle les métiers du BTP ne susciteraient plus d’intérêt. Le vivier existe, mais tous les candidats ne peuvent pas encore être accompagnés jusqu’à l’emploi.
Des candidats présents, mais trop peu de places en formation
Implantée à Paris, Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille et Rennes, l’École Gustave accueille des adultes à partir de 18 ans, sans condition de diplôme. Son parcours associe trois mois de formation intensive, présentés comme un « bootcamp », à une année de professionnalisation en alternance.
Avec trois rentrées annuelles et des classes limitées à 25 élèves, l’école privilégie un apprentissage pratique et un accompagnement rapproché. Ce format limite toutefois mécaniquement le nombre de personnes admises. L’établissement indique ouvrir de nouvelles classes à chaque cycle, sans parvenir à absorber l’ensemble des candidatures recevables.
La difficulté ne se résume pas à financer des heures de cours. Certains profils éloignés de l’emploi ont besoin d’un accompagnement supplémentaire pour résoudre des freins liés à la mobilité, à la stabilité du parcours ou à la recherche d’une entreprise d’accueil.
Le permis de conduire peut notamment devenir déterminant pour rejoindre des chantiers dont les horaires ou la localisation sont mal desservis par les transports. Sans solution sur ce point, une candidature solide sur le papier ne se transforme pas toujours en contrat.
Les entreprises recherchent des profils rapidement opérationnels
Dans le même temps, les besoins exprimés par les employeurs restent importants. Des groupes comme Vinci ou la SNCF sollicitent régulièrement l’École Gustave pour constituer des promotions dédiées de 15 à 20 personnes. France Travail participe alors à l’identification des demandeurs d’emploi susceptibles d’intégrer ces classes.
Selon l’école, un candidat motivé, attiré par le métier et disposant idéalement du permis de conduire peut trouver une entreprise d’accueil en moins d’une semaine. Le recrutement dans le BTP se déroule souvent en un seul entretien. Ce constat révèle néanmoins un second décalage : les candidatures sont nombreuses, mais toutes ne correspondent pas immédiatement aux contraintes concrètes des postes proposés.
Les besoins portent notamment sur des métiers techniques comme la plomberie-chauffage, l’électricité du bâtiment, la couverture-zinguerie ou la maintenance des systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation.
La reconversion professionnelle, un vivier devenu indispensable
La formation initiale, en particulier les CAP accessibles dès 15 ou 16 ans, demeure une porte d’entrée essentielle. Mais le nombre de jeunes diplômés ne suffira probablement pas à compenser les départs à la retraite et les postes déjà vacants.
Les personnes en reconversion constituent donc un vivier stratégique. Elles apportent souvent une première expérience du monde du travail, davantage de maturité et un projet professionnel construit. L’enjeu consiste à rendre leur changement de métier possible financièrement, puis à sécuriser leur passage vers l’alternance et l’emploi durable.
Cette question dépasse le seul recrutement salarié. Dans un secteur fragilisé par les fermetures d’entreprises, former de futurs artisans capables, à terme, de créer ou reprendre une activité participe aussi au renouvellement du tissu économique local.
Revaloriser les métiers du bâtiment
Pour Marie Blaise, cofondatrice de l’École Gustave, augmenter les capacités d’accueil ne réglera pas tout.
« Nous recevons plus de candidatures que nous pouvons absorber chaque année. »
Elle appelle également à cesser de présenter les formations du bâtiment comme des filières de second ordre.
Cette mauvaise image reste un frein, notamment auprès des jeunes et de leurs familles, alors que ces métiers offrent des débouchés concrets et des possibilités d’évolution. Leur revalorisation suppose de mieux montrer les savoir-faire, les niveaux de qualification et les perspectives entrepreneuriales qu’ils permettent.
Fondée en 2021, l’École Gustave dit avoir déjà formé plus de 2 000 personnes et affiche un taux de réussite ainsi qu’un taux de retour à l’emploi de 87 %. Au-delà de ces résultats communiqués par l’établissement, le rapport entre 12 000 candidatures et environ 1 000 personnes formées illustre surtout un défi collectif : transformer l’intérêt pour le BTP en parcours financés, accessibles et réellement connectés aux besoins des entreprises.