La flambée des prix de l’énergie réveille le souvenir douloureux des factures et pleins d’essence de 2022. Pourtant, parler déjà de spirale inflationniste serait aller trop vite.
Le seul signal actuel reste concentré sur l’énergie. Ce choc énergétique importé comprime le budget des ménages, alors que l’inflation hors énergie et produits frais demeure proche de 1 %. La comparaison avec 2022 s’arrête donc là, car les prix ne se diffusent pas encore à toute l’économie. Votre pouvoir d’achat, lui, encaisse déjà.
Un choc pétrolier, pas encore une hausse généralisée des prix
Depuis le début de 2026, l’inflation française a grimpé de 0,3 % à 2,4 %. Selon l’analyse publiée sur Conférence, les cours du pétrole ont fluctué entre 70 et 120 dollars le baril après les frappes contre l’Iran, menées fin février par les États-Unis et Israël.
Cette accélération ne suffit pourtant pas à caractériser une nouvelle spirale inflationniste. Mathieu Plane, économiste et directeur adjoint du département Analyse et Prévision à Sciences Po, relève que l’inflation sous-jacente, hors énergie et produits frais, demeure à 1 %. La hausse des prix de l’énergie reste donc circonscrite et ne gagne pas encore l’ensemble des biens et services comme en 2022.
Les salaires peinent à suivre, le pouvoir d’achat recule
Sur les fiches de paie, le décalage apparaît déjà nettement. Le salaire moyen n’a progressé que de 1,8 %, moins vite que les prix, tandis que les salaires réels, corrigés de l’inflation, stagnent depuis près de sept ans selon Mathieu Plane, une situation inédite depuis l’après-guerre.
Le choc se transmet directement par la facture des hydrocarbures, largement importés en France. D’après les chiffres cités, la perte de pouvoir d’achat atteint 1,3 % sur un an, soit plus de 600 euros en moyenne par foyer. Une hausse nominale du revenu ne protège donc pas pleinement les ménages : carburant, chauffage et déplacements absorbent une part croissante du budget, au détriment d’autres dépenses.
Des aides publiques bien plus limitées qu’en 2022
L’écart avec la riposte déployée lors du précédent choc saute aux yeux. Les boucliers tarifaires avaient représenté 72 milliards d’euros en 2022-2023, alors que l’enveloppe mobilisée cette fois atteint seulement 1,4 milliard d’euros. Le soutien aux ménages change donc d’échelle, laissant une part supérieure de la facture énergétique aux foyers.
Cette différence tient moins à la nature du choc qu’à la capacité de l’État à l’amortir. Selon Mathieu Plane, les marges de manœuvre budgétaires sont désormais réduites, ce qui écarte une compensation comparable à celle de 2022. Le coût se répartit davantage entre ménages et entreprises, tandis que les finances publiques prennent une part bien moindre qu’auparavant.
Les entreprises rognent leurs marges plutôt que d’augmenter leurs prix
Face à l’envolée énergétique, les producteurs n’ajustent pas immédiatement leurs tarifs. Pour l’heure, les marges des entreprises absorbent une partie du choc, ce qui contient la répercussion des coûts dans les prix de vente. Ce choix freine la diffusion de l’inflation, mais fragilise les sociétés les plus exposées aux dépenses de transport et d’énergie.
Cette retenue écarte, à ce stade, le scénario d’un emballement comparable à 2022. Mathieu Plane n’observe pas encore d’effets de second tour, même si l’inflation pourrait atteindre 3 % fin 2026. Les prévisions pour 2027 tablent sur un reflux vers 1,8 %, sans certitude. Tout dépendra de la durée du choc pétrolier et de la capacité des entreprises à comprimer encore leurs marges.