Au Sénat, une question déposée le 15 octobre 2026 relance le débat sur les accompagnants d’élèves. La titularisation des AESH, évoquée lors de discussions ministérielles, pourrait se limiter à 20 % des agents.
À ce stade, aucune décision n’est annoncée. L’hypothèse alimente les inquiétudes syndicales, sur fond de salaires modestes et de contrats à temps incomplet. Au-delà des statuts, l’école inclusive dépend d’un accompagnement continu pour les élèves et d’une certaine stabilité pour les familles. Aucun calendrier n’est fixé, aucun critère n’a été communiqué à ce jour.
Une hypothèse de titularisation relancée au Sénat
À quoi ressemblerait une titularisation limitée à une minorité d’AESH ? Le 15 octobre 2026, Marie-Claude Varaillas, sénatrice de Dordogne, interroge le ministre de l’Éducation nationale par une question écrite au Sénat. Elle demande si seuls 20 % des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) pourraient devenir fonctionnaires et réclame des précisions sur les moyens prévus pour accompagner tous les élèves.
Pour l’heure, ces échanges ne débouchent sur aucune mesure de titularisation applicable. La portée de l’hypothèse de fonctionnarisation, comme l’avenir des agents qui resteraient contractuels, demeure incertaine. Au 20 octobre 2026, aucune réforme n’a été adoptée et le ministère n’a publié aucune réponse à la question écrite de la sénatrice, enregistrée sous le numéro 10337. Les critères précis d’accès au statut ne sont donc pas connus.
À retenir : le chiffre de 20 % désigne un scénario discuté, pas une règle de titularisation.
D’où vient le chiffre de 20 % ?
Le 7 janvier 2026, le Sénat rejette le texte de Marie-Pierre Monier visant à créer un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les AESH. Cette proposition de loi rejetée laisse néanmoins la question de leur statut ouverte. Les ministères de l’Éducation nationale et de l’Agriculture organisent une réunion avec les syndicats le 27 janvier ; un groupe de travail se tient le 20 mai, dans le cadre des concertations du printemps.
Au printemps, l’administration évoque plusieurs pistes pour le statut des AESH et l’élargissement possible de leurs missions. Au fil des concertations ministérielles, aucune proportion précise ne fait l’objet d’une annonce officielle. Selon les comptes rendus syndicaux publiés par le SNALC et la CFDT, la fonctionnarisation partielle envisagée concernerait 10 à 20 % des effectifs. Sur 140 000 AESH, 20 % représenteraient environ 28 000 agents, un ordre de grandeur et non un volume de postes décidé par le gouvernement.
Le CDI ne met pas fin au temps incomplet
Depuis 2023, les AESH peuvent obtenir un CDI après trois années d’exercice, contre six auparavant. Cet accès au CDI stabilise leur contrat, mais ne leur donne pas le statut de fonctionnaire. Lors des débats au Sénat, en janvier 2026, la part des agents en CDI était estimée à 63 %, contre 20 % avant cette mesure. Ce dernier chiffre ne désigne pas la proportion d’AESH qui pourraient être titularisés. La différence tient au statut :
- Un CDI reste un contrat, sans titularisation automatique.
- La titularisation suppose l’entrée dans un corps de fonctionnaires.
Signer un CDI ne transforme pas les heures travaillées en temps complet. Dans sa question écrite du 15 octobre 2026, la sénatrice Marie-Claude Varaillas indique que 98 % des AESH travaillent à temps incomplet et perçoivent en moyenne 1 030 euros nets par mois. Pour beaucoup, 24 heures d’accompagnement par semaine représentent environ 62 % d’un temps complet. Ce temps incomplet subi entretient de faibles rémunérations, même lorsque le contrat n’a plus de date de fin.
Quels AESH pourraient accéder au statut de fonctionnaire ?
Au printemps 2026, le ministère a évoqué une possible titularisation des AESH. Elle pourrait passer par un concours de recrutement académique, suivi d’affectations dans les départements. Reste à savoir si les agents déjà en poste devraient s’y présenter et quelles seraient les conditions de diplôme. Le baccalauréat, généralement exigé pour un concours externe de catégorie B, pourrait écarter des professionnels expérimentés. Les règles de nationalité applicables aux candidats demeurent, elles aussi, à préciser.
Pour les AESH en poste, la prise en compte de l’ancienneté reste incertaine. Les syndicats demandent une reconnaissance de l’expérience professionnelle permettant aux agents sans baccalauréat de faire valoir leurs années de pratique. La sénatrice Marie-Claude Varaillas évoque les AESH référents parmi les bénéficiaires possibles d’une titularisation. Il ne faut pas les confondre avec les assistants d’accessibilité envisagés dans le rapport IGÉSR-IGAS publié le 22 mai 2026 : ces dernières fonctions seraient nouvelles. Le périmètre des postes et les modalités d’accès au statut ne sont pas fixés.
Les syndicats dénoncent le risque d’un métier à deux vitesses
Au printemps 2026, l’hypothèse discutée avec le ministère réserverait la titularisation à une minorité d’AESH, laissant les autres sous contrat. Les syndicats réclament plutôt un corps de catégorie B ouvert aux accompagnants déjà en poste, assorti de meilleures rémunérations et de perspectives de carrière. À travail comparable, des droits durablement distincts dessineraient, selon eux, un métier à deux vitesses.
Le 9 juin 2026, les syndicats ont porté les revendications des AESH lors d’une journée d’action. À travers cette mobilisation intersyndicale, la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques défend l’accès au statut de fonctionnaire pour tous les volontaires, sans titularisation automatique imposée à chacun. Une telle transition pourrait pénaliser certains AESH au moment de la retraite. Les échanges ministériels portent encore sur cette hypothèse, sans qu’une réforme ait été adoptée.
Tous les AESH volontaires devraient pouvoir accéder au statut de fonctionnaire, sans que cette voie soit imposée à leurs collègues non volontaires.
CFDT Éducation Formation Recherche Publiques sur cette question
Le temps complet passerait-il par de nouvelles missions ?
Pour les syndicats, 24 heures hebdomadaires d’accompagnement auprès des élèves devraient valoir un plein salaire. La revendication d’un temps complet rémunéré prend aussi en compte les réunions, la formation et la coordination, hors de la classe. Aujourd’hui, cette quotité représente fréquemment environ 62 % d’un temps plein. Lors du groupe de travail du 20 mai 2026, le ministère a plutôt envisagé d’élargir les tâches confiées aux personnels pour atteindre cette quotité.
Le 22 mai 2026, le rapport conjoint IGÉSR-IGAS a formulé 22 recommandations, sans décider de leur application. Parmi ses pistes, l’évolution des missions passerait par un assistant d’accessibilité, chargé d’améliorer l’accessibilité pédagogique aux côtés des enseignants. Le gouvernement n’a annoncé ni la création de ce métier ni celle d’un corps de fonctionnaires. Les syndicats craignent qu’un temps complet dépende d’une présence accrue, sans reconnaître suffisamment le travail déjà accompli par les AESH.
Des déplacements contraignants dans certains territoires ruraux
Le passage progressif des pôles inclusifs d’accompagnement localisés (PIAL) aux pôles d’appui à la scolarité (PAS) modifie l’organisation de l’aide aux élèves. Au Sénat, dans sa question du 15 octobre 2026, Marie-Claude Varaillas signale que les affectations multiples peuvent s’accompagner d’avenants aux contrats des AESH et modifier leurs lieux de travail habituels.
En Dordogne, la sénatrice évoque des distances entre établissements qui pèsent sur des AESH aux salaires modestes. Lorsque plusieurs sites leur sont confiés, les déplacements en milieu rural allongent leurs journées et génèrent des frais de transport. Le temps de trajet peut compliquer la continuité de l’aide, surtout pour les élèves attachés à des repères stables. Ce constat porte sur les difficultés rapportées dans ce département, sans préjuger de la situation de tous les PAS.
Quels moyens pour les élèves privés d’accompagnement ?
Une notification ne garantit pas toujours la présence d’un AESH auprès de l’élève. Selon le rapport IGÉSR-IGAS publié le 22 mai 2026, environ 10 % des enfants ayant des notifications d’aide humaine resteraient sans solution chaque année. Marie-Claude Varaillas évoque, dans sa question du 15 octobre 2026, près de 49 000 élèves sans accompagnement à la rentrée 2025. Ces estimations renvoient à des sources et à des périodes distinctes, qu’il serait donc trompeur de confondre.
Des postes supplémentaires ne garantissent pas que chaque élève sera accompagné. Dans une réponse publiée le 11 août 2026, le ministère de l’Éducation nationale mentionne, parmi les créations de postes annoncées, 2 000 équivalents temps plein pour la rentrée 2025, après 11 000 postes créés depuis la rentrée 2022. Marie-Claude Varaillas demande quels moyens budgétaires seront prévus en 2027 ; aucun financement supplémentaire ne découle de cette demande.
À retenir : les 2 000 équivalents temps plein annoncés pour 2025 ne constituent pas une réponse budgétaire arrêtée pour 2027.
La stabilité des AESH concerne aussi les familles
Pour une famille, le départ d’un AESH ne se résume pas à une ligne modifiée sur l’emploi du temps. Il faut parfois expliquer de nouveau les besoins de l’enfant, tandis que l’enseignant ajuste ses habitudes de travail. La continuité de la scolarité peut en souffrir, surtout lorsque l’élève s’appuie sur des repères construits avec son accompagnant. Les affectations partagées rendent ce lien plus difficile à préserver.
La faible rémunération peut décourager les AESH. Des formations adaptées et des horaires moins morcelés favoriseraient la fidélisation des accompagnants. Une évolution statutaire donnerait peut-être davantage de stabilité professionnelle aux agents concernés, sans garantir à chaque élève le même accompagnant d’une année sur l’autre. Ses effets sur les recrutements et les changements d’affectation restent à établir selon les règles retenues, les moyens disponibles et leur application locale.