Les projets industriels ne reposent pas tous sur la deeptech. Bpifrance consacre 75 millions d’euros au financement en phase d’amorçage des startups industrielles qui souhaitent implanter leur production en France.
Ouvrir une usine ne suffit pas à attirer les capitaux. Entre 2022 et 2025, ces entreprises ont réalisé 59 % des inaugurations d’usines de startups, mais capté seulement 15 % des fonds levés. Cette enveloppe d’investissement public doit soutenir la réindustrialisation française au-delà des innovations de rupture. L’argent manque encore.
Les startups industrielles non deeptech en manque de financements
En France, plus de 2 300 startups industrielles innovantes actives relèvent de la catégorie non deeptech, soit environ deux tiers de ces entreprises. Leurs projets reposent sur des innovations incrémentales, plutôt que sur des technologies de rupture. Entre 2022 et 2025, leurs levées de fonds n’ont capté que 15 % des montants collectés par l’ensemble des startups industrielles françaises.
Ces entreprises contribuent pourtant directement à la création de nouveaux sites industriels. Sur cette même période, elles ont assuré 59 % des inaugurations d’usines de startups recensées. Bpifrance veut combler ce déficit de financement pour soutenir leur industrialisation, leurs certifications et leur développement commercial.
BAI 2 vise 20 à 25 nouvelles participations en quatre à cinq ans
Doté de 75 millions d’euros, Bpifrance Amorçage Industriel 2 prévoit d’investir dans 20 à 25 nouvelles entreprises en quatre à cinq ans. L’équipe poursuivra l’examen de nouveaux projets dans la lignée du premier fonds, lancé en avril 2023 avec 50 millions d’euros. Les deux véhicules totalisent ainsi 125 millions d’euros.
Raphaël Didier dirige le pôle Amorçage industriel et son équipe de six personnes. Après plus de 1 000 projets identifiés et plus de 400 équipes rencontrées pour le premier fonds, BAI 2 renforce la capacité de réinvestissement dans ses futures participations. Le premier véhicule conserve, de son côté, des réserves pour les entreprises déjà accompagnées.
Quelles entreprises souhaitant produire en France sont éligibles ?
Les candidats au financement doivent proposer un produit ou un procédé différenciant sur un marché déjà identifié. Pour être éligible, leur projet doit prévoir une production en France, réalisée en interne ou confiée à un partenaire. Le fonds ne réserve donc pas ses investissements aux technologies de rupture.
Pour candidater, les entreprises doivent avoir achevé une première phase de recherche et développement. Selon leur avancement, les prototypes et premières séries servent de repères, sans que les deux soient exigés. Le financement vise leur passage à l’industrialisation et à l’accélération commerciale, comme pour le premier fonds.
Des tickets initiaux de 500 000 euros à 2 millions d’euros
Les premières interventions de BAI 2 iront de 500 000 euros à 2 millions d’euros. Bpifrance prendra des participations minoritaires, avec des apports en fonds propres et quasi-fonds propres aux côtés d’investisseurs institutionnels et privés. Son objectif est d’entraîner d’autres financeurs dans ces opérations.
Le bilan du premier fonds illustre cet effet d’entraînement. Selon Bpifrance, chaque euro investi a mobilisé en moyenne 4 euros de capitaux privés. BAI 2 ciblera des tours de table d’environ 1,5 à 15 millions d’euros, que sa présence au capital peut faciliter et aider à boucler, explique Raphaël Didier.
Le premier fonds compte quinze participations aux parcours contrastés
En février 2025, le premier BAI comptait huit entreprises, selon Maddyness. Il réunit désormais quinze sociétés dans son portefeuille de participations, dont Elixir Aircraft, Battri, Isybot et Engo. En juillet, la mobilisation de capitaux privés s’est illustrée chez Elixir Aircraft : 45 millions d’euros levés lors d’une opération menée par le fonds SPI de Bpifrance.
Les trajectoires industrielles divergent. À Moissy-Cramayel, l’ouverture de l’usine de Yumgo illustre le passage à l’industrialisation, alors que la défaillance d’Angell rappelle les risques du capital-risque. Premier investissement du fonds, le fabricant de vélos a été placé en redressement judiciaire en janvier 2025 après un défaut de cadres, puis partiellement repris par Rebirth.