Décarboner le numérique : vers un futur digital plus vert

Par Louise Caron

Le numérique, omniprésent dans notre quotidien, est devenu un acteur majeur de notre empreinte carbone. Internet, nos smartphones, les data centers… tous consomment de l’énergie et participent à l’émission de gaz à effet de serre. Mais alors, comment concilier progrès technologique et respect de l’environnement ?

La réponse réside dans une démarche que nous pourrions qualifier de révolution silencieuse : décarboner le numérique. Cette approche, loin d’être une utopie, est déjà en marche. Elle repose sur une multitude de leviers, allant de l’optimisation de l’efficacité énergétique des infrastructures à l’adoption de l’économie circulaire, en passant par la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables.

La décarbonation du numérique n’est pas seulement une nécessité environnementale, c’est aussi une opportunité d’innovation et de transformation. Elle nous invite à repenser nos modes de consommation et de production, à inventer de nouvelles solutions technologiques et à créer de nouveaux modèles économiques.

Le poids du numérique sur l’environnement

Avant de nous lancer dans les solutions pour décarboner le numérique, il est fondamantal de comprendre l’ampleur de son impact sur l’environnement. Selon une étude du think tank The Shift Project, le secteur numérique représente près de 4% des émissions mondiales de gaz à effets de serre, soit un poids similaire à celui du transport aérien. Par ailleurs, la consommation d’énergie liée au numérique augmente d’environ 9% par an, ce qui pourrait conduire à une situation insoutenable si rien n’est fait pour inverser la tendance.

Le numérique englobe une multitude d’activités et de dispositifs qui consomment de l’énergie et génèrent des émissions polluantes. Les data centers, qui hébergent nos sites web, nos applications et nos données, sont responsables de près de la moitié des émissions liées au secteur. Les réseaux de télécommunications, qui acheminent l’information et permettent la connexion entre les utilisateurs et les services en ligne, représentent environ un tiers des émissions. Les terminaux (smartphones, ordinateurs, tablettes…) sont à l’origine du reste des émissions.

Face à ce constat alarmant, il est urgent d’agir pour réduire l’impact environnemental du numérique. Plusieurs pistes peuvent être explorées, dont certaines sont déjà mises en œuvre par des acteurs engagés dans la transition écologique.

Optimiser l’efficacité énergétique des infrastructures numériques

Pour décarboner le numérique, l’une des priorités est d’optimiser l’efficacité énergétique des infrastructures qui le composent. Cela passe notamment par la mise en place de data centers éco-efficaces, la softwarisation et la virtualisation des réseaux, le partage des plateformes et l’arrêt progressif des technologies 2G et 3G.

Les data centers éco-efficaces

Les data centers éco-efficaces sont conçus pour consommer moins d’énergie et minimiser leur impact sur l’environnement. Plusieurs solutions existent pour optimiser leur efficacité énergétique, comme l’utilisation de systèmes de refroidissement innovants (free cooling, eau de mer…) ou la récupération de la chaleur produite pour alimenter d’autres installations (réseaux de chaleur urbains, serres agricoles…).

Des entreprises comme Google et Microsoft investissent massivement dans la recherche et le développement de data centers verts. Par exemple, Google a annoncé en 2020 son engagement à faire fonctionner tous ses data centers avec une électricité 100% renouvelable d’ici 2030.

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La softwarisation et la virtualisation

La softwarisation consiste à remplacer les équipements matériels par des logiciels capables de réaliser les mêmes fonctions. Cette approche permet de réduire la consommation d’énergie, la production de déchets électroniques et les coûts associés à la maintenance des infrastructures. La virtualisation, quant à elle, permet de mutualiser les ressources informatiques et de faire fonctionner plusieurs systèmes d’exploitation sur un même serveur, optimisant ainsi l’utilisation des équipements et réduisant leur impact environnemental.

Les opérateurs télécoms et les fournisseurs de services cloud sont de fervents adeptes de ces technologies, qui leur permettent d’améliorer leur efficacité énergétique tout en offrant une meilleure qualité de service à leurs clients.

Le partage des réseaux et plateformes

Le partage des infrastructures entre les différents acteurs du numérique est une autre piste pour réduire la consommation d’énergie et les émissions polluantes. Cette approche, appelée infrastructure sharing, consiste à mutualiser les réseaux de télécommunications, les data centers ou encore les plateformes logicielles afin d’optimiser leur utilisation et d’éviter la duplication des équipements.

Ce type de collaboration peut prendre plusieurs formes : co-localisation des équipements, mise en commun des ressources techniques ou encore développement de plateformes multi-tenant. De nombreux acteurs du numérique, notamment les opérateurs télécoms, ont déjà mis en place des partenariats pour partager leurs infrastructures et réduire ainsi leur empreinte écologique.

L’arrêt progressif des technologies 2G et 3G

Les anciennes générations de réseaux mobiles, comme la 2G et la 3G, sont moins éco-efficaces que les technologies actuelles (4G, 5G). Par ailleurs, elles nécessitent des équipements spécifiques qui consomment de l’énergie et génèrent des déchets électroniques. L’arrêt progressif de ces réseaux permettrait donc de réduire l’impact environnemental du numérique.

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Plusieurs opérateurs télécoms ont déjà annoncé leur intention de fermer leurs réseaux 2G et 3G dans les prochaines années. Cette transition vers des technologies moins énergivores et moins polluantes est un pas en avant vers un numérique décarboné.

Aspect du numériqueImpact environnementalStratégies de décarbonation
InternetConsommation d’énergie pour le fonctionnement des serveurs et des infrastructures de réseauOptimisation de l’efficacité énergétique des serveurs, passage à des sources d’énergie renouvelables
SmartphonesConsommation d’énergie pour la production et l’utilisation, déchets électroniquesConception pour la longévité, recyclage et économie circulaire
Data centersConsommation d’énergie pour le refroidissement et le fonctionnement des serveursAmélioration de l’efficacité énergétique, utilisation de l’énergie renouvelable, refroidissement passif

Produire de l’électricité à partir d’énergies renouvelables

La production d’électricité à partir d’énergies renouvelables est une solution majeure pour décarboner le numérique. En remplaçant les sources d’énergie fossiles par des sources d’énergie propres, comme le solaire, l’éolien ou l’hydraulique, il est possible de réduire considérablement les émissions de gaz à effets de serre liées à la consommation d’énergie du secteur numérique.

De nombreuses entreprises du secteur se sont engagées à utiliser des énergies renouvelables pour alimenter leurs infrastructures. Par exemple, Apple a annoncé en 2020 que toutes ses installations fonctionneraient avec une électricité 100% renouvelable d’ici 2030. De même, Facebook s’est fixé comme objectif d’atteindre une consommation énergétique 100% renouvelable pour ses data centers et ses bureaux d’ici 2020.

Ces engagements sont encourageants, mais il faut l’ensemble du secteur numérique se mobilise pour accélérer la transition vers des sources d’énergie propres et durables.

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S’engager dans l’économie circulaire

L’économie circulaire est un modèle économique qui vise à réduire la consommation de ressources et la production de déchets en favorisant le réemploi, la réparation, le recyclage et l’écoconception des produits. Elle représente une opportunité majeure pour décarboner le numérique en limitant l’impact environnemental des équipements électroniques et des infrastructures numériques.

L’écoconception des futurs réseaux

L’écoconception consiste à prendre en compte les critères environnementaux dès la conception des produits et des infrastructures. Dans le secteur numérique, cela implique de développer des équipements électroniques moins énergivores, moins polluants et facilement recyclables. L’écoconception passe aussi par l’optimisation des réseaux de télécommunications, afin de minimiser leur consommation d’énergie et leur empreinte écologique.

Plusieurs initiatives visent à promouvoir l’écoconception dans le numérique. Par exemple, le label EPEAT (Electronic Product Environmental Assessment Tool) permet d’évaluer et de comparer la performance environnementale des produits électroniques, incitant ainsi les fabricants à améliorer leurs pratiques.

Transformer des modèles d’affaires linéaires en modèles circulaires

Le passage d’un modèle d’affaires linéaire (produire, consommer, jeter) à un modèle circulaire implique de repenser la manière dont les entreprises du secteur numérique conçoivent, fabriquent et commercialisent leurs produits. Cela peut passer par la mise en place de systèmes de location ou de leasing pour les équipements électroniques, l’incitation à la réparation et au réemploi, ou encore la création de filières de recyclage spécifiques pour les déchets électroniques.

Des entreprises comme Orange et Back Market ont déjà adopté des modèles circulaires en proposant des offres de location ou de reconditionnement de smartphones. Ces initiatives permettent de prolonger la durée de vie des appareils, de réduire la consommation de ressources et de limiter la production de déchets.

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Le rôle de la blockchain et des jumeaux numériques dans la décarbonation

Les technologies innovantes telles que la blockchain et les jumeaux numériques peuvent contribuer à décarboner le numérique en facilitant le suivi et l’optimisation des ressources énergétiques. La blockchain, par exemple, permet d’enregistrer et de partager des informations sur les transactions énergétiques en temps réel, ce qui facilite l’équilibrage entre l’offre et la demande d’énergie et réduit les pertes liées au transport de l’électricité.

Les jumeaux numériques, quant à eux, sont des représentations virtuelles d’infrastructures réelles qui permettent d’analyser et d’optimiser leur fonctionnement. Ils peuvent être utilisés pour modéliser et tester des scénarios de gestion énergétique, afin d’identifier les meilleures solutions pour réduire la consommation d’énergie et les émissions polluantes.

Des entreprises comme Siemens et ENGIE développent déjà des projets basés sur ces technologies pour décarboner leurs activités et celles de leurs clients. Ces innovations pourraient jouer un rôle clé dans la transition vers un numérique décarboné, en favorisant une utilisation optimale des ressources énergétiques et une meilleure traçabilité des émissions polluantes.

La transition vers un numérique décarboné : un chemin semé d’innovations

En résumé, la décarbonation du numérique est un défi majeur qui nécessite la mobilisation de l’ensemble des acteurs du secteur. De l’optimisation de l’efficacité énergétique des infrastructures à l’adoption de modèles économiques circulaires, en passant par la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables, les pistes pour réduire l’impact environnemental du numérique sont nombreuses et variées.

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Ce chemin vers un numérique décarboné est semé d’innovations et d’opportunités, qui permettront non seulement de préserver notre environnement, mais aussi de créer de nouveaux modèles économiques, de développer des technologies vertes et de promouvoir une consommation responsable des ressources électroniques.

Alors, engageons-nous dès aujourd’hui dans cette transition écologique et numérique pour bâtir ensemble un futur numérique durable et respectueux de notre planète.

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12 réflexions au sujet de “Décarboner le numérique : vers un futur digital plus vert”

  1. Je suis heureux de voir que des entreprises comme Google et Apple s’engagent dans l’utilisation d’énergies renouvelables. C’est un pas dans la bonne direction.

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  2. L’économie circulaire est vraiment une solution intéressante pour réduire les déchets électroniques. Il faut encourager le réemploi et le recyclage des équipements numériques.

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  3. Je suis d’accord, il faut revenir à des technologies plus respectueuses de l’environnement. On se perd dans cette course à la digitalisation et on oublie les conséquences sur notre planète.

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  4. Il est temps d’arrêter de se voiler la face, le numérique est un véritable fléau pour l’environnement. On devrait plutôt revenir à des solutions plus simples et moins énergivores.

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  5. C’est bien beau de parler de décarbonation du numérique, mais qu’est-ce qu’on fait des milliards de smartphones déjà présents dans le monde ? On les jette à la poubelle ?

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  6. Décarboner le numérique, c’est une utopie ! Les solutions proposées sont bien trop complexes et coûteuses pour être réellement mises en place. On peut toujours rêver…

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  7. Je suis d’accord avec Louis, c’est un peu utopique de penser qu’on peut décarboner complètement le numérique. Il faudrait plutôt chercher des alternatives à notre utilisation excessive de la technologie.

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  8. Je suis d’accord avec l’idée de décarboner le numérique, mais il faudrait aussi sensibiliser les utilisateurs à adopter des comportements plus responsables. On est tous responsables de notre empreinte carbone.

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  9. C’est bien beau de parler de décarbonation du numérique, mais est-ce que ça va vraiment changer quelque chose ? On est déjà trop dépendants de la technologie, on ne peut pas revenir en arrière.

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  10. Je trouve ça hypocrite de parler de décarbonation du numérique quand on sait que la production des smartphones et des ordinateurs est extrêmement polluante. Il faudrait aussi revoir notre modèle de consommation.

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  11. Plutôt que de décarboner le numérique, on devrait chercher des alternatives technologiques moins énergivores. Il faut penser à l’avenir et trouver des solutions durables, pas seulement réduire notre empreinte carbone actuelle.

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  12. Même si on essaie de décarboner le numérique, est-ce que ça compense vraiment toutes les autres sources d’émissions de gaz à effet de serre ? Il faudrait plutôt se concentrer sur les secteurs les plus polluants.

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