La souveraineté française se joue aussi sur le terrain des récits. Avec la guerre informationnelle, une rumeur bien orchestrée peut brouiller le débat public et fragiliser durablement la confiance collective.
Une enquête Ipsos bva menée en septembre 2026 décrit des Français attachés à la souveraineté, mais peu convaincus par les moyens déployés pour la défendre. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, les entreprises françaises pourraient peser dans ce débat, par leurs choix industriels autant que par leur parole. La défiance, elle, ne s’efface pas sur commande.
Une souveraineté valorisée, mais jugée insuffisante
Sept mois avant la présidentielle de 2027, la souveraineté mobilise. L’enquête Ipsos bva, réalisée du 2 au 5 septembre 2026 pour Entreprises & Médias, rendue publique à Paris le 9 octobre 2026, indique que 87 % des Français placent la souveraineté nationale au premier plan.
Ce large consensus ne vaut pas satisfecit : 76 % des personnes interrogées jugent le degré de souveraineté de la France insuffisant. Leur regard dépasse les frontières nationales. En toile de fond, l’autonomie européenne renvoie aux capacités industrielles et technologiques de l’Europe, ainsi qu’à sa place dans la circulation de l’information.
Ressources, dette et numérique parmi les menaces citées
Le classement place les dépendances économiques devant les fragilités numériques. La dépendance aux ressources extérieures ouvre la marche, suivie de la dette publique. La concurrence économique internationale complète ce trio de tête ; la question cite la Chine, l’Inde et les États-Unis.
Le numérique ferme le classement, sans disparaître des préoccupations. Les risques de cyberattaques précèdent la dépendance aux géants technologiques étrangers. Voici les cinq menaces retenues par les répondants, avec leur poids respectif :
- Ressources venues de l’extérieur : 52 % ;
- Niveau de la dette : 46 % ;
- Concurrence économique mondiale : 36 % ;
- Cyberattaques : 31 % ;
- Géants du numérique et technologies étrangères : 28 %.
L’IA nourrit la crainte d’une désinformation accrue
Les réseaux sociaux et les moteurs de recherche concentrent une partie des échanges d’information. Cette dépendance aux plateformes numériques étrangères, détenues notamment par des acteurs américains et chinois, alimente les interrogations : 87 % des Français craignent que l’intelligence artificielle favorise la diffusion de fausses informations.
L’enquête mesure ici une crainte, pas une hausse constatée de la désinformation. Un autre signal s’y ajoute : 63 % des répondants ont le sentiment de manquer d’informations sur les grands défis auxquels la France fait face. Ces résultats traduisent une inquiétude quant à l’accès à une information fiable, sans mesurer l’ampleur réelle des manipulations ni leurs causes.
Les Français attendent aussi la parole des entreprises
L’attente envers les grandes entreprises dépasse leurs seules décisions économiques. 84 % leur reconnaissent un rôle dans la souveraineté ; 66 % attendent la parole des entreprises sur les enjeux nationaux. Leur place divise : 44 % les veulent en appui de l’État, 35 % à égalité, 5 % prioritaires, quand 9 % réservent ce rôle à l’État. Leur expertise en cybersécurité intéresse 80 % des Français, les transformations technologiques 77 %, l’IA 71 % et la désinformation 65 %. Pour Ulrike Decoene, cette responsabilité informationnelle peut nourrir la qualité du débat public.
L’enquête montre que les Français considèrent les entreprises comme des parties prenantes fiables, responsables pour contribuer à construire un champ informationnel de qualité.
Ulrike Decoene, présidente d’Entreprises & Médias
Produire en France sans renoncer à des prix accessibles
Les usines occupent une place centrale dans les réponses des Français. Pour 47 % des sondés, les grandes entreprises devraient maintenir ou relocaliser leur production en France. La relocalisation de la production traduit ainsi cette attente d’une activité industrielle bien ancrée en France, au plus près des territoires.
Cette préférence pour les produits fabriqués en France ne gomme pas pour autant la question du pouvoir d’achat. Une fabrication française abordable est demandée par 29 % des sondés. Côté pouvoirs publics, 35 % veulent soumettre les produits importés aux mêmes normes que les produits français ; 32 % réclament une baisse des impôts et des charges.