« On m’a fait espérer une augmentation », ces 53 % des salariés qui racontent des promesses jamais concrétisées

Par Frederic Becquemin

Pour de nombreux salariés, le rituel des entretiens annuels ressemble à un rendez-vous manqué. Le poste évolue, les missions s’empilent, mais la reconnaissance, elle, demeure étrangement immobile.

Des données récentes révèlent un malaise persistant, fait de parcours apparemment réussis et de motivation qui se fissure. Selon une étude MonCVParfait, des milliers de salariés décrivent des promesses d’augmentation non tenues, une progression de carrière illusoire et une profonde déception au travail qui gangrène peu à peu leur confiance. Jusqu’où accepter encore cela, vraiment sans réagir ?

Quand la charge de travail augmente, mais pas la reconnaissance

Pour beaucoup d’actifs, les journées s’allongent, les dossiers s’empilent et la pression grimpe sans que la fiche de poste ne change. La prise en charge de nouveaux projets, de remplacements ou de tâches transverses est généralement présentée comme une étape vers plus d’autonomie.

Les heures supplémentaires se multiplient, les soirées se prolongent et les week-ends se remplissent parfois d’e-mails urgents. Peu à peu, cette accumulation crée une réelle surcharge de travail, avec des responsabilités sans augmentation, tandis qu’une reconnaissance salariale absente installe un doute profond sur la valeur accordée au poste.

  1. Prise en charge durable de collègues absents, sans ajustement de poste.
  2. Ajout de tâches administratives chronophages en parallèle du cœur de métier.
  3. Participation imposée à des comités ou groupes de travail non reconnus.
  4. Extension des plages horaires pour répondre aux urgences récurrentes.
Lire aussi :  Réforme de la formation des enseignants : les universités prises de court par un calendrier chaotique

Promesse d’augmentation, promotion reportée : comment les paroles se dérobent

Les salariés racontent ces entretiens où l’on évoque une belle progression, un changement de poste ou une augmentation « l’an prochain ». Rien n’est écrit noir sur blanc, mais chacun repart avec l’idée qu’un palier sera franchi.

Quelques mois plus tard, les mêmes promesses se diluent dans le quotidien, rattrapées par des priorités budgétaires ou des réorganisations internes. Les salariés se heurtent alors à des promesses RH vagues, à une promotion qui n’arrive pas, à des engagements managériaux difficiles à vérifier et à des conditions d’augmentation modifiées au fil des discussions.

Selon cette enquête, 53 % des salariés disent avoir reçu une promesse d’augmentation ou de promotion qui ne s’est jamais concrétisée, ce qui alimente une crise de confiance envers la parole de l’entreprise.

Des « nouvelles responsabilités » sans nouveau titre : le quotidien de la ghost growth

Beaucoup de salariés voient leur intitulé rester identique alors que leur quotidien change radicalement : coordination d’équipe, suivi de projets stratégiques, reporting plus technique. Cette montée en puissance s’installe progressivement par petites touches, sans annonce formelle ni ajustement de contrat.

Sur le papier, tout semble figé ; dans les faits, la description de poste finit par ne plus correspondre à la réalité vécue. Cette dissonance alimente une impression de progression superficielle, une sorte d’évolution performative qui masque un réel élargissement de périmètre et un niveau de responsabilité bien plus élevé que ce que laisse penser le titre affiché.

Lire aussi :  Édifice : la plateforme qui change les règles de l'éducation avec Generis Capital et Bpifrance

Pourquoi tant de salariés acceptent encore des projets en plus

Face à cette stagnation déguisée, beaucoup continuent malgré tout à dire oui à chaque nouvelle mission, à chaque dossier urgent ou tâche ponctuelle qui s’ajoute. L’idée persiste qu’un investissement visible finira par être repéré par la hiérarchie.

Dans les réunions, certains acceptent d’animer des groupes de travail, d’autres restent tard pour terminer des présentations sans y être obligés. Cette disponibilité permanente prend la forme de projets additionnels, nourris par un espoir d’avancement, entretenus par une culture du présentéisme et par une forte pression à paraître performant aux yeux des managers comme des collègues.

  1. Crainte d’être perçu comme peu impliqué en cas de refus.
  2. Volonté de sécuriser une future recommandation interne.
  3. Espoir de faire partie des premiers nommés lors d’une prochaine promotion.
  4. Peur de fragiliser sa position dans une équipe déjà sous pression.

Frustration, burn-out, impression d’être piégé : l’impact qui s’installe

Avec le temps, la répétition des promesses non tenues laisse des traces profondes : perte de confiance, démotivation, difficultés à se projeter dans la même entreprise. Le salarié a l’impression de donner beaucoup sans savoir où mène réellement cet investissement quotidien.

Les signaux d’alerte apparaissent par petites touches : troubles du sommeil, irritabilité, fatigue qui ne disparaît plus pendant les week-ends. La frustration professionnelle se combine alors à un burn-out lié au travail, installant un profond sentiment d’impasse et nourrissant une réelle intention de démission, parfois tue par peur de perdre une stabilité financière déjà fragile.

Près de deux salariés sur trois déclarent que leur évolution de carrière ressemble à une illusion, un signal fort d’un système qui fait progresser la charge plus vite que la reconnaissance.

Ce que les salariés mettent vraiment derrière le mot « évolution »

Quand ils parlent d’évolution, les salariés interrogés ne pensent pas d’abord à un nouveau logiciel ou à un bureau plus lumineux, mais à un changement concret de leur trajectoire. Le premier critère reste une rémunération plus élevée, en cohérence avec les efforts fournis et les responsabilités déjà prises.

Lire aussi :  Qu'apportera la réforme au mérite pour les fonctionnaires après son report ?

Les attentes s’élargissent pourtant bien au-delà du salaire, avec une aspiration nette à sortir du modèle où l’on doit tout sacrifier pour avancer. Beaucoup réclament un véritable équilibre vie pro vie perso, des perspectives de promotion claires et des opportunités managériales accessibles, afin de ne plus voir leur carrière comme une illusion mais comme un chemin lisible.

Notre site est un média approuvé par Google Actualité.

Ajoutez Mediavenir dans votre liste de favoris pour ne manquer aucune news !

nous rejoindre en un clic
google news follow

Rejoignez la communauté

6 réflexions au sujet de “« On m’a fait espérer une augmentation », ces 53 % des salariés qui racontent des promesses jamais concrétisées”

  1. Les promesses d’augmentation « l’an prochain »… classique. C’est comme le Père Noël, ça existe mais faut y croire très fort.

    Répondre
  2. « Ghost growth » mdr. Donc je fais chef de projet, psy, secrétaire et pompier, mais sur mon titre je suis toujours pareil. Trop logique, bravo l’entreprise.

    Répondre
  3. Ah oui super, encore un article pour dire que on bosse plus et on gagne rien. Merci, j’avais pas remarqué en faisant des mails le dimanche.

    Répondre
  4. Franchement, ces histoires de ‘nouvelles responsabilités’ sans nouveau titre, ça me rappelle ces soirées où on me promettait une belle surprise mais au final j’avais juste droit à un vieux DVD déjà vu 100 fois. On dirait bien que certaines entreprises ont fait de la désillusion leur spécialité.

    Répondre
  5. C’est tellement vrai ! On se retrouve avec des responsabilités qui augmentent sans cesse, mais toujours avec le même titre et la même paie. C’est un peu comme si on nous faisait miroiter un gâteau alléchant, mais qu’on ne nous donnait jamais une seule miette à déguster.

    Répondre
  6. Vraiment super de voir comment les salariés se retrouvent à accepter toujours plus de travail sans aucune reconnaissance en retour. C’est sûr que c’est motivant de se tuer à la tâche pour un hypothétique ‘l’an prochain’. On se demande où est passée la notion d’équilibre et de respect du travailleur…

    Répondre
Répondre à Romy Annuler la réponse