Pourquoi le recrutement en EHPAD tient encore par le sens du métier face à la crise des effectifs

Par Louise Caron

En Ehpad, les repères vacillent, pas la vocation. Derrière les plannings tendus, l’engagement professionnel demeure très haut dans les métiers du soin, malgré une fatigue qui ne se cache plus désormais.

Ce qui frappe, c’est l’écart entre la fierté affichée et l’usure quotidienne. Sous la crise des effectifs, les renforts promis peinent à atteindre le secteur du Grand Âge, et certains professionnels, attachés à leur mission, regardent pourtant déjà la sortie. Cette fidélité menacée ne laisse plus beaucoup de doutes désormais.

Pourquoi l’engagement reste si élevé dans les établissements

D’après les données du label Vivre, 97 % des salariés d’EHPAD disent rester engagés. Ce score surprend peu quand on regarde leurs journées, entre présence auprès des résidents, gestes répétés, paroles rassurantes et appui aux familles. Malgré des équipes sous pression, le travail garde une portée très concrète.

Cette adhésion tient aussi à ce que beaucoup décrivent comme le sens du métier : servir une utilité sociale visible, et prolonger la vocation du soin dans un cadre fragilisé. Le manque de bras use, mais l’idée d’être utile continue de souder les équipes.

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Une fierté collective qui tient encore face au manque de bras

L’enquête du label Vivre montre une satisfaction qui tient encore. Ainsi, 90 % des salariés disent partager une fierté d’équipe, et 83 % jugent satisfaisant leur équilibre de vie professionnelle. Cette cohésion amortit une part de la fatigue et nourrit le sentiment de bien faire, même quand les journées débordent.

Le revers apparaît dans les mêmes résultats : 49 % évoquent des moyens humains insuffisants. Quand les remplacements manquent, le temps accordé au lien humain se rétrécit, alors que c’est précisément ce qui donne sa valeur au travail accompli auprès des résidents.

Nous devons sanctuariser ce qui fait vibrer les équipes aujourd’hui : la qualité du lien humain.

Mayeul L’Huillier

Les promesses de recrutement ne se voient pas assez sur le terrain

Les annonces publiques dessinent une trajectoire ambitieuse, mais les équipes peinent à la voir. La DREES fixe un objectif national compris entre 150 000 et 200 000 recrutements sur 25 ans, tandis que 50 000 postes promis ont été annoncés en 2022 pour les EHPAD.

Sur le terrain, l’Observatoire du label Vivre décrit un effet partiel : seule la moitié de ces créations serait perceptible. Les renforts attendus tardent, et la tension de recrutement continue de peser sur les plannings, les repos et la disponibilité auprès des résidents.

Quand le manque de soutien et de repères fragilise le quotidien

Les effectifs ne disent pas tout du malaise relevé par le label Vivre. Dans l’enquête, 25 % des salariés estiment manquer de soutien hiérarchique, et 31 % jugent que la communication interne ne circule pas assez bien entre services, cadres et équipes de terrain.

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À cela s’ajoute une autre faille : 31 % ne voient pas de perspectives d’évolution. Quand les repères se brouillent, la charge paraît plus lourde, les arbitrages sont moins lisibles, et la lassitude gagne même les professionnels les plus investis.

Un risque de départ déjà visible parmi les professionnels

L’attachement au métier reste massif, mais il ne protège plus de tout. Selon l’Observatoire du label Vivre, 18 % des salariés envisagent un changement de métier dans les trois prochaines années, signe que la fidélisation des soignants se fissure déjà dans plusieurs établissements.

Ce mouvement prend racine dans des conditions de travail qui se durcissent, avec des équipes incomplètes et des rythmes qui s’étirent. Quand s’installe l’usure professionnelle, la vocation ne suffit plus à retenir ceux qui doutent de pouvoir durer.

Les chiffres du label Vivre donnent une photographie précise du secteur

Le périmètre de l’étude aide à mesurer la portée des résultats. Les données agrégées réunissent 26 EHPAD situés dans 16 départements et 6 régions, avec plus de 2 400 répondants issus d’une enquête anonymisée menée auprès des salariés.

Fondé par Stéphane Dardelet et Mayeul L’Huillier, le label Vivre a conduit 38 déploiements, obtenu 17 labellisations et suivi des établissements évalués dans 13 départements. Cet ensemble offre une photographie solide, centrée sur le vécu réel des équipes.

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