Les défaillances poursuivent leur ascension en France, avec 37 700 entreprises touchées au premier semestre 2025, très au-dessus des niveaux observés avant la crise sanitaire. Le redressement des finances publiques nourrit désormais une inquiétude tenace.
Le remboursement des prêts garantis par l’État étrangle les trésoreries, tandis que les charges rognent l’emploi et l’investissement. Pour les très petites entreprises, la perspective d’un nouveau tour de vis fiscal devient désormais une menace bien plus concrète. Certaines ne passeront pas l’été.
Une vague de défaillances qui frappe les plus petites entreprises
Les dernières données révèlent une dégradation marquée pour les structures les plus modestes. D’après l’étude Altares, 37 700 défaillances d’entreprises ont été recensées en France au premier semestre 2026, soit 1 500 de plus qu’entre janvier et juin 2025. Les TPE concentrent une large part de cette progression.
Au deuxième trimestre, 17 486 procédures ont été ouvertes, un volume en hausse de 5,4 % sur un an. Ce résultat dépasse de près de 40 % le niveau antérieur à la crise sanitaire. Les entreprises comptant moins de trois salariés paient le tribut le plus lourd, avec une augmentation de 8,3 % des défauts.
Les jeunes structures tombent plus vite, souvent sans sauvegarde
Les sociétés récemment créées résistent difficilement lorsque les commandes ralentissent ou que les échéances s’accumulent. Les défauts augmentent ainsi de 12,7 % parmi les entreprises de moins de trois ans. Leur faible réserve financière, conjuguée au manque de garanties, réduit fortement leurs possibilités de redressement.
Pour 93 % de ces jeunes entreprises, le tribunal prononce une liquidation sans passer par une procédure de sauvegarde. Toutes anciennetés confondues, les liquidations judiciaires directes constituent 66,3 % des procédures ouvertes au deuxième trimestre 2026. Cette proportion montre que nombre de dirigeants saisissent la justice lorsque la poursuite de l’activité paraît déjà compromise.
La trésorerie des TPE prise entre PGE et charges courantes
Les échéances héritées de la période sanitaire pèsent désormais sur le fonctionnement quotidien des petites entreprises. Le remboursement des PGE se concentre entre juin et septembre 2026, tandis que les dirigeants doivent financer stocks, loyers, salaires et besoins saisonniers. Ce calendrier renforce la pression sur la trésorerie durant une période déjà tendue.
Face à des encaissements insuffisants, les responsables arbitrent entre mensualités bancaires et charges sociales. Les recrutements sont suspendus et les investissements reportés, au détriment de la modernisation comme du développement commercial. Une nouvelle hausse des taxes réduirait encore leurs marges de manœuvre et pourrait précipiter des structures fragilisées vers la cessation de paiement.
Le SDI dénonce le risque d’un impôt de trop
Le Syndicat des indépendants et des TPE défend le redressement des comptes publics, mais refuse qu’il repose sur les plus petites entreprises. De nouveaux prélèvements obligatoires, qu’ils soient fiscaux, sociaux ou administratifs, accentueraient la pression fiscale pesant déjà sur leur activité et leur capacité d’embauche.
Pour le SDI, une entreprise rentable produit naturellement des recettes fiscales grâce à la TVA, aux cotisations et à l’impôt sur les sociétés. Soutenir l’activité remplirait donc davantage les caisses de l’État qu’un tour de vis susceptible d’affaiblir les TPE, de retarder leurs projets ou de provoquer de nouvelles fermetures.
Le vrai plan de redressement des finances publiques, ce n’est pas un tableur Excel dans un bureau de Bercy, c’est une entreprise qui embauche et un client qui consomme. Une TPE qui va bien, c’est de la TVA, de l’impôt sur les sociétés et des cotisations qui rentrent naturellement dans les caisses de l’État. Continuer d’étrangler les entreprises pour boucler un budget, c’est scier la branche sur laquelle on est assis.
Marc Sanchez, secrétaire général du SDI
Travailler davantage plutôt que taxer plus, l’argument porté au Sénat
Lors de l’examen du texte financier pour 2026, le Sénat a privilégié une piste fondée sur l’activité plutôt que sur l’impôt. Les sénateurs ont voté, dans le cadre du budget de la Sécurité sociale, un allongement hebdomadaire de quinze minutes de la durée légale du travail.
Cette mesure représente environ douze heures travaillées de plus sur une année complète. Ses défenseurs estiment que cette richesse supplémentaire générerait mécaniquement davantage de TVA, de cotisations et d’impôt sur les sociétés. Le SDI partage cette logique, tout en rappelant que nombre de dirigeants de TPE dépassent déjà largement la durée légale sans rentabilité suffisante.