Les sciences humaines et sociales occupent encore une place marginale dans les dispositifs d’incubation. À Cergy, l’entrepreneuriat académique trouve un nouvel appui avec AKT, lancé par l’université.
Le décalage persiste entre poids scientifique et présence entrepreneuriale. Elles rassemblent 40 % des effectifs de la recherche publique française, contre seulement 4 % des projets incubés. Sans technologie brevetable, comment organiser le transfert de connaissances vers les entreprises ? Cergy mise sur la valorisation de la recherche par des méthodes et des savoir-faire commercialisables. Le brevet sort du cadre.
Les sciences humaines restent peu présentes dans les incubateurs
Les incubateurs universitaires accueillent principalement des jeunes pousses nées des sciences techniques et expérimentales. Le contraste est net : les sciences humaines et sociales concentrent 40 % des effectifs de la recherche publique française, mais ne représentent que 4 % des projets incubés à l’échelle nationale.
Pour corriger ce déséquilibre, CY Cergy Paris Université lance AKT dans le Val-d’Oise. L’incubateur doit créer des passerelles entre les chercheurs et l’économie, grâce à un accompagnement pensé pour des disciplines dont les résultats prennent rarement la forme d’une technologie brevetable ou directement commercialisable.
AKT rapproche les chercheurs des entreprises
CY Transfer assurera le fonctionnement d’AKT et la mise en relation des équipes. Selon sa directrice adjointe Isabelle Hoefkens, l’incubateur réunira des enseignants-chercheurs tentés par l’entrepreneuriat et des porteurs extérieurs en quête d’un codéveloppement scientifique avec l’université, afin d’ancrer les travaux dans les besoins des entreprises partenaires déjà identifiées.
Ce dialogue ouvre les laboratoires à plusieurs champs d’application. Des recherches en économie, psychologie ou droit peuvent nourrir les sciences de l’éducation, les industries culturelles et créatives ou les structures de l’économie sociale et solidaire engagées dans ces démarches. AKT entend composer des équipes où l’expertise scientifique sert un projet entrepreneurial.
Des savoir-faire et des méthodes plutôt que des brevets
Les sciences humaines produisent rarement un objet technologique immédiatement commercialisable. Christelle Ventura, directrice adjointe de CY Transfer chargée de leur valorisation, pointe la difficulté à convertir cet intangible en offre. La valorisation du savoir-faire peut alors reposer sur une méthode, un protocole ou des jeux pédagogiques issus de travaux scientifiques.
Les applications se dessinent au contact de situations très concrètes. Des psychologues et des neurologues peuvent, par exemple, étudier la relation entre un enfant et une nouvelle peluche. Des chercheurs en économie, gestion et sociologie peuvent aussi évaluer l’acceptabilité sociale des projets, puis éclairer leur développement sans faire du brevet l’unique horizon de leur démarche.
Une quinzaine de projets accompagnés, dont huit incubés
AKT accompagne à ce stade une quinzaine de projets, dont huit sont incubés. Le portefeuille comprend la création de Positive Performances France, exemple concret de la façon dont les sciences humaines peuvent se traduire en services destinés aux organisations.
L’entreprise exerce déjà ses activités en Islande. Elle accompagne des établissements d’enseignement supérieur, des comités de direction et des organisations, en conciliant performance durable et santé mentale au travail. Son incubation illustre la vocation d’AKT : transformer des connaissances académiques en démarches entrepreneuriales.