La directive approche et les offres d’emploi affichent encore trop peu la rémunération

Par Louise Caron

L’échéance européenne de juin 2026 se rapproche, mais le recrutement français garde une zone grise tenace. Derrière beaucoup d’offres d’emploi, le salaire demeure encore hors champ, presque dérobé.

Les dernières mesures publiées par les plateformes de recrutement convergent vers le même constat, près de six annonces sur dix restent muettes. Cette faible transparence salariale complique vos comparaisons, brouille les attentes et nourrit des écarts que la directive européenne veut réduire. Même quand une rémunération affichée apparaît, la fourchette peut rester large. Trop large.

Six annonces sur dix restent muettes sur le salaire

Selon le Hiring Lab d’Indeed, publié à Paris le 12 mai 2026, la transparence salariale reste minoritaire dans les offres françaises. En mars 2026, seules 43 % des annonces affichaient un salaire mentionné, tandis que 57 % restaient silencieuses sur ce point.

Pour un candidat, cette retenue allonge les démarches et rend les arbitrages plus flous avant même le premier échange. Sans information salariale, beaucoup avancent comme des candidats à l’aveugle, avec le risque de découvrir tard un décalage entre attentes et budget ; le marché du travail perd alors en lisibilité. Les effets se résument ainsi.

  • comparaison des offres plus lente ;
  • candidatures envoyées avec moins de repères ;
  • négociations repoussées à la fin du processus ;
  • risque accru d’abandon après plusieurs échanges.
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La France reste à mi-chemin en Europe

Le classement dressé par Indeed place la France dans une zone moyenne, loin d’une transparence généralisée. Cette comparaison européenne montre que 43 % des offres françaises donnaient une rémunération en mars 2026, un niveau supérieur à plusieurs voisins, mais inférieur aux marchés les plus ouverts.

Le Royaume-Uni mène le groupe cité par Indeed. Les annonces transparentes y atteignent 56 %, contre 48 % aux Pays-Bas. La France devance l’Irlande, à 39 %, l’Italie, à 36 %, l’Espagne, à 17 %, et l’Allemagne, à 12 %. Entre ces pays européens, l’écart traduit des habitudes RH, des règles nationales et des rapports différents au salaire.

La directive européenne met la pression sur les recruteurs

Le calendrier se resserre pour les recruteurs qui publient des offres sans rémunération. Adoptée au niveau de l’Union, la directive européenne sur la transparence salariale doit être transposée par les États membres au plus tard le 7 juin 2026, avec des effets attendus dès la publication des postes.

La zone grise porte sur le moment et le support de l’affichage. Le cadre légal devra dire si la rémunération figure dans l’annonce ou avant l’entretien, puis le droit français fixera la forme des fourchettes. Ces obligations nationales détermineront la pression réelle sur les recruteurs.

À retenir : la transparence salariale vise à rendre la rémunération visible avant la négociation, afin de limiter les écarts entre femmes et hommes.

Pourquoi les entreprises attendent encore avant d’afficher les rémunérations

La prudence des entreprises ne tient pas seulement au droit à venir. Le ralentissement économique observé en Europe réduit la tension sur certains recrutements, ce qui crée une incitation limitée à modifier les annonces avant une contrainte formelle.

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Dans les services RH, le chantier paraît moins simple qu’un changement de modèle. Les pratiques employeurs imposent d’harmoniser les budgets, gérer les écarts internes et valider chaque formulation avec les managers. Des groupes préfèrent attendre les textes français, par crainte de publier une fourchette trop large, trop basse ou difficile à défendre auprès des salariés déjà en poste.

Entre conventions collectives et tabou de l’argent, un modèle français particulier

Le modèle français repose sur une architecture sociale plus encadrée que dans d’autres marchés. Les conventions collectives fixent déjà des repères par branche, et certaines entreprises s’appuient sur ces grilles salariales pour justifier une communication moins détaillée dans l’annonce elle-même.

La transparence passe alors par des canaux dispersés, peu lisibles pour les candidats pressés. Les partenaires sociaux peuvent rendre accessibles des informations hors de l’offre, ce qui entretient une transparence indirecte. À cette logique s’ajoute une culture salariale discrète, marquée par le tabou de l’argent et la crainte de tensions internes. Plusieurs réflexes l’expliquent.

  • référence aux minima de branche ;
  • marge d’ajustement selon l’expérience ;
  • crainte de tensions entre salariés ;
  • habitude de parler rémunération plus tard.

Les candidats réclament des offres plus claires

L’enquête Indeed/Censuswide menée en janvier 2025 auprès de 6 011 travailleurs et demandeurs d’emploi dans six pays européens donne une mesure nette de la demande. En France, 66 % des travailleurs et chercheurs d’emploi se disent plus enclins à postuler lorsqu’une fourchette salariale apparaît.

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Le signal se renforce puisque 74 % jugent que cette donnée devrait figurer dans toutes les offres. Ces attentes des candidats touchent aussi l’égalité femmes-hommes : afficher une rémunération limite les négociations asymétriques et réduit les candidatures perdues après plusieurs échanges, quand le salaire réel ne correspond pas au projet.

Fourchette ou montant fixe, ce que les annonces révèlent

Quand les employeurs donnent un chiffre, ils privilégient rarement l’affichage d’une somme unique. Selon Indeed, 76 % des annonces avec rémunération indiquent une fourchette, contre 24 % présentant un montant fixe, plus simple à lire mais moins adapté aux profils très différents.

Les montants exacts apparaissent surtout quand la paye dépend d’un taux ou d’un barème proche du terrain. C’est le cas de la rémunération horaire, des postes opérationnels et des métiers à turnover élevé, où les écarts de salaire sont plus serrés. Pour les fonctions qualifiées, la fourchette conserve une marge de négociation.

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