Quand et comment effectuer la libération du capital social au sein d’une SAS ?

Par Alexandre Barre

Constituer une SAS ne contraint pas ses associés à verser immédiatement la totalité du capital promis. La libération du capital social d’une SAS convertit cet engagement souscrit en fonds réellement disponibles.

Ce décalage offre une souplesse de trésorerie, mais répond à un calendrier légal. Le versement des apports détermine les fonds réellement disponibles. Les obligations des actionnaires subsistent pour les sommes promises, dont le solde en numéraire doit parvenir à la société dans les cinq ans suivant son immatriculation. Passé ce délai, l’attente se paie.

Souscription et libération ne recouvrent pas la même opération

La souscription formalise la promesse par laquelle un actionnaire apporte une somme, un bien ou son savoir-faire à la SAS en contrepartie de droits sociaux. Le capital souscrit correspond ainsi au montant total promis, indépendamment des sommes déjà remises. La libération traduit l’exécution de cet engagement par le transfert effectif des fonds ou la mise à disposition du bien.

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Le régime dépend de la catégorie d’apport retenue. Les apports en nature, comme un véhicule, un brevet ou du matériel, sont intégralement libérés dès leur souscription. Les apports en numéraire peuvent être versés par fractions, sous réserve du minimum légal à la constitution. L’apport en industrie repose sur un travail ou des services sans entrer dans le capital social ; les statuts règlent son exécution.

À la constitution, au moins 50 % des apports en numéraire sont versés

Lors de la constitution, chaque actionnaire qui souscrit en numéraire verse immédiatement une partie de son engagement. Le seuil minimum légal atteint 50 % de la valeur nominale des actions concernées ; les statuts peuvent imposer davantage. Pour 10 000 € souscrits, un dépôt de 5 000 € suffit donc au départ, tandis que les 5 000 € restants constituent le capital non libéré. Les fonds sont déposés sur un compte bloqué auprès d’un établissement de crédit ou d’un notaire.

Le président programme les appels de fonds selon les statuts et les besoins de la société. La totalité doit être versée dans un délai maximal de cinq ans à compter de l’immatriculation au RCS. Le dirigeant nommé après un changement de président SAS reprend, le cas échéant, ce calendrier sans que le délai reparte de zéro. L’exemple précédent peut donc être soldé en un ou plusieurs versements, avant l’échéance légale.

  • Au moins 50 % sont versés lors de la constitution ;
  • le solde peut faire l’objet d’un ou plusieurs appels ;
  • la libération totale intervient dans les cinq ans.
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Du dépôt initial au déblocage des fonds

Les fondateurs déposent les apports en numéraire dans les huit jours suivant leur réception. Au nom de la société en formation, les sommes sont confiées à un établissement de crédit ou à un notaire, seuls dépositaires autorisés. Elles demeurent sur un compte bancaire bloqué jusqu’à l’immatriculation de la SAS. Ce mécanisme protège les apports : aucun dirigeant ne peut les employer pour régler les premières dépenses avant la naissance juridique de la société.

Le dépositaire délivre alors une attestation officielle requise pour le dossier d’immatriculation transmis via le guichet unique de l’INPI. Ce certificat du dépositaire atteste précisément la fraction du capital versée par chaque souscripteur concerné. Après l’inscription au Registre du commerce et des sociétés, le président présente l’extrait Kbis à la banque ou au notaire, qui transfère les fonds sur le compte définitif. Sans immatriculation dans les six mois du premier dépôt, les apporteurs peuvent demander leur restitution en justice.

À retenir : aucun fonds déposé ne peut être utilisé par la SAS avant la présentation de son extrait Kbis.

L’appel de fonds organise le versement du solde

Le capital souscrit mais non versé n’est pas exigible sans appel de fonds. La SAS réclame ce solde, en une ou plusieurs fractions, dans les cinq ans de son immatriculation au RCS. Cette libération progressive permet d’accorder le rythme des versements aux besoins de trésorerie, sans dépasser le montant dû par l’actionnaire au titre des actions souscrites.

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Avant toute demande, la société applique les modalités prévues par ses statuts. La décision statutaire précise la fraction appelée, le montant dû par action, les associés concernés et le délai accordé. Elle est consignée dans un procès-verbal et respecte les droits attachés à chaque catégorie d’actions. Les versements rejoignent le compte bancaire de la SAS.

Quel organe peut demander le versement ?

Les attributions dépendent des règles de gouvernance inscrites dans les statuts. Le texte désigne l’organe compétent pour arrêter la fraction appelée, la date de l’appel et le délai laissé aux actionnaires. Le pouvoir du président s’exerce si les statuts lui attribuent cette mission, qui peut revenir au directeur général, au comité ou aux actionnaires.

La notification adressée aux actionnaires

Les statuts déterminent le canal d’information : lettre recommandée avec accusé de réception, courriel ou remise en main propre contre décharge. La notification indique clairement le montant exigé par action, la fraction appelée et l’échéance de paiement. Elle fournit l’IBAN du compte de la SAS, la référence du virement et ses coordonnées bancaires. Les intérêts de retard ou sanctions prévus en cas de défaut peuvent figurer.

Les formalités après réception du solde

Les justificatifs de virement sont rapprochés de l’appel afin de vérifier que chaque actionnaire a payé la somme due. La mise à jour comptable reclasse alors le capital appelé non versé en capital appelé versé et conserve les pièces correspondantes. Faute de transfert de titres, aucune inscription au registre des mouvements n’est requise. Les statuts restent inchangés s’ils mentionnent le capital souscrit.

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Une augmentation de capital obéit à des règles distinctes

La création et l’augmentation d’une SAS ne soumettent pas les apports en numéraire au même rythme de paiement. Pour une augmentation en numéraire, la libération intégrale préalable du capital existant conditionne l’émission de nouvelles actions. Cette règle protège les actionnaires et les créanciers contre une hausse reposant sur des apports antérieurs encore impayés.

À la constitution, au moins 50 % des apports en numéraire sont versés, contre un quart de la valeur nominale des actions émises lors de l’augmentation. Le solde reste payable dans les cinq ans suivant la réalisation définitive de l’opération. La prime d’émission, destinée à compenser l’écart entre valeur nominale et valeur réelle, doit être intégralement réglée dès la souscription.

OpérationCondition préalableVersement initialSoldePrime d’émission
ConstitutionAucune libération antérieure50 % minimum des apports en numéraireSous cinq ans après l’immatriculationSans objet
Augmentation de capitalCapital existant intégralement libéré25 % minimum de la valeur nominaleSous cinq ans après la réalisation définitive100 % dès la souscription

La comptabilité retrace chaque fraction appelée ou non appelée

Les écritures comptables distinguent les engagements des actionnaires, les montants exigibles et les sommes encaissées. Le compte 1011 retrace le capital souscrit non appelé, tandis que le compte 109 représente la fraction promise qui n’est pas encore réclamée. Lors d’un appel de fonds, les comptes 1011 et 109 diminuent pour la part devenue exigible. Les postes concernés sont les suivants.

  • 1011 : capital souscrit non appelé ;
  • 1012 : capital souscrit appelé, non versé ;
  • 1013 : capital souscrit appelé, versé ;
  • 109 : actionnaires, capital souscrit non appelé ;
  • 4562 : actionnaires, capital appelé non versé ;
  • 512 : banque.
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L’appel entraîne le transfert de la fraction concernée du compte 1011 vers le compte 1012, ainsi que du compte 109 vers le compte 4562. Au paiement, le compte 512 est débité et le compte 4562 crédité pour constater l’encaissement bancaire. La somme passe alors du compte 1012 au compte 1013, qui matérialise le capital appelé et versé dans les comptes de la SAS.

Un capital partiellement libéré réduit les avantages fiscaux et financiers

Le versement différé des apports en numéraire entraîne des conséquences fiscales concrètes. La SAS perd le bénéfice du taux réduit d’IS de 15 % applicable à la tranche de bénéfices plafonnée à 42 500 €. Ce régime exige notamment un chiffre d’affaires hors taxes inférieur ou égal à 10 millions d’euros, un capital intégralement versé et une détention d’au moins 75 % par des personnes physiques. Les bénéfices sont alors imposés au taux normal de 25 %.

À retenir : l’économie de trésorerie obtenue en différant un versement peut être inférieure au surcoût fiscal supporté par la SAS.

Cette situation restreint aussi les modes de financement accessibles à la société. Si des associés lui consentent des avances rémunérées, les intérêts des comptes courants perdent leur déductibilité fiscale tant que le capital n’est pas intégralement libéré. Leur montant doit donc être réintégré au bénéfice imposable. Une émission d’obligations reste par ailleurs interdite avant le versement complet du capital, même lorsque le délai légal de cinq ans accordé pour payer le solde court encore.

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L’actionnaire défaillant s’expose à des mesures contraignantes

L’appel de fonds fixe la somme due par chaque actionnaire ainsi que sa date d’exigibilité. Si le paiement n’arrive pas à l’échéance, la SAS adresse une mise en demeure, généralement par lettre recommandée. Les sommes impayées produisent de plein droit des intérêts de retard calculés au taux légal. La société peut aussi demander des dommages et intérêts lorsqu’elle démontre un préjudice distinct, tel que l’abandon d’un investissement faute de trésorerie disponible.

  • privation des dividendes attachés aux actions concernées ;
  • perte du droit préférentiel de souscription ;
  • exclusion des titres du calcul du quorum et des majorités ;
  • vente forcée des actions non libérées.

Un mois après la notification restée infructueuse, la suspension du droit de vote frappe automatiquement les actions concernées. La SAS peut alors faire vendre les titres sans autorisation judiciaire préalable, par l’intermédiaire d’un prestataire de services d’investissement ou d’un notaire. Le prix de cession sert à régler la fraction appelée, les frais et les sommes accessoires. S’il ne couvre pas toute la dette, l’actionnaire défaillant reste tenu de payer le reliquat à la société.

Le calendrier de libération mérite une décision adaptée à la trésorerie

Au démarrage, payer seulement la moitié des apports en numéraire peut laisser aux associés une marge financière appréciable. Ce versement échelonné prend tout son sens lorsque les dépenses de lancement restent mesurées et que chacun souhaite conserver des liquidités. Si le besoin de trésorerie de la SAS augmente, libérer le solde plus tôt évite de recourir à un financement externe, parfois coûteux.

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Le calendrier retenu gagne à suivre les encaissements prévisibles, les investissements programmés et la capacité contributive de l’actionnaire. Les statuts et les décisions de l’organe compétent encadrent les appels de fonds ; le solde doit, dans tous les cas, être versé dans les cinq ans suivant l’immatriculation. Mettre ces paramètres en balance permet de préserver les finances personnelles sans fragiliser la société.

À retenir : une libération progressive préserve les liquidités des associés, tandis qu’un paiement anticipé soutient directement les projets de la SAS.

Un capital soldé consolide la situation de la SAS

Le paiement du solde met fin à la dette d’apport qui pèse sur les actionnaires et rend les fonds disponibles pour l’activité. Avec un capital entièrement libéré, la SAS peut, si les autres conditions sont réunies, bénéficier du taux réduit d’impôt sur les sociétés de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice. Elle peut déduire les intérêts de comptes courants d’associés et envisager une émission d’obligations.

Juridiquement, chaque appel doit émaner de l’organe désigné par les statuts, respecter les échéances arrêtées et recevoir sa traduction comptable. Cette rigueur garantit la conformité statutaire de l’opération. Réaliser le paiement dans le délai légal de cinq ans renforce la sécurité juridique de la société. La libération achevée clarifie sa situation financière, facilite l’examen des comptes par les partenaires et ouvre l’accès aux dispositifs fiscaux concernés.

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