Plus d’un jeune salarié français sur deux estime avoir été discriminé pour son état de santé

Par Louise Caron

Plus d’un salarié de moins de 35 ans sur deux dit avoir subi une discrimination liée à sa santé, d’après une enquête publiée début avril. Le baromètre APICIL en mesure l’ampleur.

Le malaise ne s’efface pas. Derrière les discours sur l’inclusion en entreprise, parler de santé mentale, d’addictions, de grossesse ou de ménopause reste délicat. Les jeunes actifs, comme les femmes, décrivent davantage d’alertes, d’absences et de gêne face à ces discriminations au travail. Le fossé demeure, net, pour beaucoup encore.

Un baromètre qui montre une inclusion mieux perçue, sans faire reculer le malaise

Publié à Lyon le 3 avril 2026, le 6e baromètre APICIL, mené avec OpinionWay, révèle un décalage tenace. Réalisée du 18 au 20 février 2026 auprès de 1004 Français, l’enquête OpinionWay montre que 64 % des répondants jugent la société inclusive, soit 6 points de plus qu’en 2025.

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Le mouvement paraît réel, mais le malaise ne cède pas. Derrière la hausse de la perception de l’inclusion, 59 % des Français disent être concernés par les discriminations et 28 % estiment qu’elles traversent tous les domaines testés. Ce contraste installe un climat social plus ambivalent que rassurant, où les inégalités persistantes continuent d’entamer la confiance collective.

Origine, âge, religion, santé… les discriminations restent visibles pour une large majorité de français

Les résultats dressent une hiérarchie nette des préjugés encore visibles. Selon APICIL, 88 % des Français citent l’origine perçue ou l’appartenance à une prétendue race parmi les premiers motifs de discrimination, devant l’orientation sexuelle et l’identité de genre à 85 %, la religion à 84 % et l’âge à 80 %.

  • Origine ou appartenance à une prétendue race : 88 %
  • Orientation sexuelle et identité de genre : 85 %
  • Religion : 84 %
  • Âge : 80 %
À retenir : la santé n’est pas le premier motif cité à l’échelle du pays, mais elle devient une ligne de fracture très concrète dans l’entreprise.

La santé n’arrive pas en tête à l’échelle du pays, mais elle marque la vie au travail avec une force singulière. Dans l’entreprise, 40 % des salariés disent avoir vu des discriminations liées à l’état physique ou mental, et 34 % en avoir subi. Les femmes les perçoivent davantage, à 77 %, contre 67 % des hommes.

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Les entreprises sont attendues au tournant, mais leur action est encore jugée incomplète

Les Français ne renvoient pas la question de l’inclusion à un seul acteur. Dans le baromètre APICIL, les citoyens et les pouvoirs publics sont cités par 92 % des répondants, l’école par 91 %, la famille par 90 %, tandis que le rôle des entreprises est reconnu par 89 %.

Le regard se durcit lorsqu’il faut juger les résultats concrets. Portées par des attentes des salariés très élevées, les entreprises sont 57 % à être vues comme des acteurs majeurs, mais 54 % des Français trouvent leurs efforts insuffisants ; la critique atteint 56 % pour l’État. Dans leur société, 69 % des salariés perçoivent pourtant une démarche d’inclusion.

Chez les moins de 35 ans, l’inclusion pèse désormais dans le choix d’un employeur

Ce que l’entreprise raconte d’elle-même pèse davantage dans la décision de postuler. Parmi les actifs interrogés par APICIL et OpinionWay, 58 % disent qu’une politique d’inclusion compte dans leurs critères de candidature, un score en hausse de 7 points par rapport à 2025, ce qui redessine l’attractivité employeur.

Chez les jeunes actifs, le signal devient plus net encore. Ils sont 74 % à tenir compte de cet engagement au moment de choisir un employeur, contre 50 % chez leurs aînés. Le même baromètre montre aussi que 69 % des salariés jugent leur entreprise engagée contre les discriminations et 75 % favorable à l’inclusion.

Parler de santé au travail reste difficile, qu’il s’agisse de santé mentale, d’addictions ou de cycles de vie

Dès que la santé touche à l’intime, la parole se grippe dans les équipes. Selon APICIL, les addictions en entreprise sont jugées difficiles à évoquer par 81 % des salariés, devant la santé mentale à 75 %, les maladies chroniques à 68 % et les troubles musculosquelettiques à 64 %.

  • Addictions : 81 %
  • Santé mentale : 75 %
  • Maladies chroniques : 68 %
  • Troubles musculosquelettiques : 64 %
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La gêne ne s’arrête pas là. Les règles douloureuses restent délicates à aborder pour 74 % des salariés, le post-partum pour 70 %, la ménopause pour 69 %, l’andropause pour 76 % et les cancers masculins pour 74 %. Chez les moins de 35 ans, 51 % redoutent déjà d’annoncer une grossesse à leur entreprise.

Quand le travail déborde sur la vie personnelle, les signaux d’alerte se multiplient

Quand la pression s’invite à la maison, les symptômes deviennent tangibles. APICIL relève que 67 % des actifs ont connu des troubles du sommeil au cours de l’année et que 67 % décrivent une irritabilité au quotidien avec leurs proches, signe d’une porosité grandissante entre travail et vie personnelle.

À noter : 39 % des salariés disent avoir déjà pleuré sur leur lieu de travail pour des raisons liées à leur activité professionnelle.

Le baromètre décrit aussi une charge émotionnelle qui laisse des traces visibles : 43 % des salariés ont déjà pleuré chez eux, 39 % sur leur lieu de travail, 36 % ont quitté leur poste après avoir atteint leurs limites et 31 % ne s’y sont pas rendus sous l’effet d’une anxiété liée au travail.

Jeunes actifs et femmes apparaissent plus exposés aux situations de fragilité

L’étude fait apparaître des écarts marqués selon l’âge et le sexe. Parmi les salariés de moins de 35 ans, 53 % disent avoir été témoins de discriminations liées à la santé dans leur entreprise et 55 % affirment en avoir été victimes, bien au-dessus de la moyenne relevée chez l’ensemble des actifs.

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Les femmes ressortent aussi comme les plus exposées aux inégalités de genre qui traversent le travail. Une sur quatre mentionne un absentéisme féminin lié aux règles, à la ménopause ou à des symptômes associés, et ce taux atteint 56 % chez les 25-34 ans. Elles déclarent aussi davantage de pleurs au travail, 47 % contre 28 % des hommes.

Des dispositifs encore trop peu visibles face à un sujet devenu central dans l’entreprise

Le baromètre montre une entreprise encore mal équipée pour rendre ses appuis lisibles. Seuls 36 % des salariés identifient des actions de prévention en santé liées au bien-être, 34 % à la santé physique et 28 % à la santé mentale, pendant que 50 % savent vers qui se tourner et 51 % perçoivent un soutien managérial.

Cette faible visibilité brouille le recours aux bons interlocuteurs. Si 58 % disent pouvoir parler de santé physique avec leur manager, ils ne sont plus que 48 % pour le psychique et 43 % pour un service dédié. APICIL note que 89 % des Français veulent une place accrue des ressources humaines et de l’organisation du travail dans ces décisions.

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