Plus que jamais l’IA s’impose alors que les offres d’emploi ont été divisées par deux

Par Frederic Becquemin

Le marché de l’emploi français a perdu son souffle en peu de temps. Derrière les bilans, le repli des recrutements redessine les trajectoires, tandis que l’IA s’invite là où on ne l’attendait guère.

Le contraste étonne, les annonces reculent, mais les postes citant l’IA avancent. Porté par une croissance française ralentie et par une incertitude économique durable, ce mouvement pousse les entreprises à chercher des gains rapides. Les plus jeunes l’utilisent déjà, sans sérénité.

Un marché de l’emploi revenu sous son niveau d’avant-crise

Selon Indeed Hiring Lab, le marché français du travail a franchement perdu de l’élan depuis la fin de la phase post-crise. Depuis le pic de décembre 2022, la baisse des offres atteint près de 50 % sur trois ans, un décrochage qui referme la parenthèse de rattrapage ouverte après la pandémie.

Le reflux ne se limite plus aux métiers les plus exposés aux cycles économiques. Les annonces sont déjà repassées sous le niveau de février 2020, tandis que le climat d’activité moins porteur nourrit un retour du chômage désormais repéré par plusieurs indicateurs en France ces derniers trimestres, entre 2025 et 2026.

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Pourquoi les annonces liées à l’IA progressent malgré la baisse générale

Alors que l’ensemble du marché recule, un segment résiste et même progresse dans les bases d’Indeed, en France comme chez ses voisins européens. Les offres contenant des mentions de l’IA suivent une dynamique inverse depuis 2024, preuve que les recruteurs continuent d’outiller leurs équipes malgré le coup de frein général.

La hiérarchie entre pays reste très parlante au début de 2026 et elle situe mieux la place française. La comparaison internationale place le Royaume-Uni à 7,5 % des offres, devant les États-Unis à 4,9 % et l’Allemagne à 4,1 % ; avec 3,4 % en février 2026, le retard français demeure très visible pour l’instant encore.

  • 7,5 % des offres au Royaume-Uni en février 2026
  • 4,9 % aux États-Unis
  • 4,1 % en Allemagne
  • 3,4 % en France

Du développement informatique aux bureaux, l’IA gagne les métiers qualifiés

Le glissement des offres vers l’IA a commencé là où les compétences techniques étaient déjà recherchées au fil de 2025. Dans les annonces publiées sur Indeed, les métiers de la tech restent en tête, surtout dans le développement logiciel, où la référence à ces outils devient un signe de spécialisation attendu.

Le mouvement déborde maintenant les équipes d’ingénierie et touche des postes bien plus transversaux dans l’entreprise. Les fonctions support, du marketing aux ressources humaines comme la gestion de projet, citent l’IA plus fréquemment, tandis que la banque et finance dépasse 10 % des offres, preuve d’une diffusion vers les métiers qualifiés de bureau.

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Les grandes entreprises prennent-elles de l’avance ?

L’avance sur l’IA ne dépend pas seulement de la curiosité des équipes ou d’un effet de mode. Elle varie avant tout avec la taille d’entreprise : plus les moyens sont larges, plus la diffusion des outils peut être financée, testée puis intégrée dans les usages quotidiens, dans les grands groupes comme dans les ETI.

Les écarts entre branches confirment cette logique et placent le numérique à part. L’adoption sectorielle y demeure la plus avancée, avec un usage dans le numérique qui atteignait 42 % des entreprises en 2024, loin devant la plupart des autres activités en France, selon les données d’Indeed pour la France.

  • 42 % des entreprises du numérique utilisaient au moins une technologie d’IA en 2024
  • Les grands groupes et les ETI avancent plus vite que les petites structures
  • Le numérique reste le premier moteur de diffusion des outils

Chez les jeunes actifs, l’IA s’installe dans le quotidien de travail

Les rythmes d’adoption changent nettement selon l’âge et l’écart saute aux yeux dans l’enquête YouGov menée pour Indeed en mai et juin 2025 sur leurs usages au travail. Chez la génération Z, la fréquence quotidienne atteint 14 %, quand la génération X reste à 7 % et les baby-boomers à 6 %.

La photographie sur une semaine raconte la même histoire, avec des écarts moins serrés entre classes d’âge parmi les salariés interrogés en France en 2025. Les écarts générationnels apparaissent dans l’usage hebdomadaire : 45 % pour la Gen Z, 35 % pour les Millennials, autour de 25 % pour la génération X et les baby-boomers.

  • 14 % de la génération Z utilise l’IA chaque jour au travail
  • 45 % de la génération Z y recourt au moins une fois par semaine
  • 35 % des Millennials affichent ce rythme hebdomadaire
  • Environ 25 % de la génération X et des baby-boomers suivent
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Des usages très différents selon l’âge et le type de tâches

L’écart entre âges ne se distribue pas de façon uniforme selon ce que l’IA sert à produire ou à traiter. Les tâches administratives dessinent même un cas à part : près de la moitié des baby-boomers disent y recourir, contre un peu plus d’un tiers dans les autres groupes, dans l’enquête française.

Le partage change dès que le travail demande d’inventer, de synthétiser ou d’analyser. Les tâches créatives et les tâches cognitives attirent davantage la génération Z et les Millennials, alors que les tâches routinières laissent apparaître des écarts plus réduits, compris entre 2,5 et 7 points, selon Indeed et YouGov.

Plus les salariés utilisent l’IA, plus la crainte du remplacement monte

Plus l’IA entre dans les habitudes de travail, plus elle alimente une forme de malaise chez ceux qui l’utilisent déjà, selon l’enquête Indeed-YouGov en France. La perception des capacités des outils nourrit l’idée d’une substitution des postes, surtout lorsque les tâches traitées ressemblent à celles des emplois de bureau.

Chez les plus jeunes, le paradoxe est plus marqué, car l’usage progresse au même moment que l’inquiétude sociale. La peur de perdre son emploi monte dans une génération déjà plus exposée, avec une exposition au risque renforcée par un chômage des moins de 25 ans à 21,5 % fin 2025 en France.

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