La France compte désormais 561 banquiers payés plus d’un million d’euros par an, plus du double qu’en 2019. Le seuil des très hautes rémunérations change d’échelle.
Les cinq grands groupes bancaires français ont cumulé près de 33 milliards d’euros de bénéfices en 2024. Pendant ce temps, le pouvoir d’achat se tend dans les foyers, entre loyers, courses et énergie, tandis que la classe moyenne voit l’écart devenir obscène. Net.
La France devient le premier pays européen des banquiers millionnaires
Le signal est spectaculaire. Selon les données de l’ABE, la France comptait 561 banquiers rémunérés au moins un million d’euros en 2024, contre 270 en 2019. Elle dépasse l’Allemagne et s’installe au premier rang de l’Union européenne sur ce marqueur très scruté.
Paris récolte les fruits d’un repositionnement engagé depuis plusieurs années. La place financière parisienne attire désormais davantage de fonctions très rémunératrices, portées par les grands groupes français et les équipes internationales. Dans les 27 États membres, 2 266 banquiers franchissaient le million d’euros en 2024, un sommet pour les rémunérations bancaires.
Paris profite du Brexit, les rémunérations s’envolent
Le Brexit a déplacé une partie du centre de gravité financier européen. Dans le paysage post-Brexit, Paris a capté des équipes venues de Londres, des desks spécialisés et des fonctions de décision recherchées par les grandes banques opérant depuis l’Union européenne.
Cette montée en puissance s’explique aussi par le redémarrage des activités de marché et par la concurrence entre établissements pour conserver les meilleurs profils. La banque d’investissement a profité d’une année 2024 plus porteuse pour les transactions, ce qui a gonflé les bonus et les packages dépassant sept chiffres.
Qui touche ces salaires à sept chiffres ?
Ces revenus ne concernent qu’une poignée de profils. Les cadres les mieux payés se situent surtout dans les métiers de marché, où les résultats commerciaux pèsent directement sur les bonus, et parmi les traders expérimentés capables de générer des gains élevés.
Les responsables de salles de marché et certains spécialistes des fusions-acquisitions figurent aussi dans cette catégorie, surtout quand les grandes opérations reprennent. L’ABE recense par ailleurs 288 millionnaires travaillant dans des fonds d’investissement en 2024 au sein de l’Union européenne, dont 36 en France.
Une richesse très concentrée dans un secteur encore masculin
Le club reste étroit, et très largement masculin. En 2024, 89,1 % des banquiers millionnaires étaient des hommes, contre 90,9 % en 2022. La progression féminine existe, mais elle demeure lente face aux discours affichés sur les inégalités de genre.
Les postes de dirigeants bancaires, les équipes de marché et les fonctions les mieux rémunérées restent dominés par des hommes. Ce décalage met à l’épreuve les promesses de diversité dans la finance, alors que les banques communiquent depuis des années sur la féminisation de leurs organigrammes.
Le contraste grandit avec une classe moyenne sous pression
Le contraste social saute aux yeux. En 2024, les cinq principaux groupes bancaires français ont cumulé près de 33 milliards d’euros de bénéfice net. Ces profits bancaires pourraient atteindre environ 36 milliards d’euros en 2025 pour BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, BPCE et Crédit Mutuel.
Face à ces montants, une partie de la classe moyenne compose avec une inflation persistante, des charges élevées et des salaires stagnants. Quand les rémunérations au sommet s’envolent, les fractures sociales deviennent plus visibles, surtout pour les ménages dont le pouvoir d’achat se réduit mois après mois.
Source : latribune.fr