Longtemps, le poste de manageur a incarné l’ascension, la reconnaissance et une forme de réussite sociale. Aujourd’hui, la promesse s’émousse, car la progression de carrière paraît moins nette qu’avant.
La fonction garde un statut, mais l’élan n’y est plus. Derrière l’intitulé, l’attractivité de la fonction se heurte à des rémunérations jugées trop courtes face à la charge, au stress et à l’exposition permanente. Dès lors, beaucoup, dans bien des cas, passent par un arbitrage entre contraintes et bénéfices avant d’accepter. Puis ils renoncent.
Le rêve managérial s’effrite dans les chiffres
Le sondage HOW MUCH, diffusé à Paris le 7 avril 2026 après une enquête menée du 27 mars au 2 avril avec BuzzPress France auprès de 3 103 actifs de 18 ans et plus, montre une attractivité abîmée. Chez les manageurs, 81 % jugent la fonction peu rentable face aux contraintes, contre 78 % chez les salariés. Sans bruit, le recul d’attractivité s’installe et altère l’image du poste.
- 32 % des manageurs évoquent un peu plus de salaire pour beaucoup plus de contraintes.
- 31 % parlent d’un gain presque nul malgré la charge supplémentaire.
- 18 % jugent la voie managériale moins intéressante qu’un poste expert.
Les réponses détaillées confirment une fonction perçue comme contraignante. Parmi les manageurs, 32 % parlent d’un peu plus de salaire pour beaucoup plus de contraintes, 31 % d’un gain presque nul et 18 % d’une voie moins intéressante qu’un poste expert. Le regard des salariés va dans le même sens : 38 %, 29 % et 11 % citent ces trois motifs.
Plus de responsabilités, mais pas de vrai saut de salaire
Le procès de la paye revient sans cesse. Parmi les manageurs, 39 % jugent leur rémunération insuffisante et 27 % la disent sous-payée ; chez les salariés, ces taux atteignent 33 % et 22 %. Pour un poste à responsabilités, la promesse ne suffit plus. Les missions s’alourdissent, tandis que la contrepartie financière reste jugée trop maigre pour absorber la disponibilité, les arbitrages et les tensions quotidiennes.
Le niveau d’augmentation attendu éclaire la défiance. Côté salariés, 39 % demandent au minimum entre 10 % et 20 % pour accepter le rôle managérial, 25 % visent plus de 20 %, et 28 % se contenteraient d’un seuil inférieur. Cette attente place une hausse de rémunération au premier rang, devant la revalorisation du salaire fixe, citée par 47 % des manageurs et 41 % des salariés.
64 % des salariés demanderaient au moins 10 % d’augmentation pour accepter une fonction managériale.
Quand le management devient un mauvais calcul financier
À force d’additionner heures, conflits et reporting, la promotion perd son vernis. Selon HOW MUCH, 61 % des manageurs estiment que le management relève au moins en partie d’un mauvais calcul financier, dont 28 % qui répondent « oui, tout à fait ». Cette lecture s’ancre dans une charge de travail accrue et dans des attentes plus larges que le simple encadrement d’équipe.
Chez les salariés, 51 % partagent ce diagnostic, alors que 35 % le rejettent et 14 % hésitent. Le sondage mené du 27 mars au 2 avril 2026 par BuzzPress France affine le décalage. La comparaison avec l’écart avec les postes experts nourrit ce doute : 18 % des manageurs et 11 % des salariés jugent la filière managériale moins intéressante financièrement qu’une trajectoire d’expertise, signe d’un arbitrage devenu moins net.
| Perception du management comme mauvais calcul financier | Manageurs | Salariés |
|---|---|---|
| Oui, tout à fait | 28 % | 22 % |
| Plutôt oui | 33 % | 29 % |
| Plutôt non | 21 % | 26 % |
| Pas du tout | 10 % | 9 % |
| Je ne sais pas | 8 % | 14 % |
Stress élevé, pression des résultats et contraintes mal compensées
L’usure ressort avec netteté. Parmi les manageurs, 49 % décrivent un niveau de stress élevé et 27 % un stress très élevé. Chez les salariés, 33 % parlent d’un stress élevé et 31 % d’un niveau très élevé. Ce rôle concentre une pression opérationnelle continue, très concrète, entre arbitrages d’équipe, reporting, gestion des absences et objectifs à tenir sans relâche, au quotidien.
Le malaise s’éclaire quand la compensation est mesurée. Pas moins de 86 % des manageurs jugent que les horaires, la pression et les charges ne sont pas, ou seulement en partie, payés à leur juste niveau ; la part atteint 84 % chez les salariés. Derrière ce ressenti, des contraintes mal compensées se cumulent avec des responsabilités humaines exposées, entre conflits, recadrages et décisions sensibles.
| Indicateur | Réponse | Manageurs | Salariés |
|---|---|---|---|
| Stress lié à la fonction | Élevé | 49 % | 33 % |
| Stress lié à la fonction | Très élevé | 27 % | 31 % |
| Contraintes financières compensées | Oui | 11 % | 12 % |
| Contraintes financières compensées | Non | 44 % | 36 % |
| Contraintes financières compensées | Partiellement | 42 % | 48 % |
Ce qui freine vraiment les salariés avant de franchir le cap
Au moment d’envisager une promotion, les réponses pointent des motifs très concrets. Chez les salariés, 29 % citent la pression des résultats et 26 % le manque de rémunération. Les manageurs placent la première à 37 %. Parmi les freins à la promotion, reviennent aussi les responsabilités juridiques, mentionnées par 25 % des manageurs et 17 % des salariés.
Le rapport au rôle lui-même pèse aussi. L’enquête HOW MUCH relève 18 % de salariés freinés par le manque d’accompagnement, au sein des entreprises interrogées en France, contre 9 % chez les manageurs. S’ajoute une part plus réduite de désintérêt pour l’encadrement : 7 % parmi les manageurs, 4 % parmi les salariés. Le cap hiérarchique ne bloque donc pas pour une seule raison, mais par accumulation de doutes très précis.
Un poste encore envisagé, mais avec beaucoup de prudence
La fonction n’est pas rayée des perspectives. Parmi les salariés interrogés, 28 % se disent prêts à devenir manageurs dans les trois prochaines années et 46 % répondent « peut-être ». Cette majorité traduit une ouverture prudente au poste plutôt qu’un élan franc. Au total, 74 % gardent l’idée d’une évolution possible, mais avec des attentes bien plus rationnelles qu’autrefois.
La prudence reste le vrai signal. Entre les hésitations avant de postuler et les conditions d’acceptation liées au salaire, au temps, à la flexibilité et au soutien pour tous, la promotion n’a plus rien d’automatique. À Paris, le 7 avril 2026, Sandrine Dorbes résumait cette bascule pour HOW MUCH : le management demeure une option de carrière, mais il ne séduit plus sans garanties très concrètes.