La fermeture de Rakuten France laisse 180 salariés et 2500 entreprises face à l’inconnu

Par Frederic Becquemin

Après plusieurs mois de recherche, Rakuten renonce à trouver un repreneur. Héritière de PriceMinister, la marketplace française cessera ses ventes avant la fin de 2026.

Ce retrait referme seize années sous pavillon japonais et fragilise tout un écosystème commercial. L’abandon de l’e-commerce généraliste acte cette fin d’activité progressive, laissant près de 2 500 vendeurs sans leur canal habituel. Les quelque 180 salariés concernés attendent encore les modalités du plan social. Pour eux, le couperet tombe.

Une annonce qui met fin à l’héritage PriceMinister

Le 16 juillet 2026, Rakuten France a scellé le sort de sa marketplace, promise à une fermeture définitive avant la fin de l’année. Cette décision efface du commerce électronique un pionnier français, longtemps identifié sous le nom de PriceMinister.

Créé en 2000, le site avait ancré en France la vente en ligne de produits neufs, reconditionnés ou d’occasion. Le rachat de PriceMinister par le groupe japonais Rakuten en 2010 avait ouvert un nouveau chapitre, achevé par son passage progressif sous la seule marque Rakuten.

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La chronologie d’une cession devenue impossible

Le 7 avril 2026, la direction a présenté aux salariés et à leurs élus les deux issues envisagées pour la marketplace. Le projet de cession prévoyait déjà une fermeture faute d’acquéreur, tandis que Carlsquare recevait mandat pour conduire la recherche d’un repreneur.

En mai, Rakuten a évoqué un possible arrêt dès le troisième trimestre 2026. Les négociations n’ayant débouché sur aucune solution viable, l’annonce officielle du 16 juillet a fixé la fermeture au plus tard à la fin de l’année. Le calendrier social accompagne désormais l’extinction progressive du site.

Deux offres de reprise jugées trop fragiles

Plusieurs noms ont circulé au fil des discussions, mais seuls deux candidats ont remis des offres fermes. La première venait de l’e-commerçant Pixmania, tandis que la seconde émanait d’un fonds étranger dont l’identité n’a pas été publiquement dévoilée.

La semaine précédant la fermeture annoncée, l’avis du CSE s’est révélé défavorable aux deux dossiers, position suivie par la direction. Aucun montant, engagement chiffré sur l’emploi ni projet industriel approfondi n’a été communiqué, empêchant d’évaluer publiquement les garanties proposées par chaque candidat.

À retenir : les informations rendues publiques ne détaillent aucune garantie sur la pérennité de la marketplace ni sur le maintien de ses emplois.

Le recul des clients et du trafic a pesé lourd

Les performances de Rakuten France se sont nettement érodées au cours des dix dernières années. La plateforme a subi une baisse de fréquentation de 42 %, accompagnée d’un recul de 33 % du nombre de clients actifs, réduisant mécaniquement les transactions et les commissions perçues.

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Les investissements dans l’occasion, le reconditionné, le cashback et l’intelligence artificielle n’ont pas suffi à redresser durablement la trajectoire. Malgré une rentabilité annoncée en 2025, l’équilibre économique demeurait fragile. Sans acquéreur prêt à financer sa relance, la direction estimait que ce modèle déficitaire ne pouvait perdurer.

Amazon, Temu et Vinted ont resserré l’étau

Rakuten France devait affronter des concurrents dotés de forces commerciales très différentes. Cette pression concurrentielle venait d’Amazon et de sa logistique, mais aussi des plateformes asiatiques Temu, Shein et AliExpress, capables d’attirer les acheteurs avec des prix particulièrement bas.

Les marchés historiques de Rakuten ont parallèlement été conquis par des services spécialisés. Vinted et Leboncoin ont capté une large clientèle intéressée par la seconde main, tandis que Back Market s’est imposé dans l’électronique reconditionnée. Pris entre ces acteurs, le site peinait à défendre une identité commerciale distinctive.

Un plan social attendu pour 180 salariés

La disparition de la marketplace menace environ 180 postes au sein de la filiale française. Un plan de sauvegarde de l’emploi doit être transmis à la Drieets dans les trois semaines suivant l’annonce du 16 juillet 2026 afin d’encadrer les emplois supprimés.

La direction promet des mesures adaptées au marché du travail, aux demandes formulées et aux moyens financiers disponibles. Cet accompagnement social sera précisé durant la procédure, sous le regard des représentants du personnel. Ces derniers ont accueilli favorablement les premières mesures, qui restent soumises à leur examen puis à la validation administrative.

À noter : près de 180 salariés français sont concernés, alors que le groupe Rakuten emploie environ 25 000 personnes dans une trentaine de pays.

Les 2500 vendeurs devront trouver d’autres canaux

Près de 2 500 professionnels et particuliers commercialisent encore leurs produits sur rakuten.fr. Pour ces vendeurs actifs, la transition implique de déplacer les catalogues, gérer les stocks, préserver les données commerciales et informer les clients. La migration des marchands devra intervenir avant l’arrêt effectif du site.

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La destination dépendra des catégories vendues et des commissions facturées par chaque service. Les canaux alternatifs comprennent Amazon, Cdiscount ou eBay pour les catalogues généralistes, Leboncoin et Vinted pour les produits d’occasion, ainsi que Back Market pour les téléphones, ordinateurs et appareils électroniques reconditionnés.

Le Club R et le cashback disparaissent avec la place de marché

Rakuten avait construit une partie de son attractivité sur les récompenses accordées après les commandes. Son programme de fidélité permettait aux membres du Club R de cumuler des avantages, tandis que le cashback Rakuten favorisait le retour des acheteurs malgré une concurrence tarifaire intense.

La fermeture de la marketplace entraînera la disparition de ces mécanismes en France. Les utilisateurs devront donc modifier leurs habitudes d’achat et se tourner vers d’autres enseignes. Rakuten doit encore préciser le traitement des commandes en cours et les conditions d’utilisation des avantages accumulés avant l’arrêt définitif de rakuten.fr.

Rakuten garde ses autres activités en France

La fermeture annoncée ne signifie pas le retrait complet du groupe japonais du territoire français. Elle concerne uniquement la marketplace rakuten.fr. Les activités maintenues incluent Viki, Kobo, Viber, Advertising, Symphony et Rakuten TV, qui poursuivront leurs services indépendamment du site marchand.

Le groupe conserve aussi une présence technologique à Paris. Ouvert en 2025, le centre technologique Rakuten Europe travaille notamment sur des projets liés à l’intelligence artificielle. L’arrêt clôt ainsi l’activité européenne de place de marché généraliste, sans toucher aux services de streaming, de messagerie, de publicité et de télécommunications.

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