Entre 25 et 40 milliards de dollars : Shein pourrait entrer en Bourse bien loin de ses précédentes valorisations

Par Frederic Becquemin

Après les échecs de ses projets aux États-Unis puis au Royaume-Uni, le géant chinois de l’ultra-fast-fashion rebat ses cartes. Son introduction en Bourse pourrait désormais prendre la direction de l’Asie.

Le recul est vertigineux. Jadis fixée à 100 milliards de dollars, la valorisation de Shein se situerait désormais entre 25 et 40 milliards, voire sous cette fourchette selon certaines estimations. Le marché hongkongais lui offrirait une issue, mais les pressions réglementaires, l’érosion des marges et la fin des avantages douaniers ont brisé l’élan initial.

Une troisième tentative d’IPO après les revers de New York et Londres

Shein prépare sa troisième tentative d’introduction en Bourse après deux parcours contrariés. Fondé en 2008 à Nanjing par Xu Yangtian, le groupe avait envisagé une opération dès 2022, avant d’abandonner ce projet de cotation face aux marchés instables et aux répercussions économiques de la guerre en Ukraine.

Après son transfert à Singapour, Shein dépose confidentiellement un dossier auprès du régulateur boursier américain fin 2023. Des sénateurs dénoncent alors les risques liés au travail forcé, aux données personnelles et à Pékin. En 2024, la place financière londonienne offre une nouvelle piste, vite contrariée par des critiques environnementales. Ces revers réglementaires conduisent finalement l’entreprise vers l’Asie.

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Hong Kong devient le point de repli du groupe

Les portes de New York et de Londres s’étant refermées, Shein revient vers son marché d’origine. L’entreprise aurait obtenu le feu vert de Pékin et remis un prospectus aux autorités locales, sans dévoiler publiquement le calendrier définitif de l’opération.

L’arrivée sur la place de Hong Kong pourrait avoir lieu dès le 20 août 2026, selon plusieurs sources. Shein espérerait réaliser une levée de fonds de 3 milliards de dollars pour soutenir la transformation de sa logistique. Le groupe profiterait d’une période particulièrement animée pour les introductions en Bourse à Hong Kong, devenu son principal point de repli.

De 100 milliards à une valorisation fortement réduite

La valeur attribuée à Shein s’est fortement contractée depuis la levée de capitaux menée en 2022. Cette chute de valorisation ramènerait l’entreprise de 100 milliards de dollars à une fourchette estimée comprise entre 30 et 40 milliards pour son entrée à Hong Kong.

Bloomberg Intelligence avançait même une estimation de 22 à 25 milliards de dollars en début de semaine. Shein devra convaincre les investisseurs boursiers malgré l’érosion de ses résultats, les pressions réglementaires et le coût de sa réorganisation logistique. Ces ambitions revues à la baisse traduisent les réserves qui entourent désormais le modèle économique de l’ultra-fast-fashion.

Les premiers investisseurs réclament des garanties

Le prix envisagé pour l’introduction risque de pénaliser les fonds entrés lors des précédents tours de financement. Certains pourraient recevoir un rendement annuel garanti, dont le taux serait passé de 8 % à 12 %, pour compenser une valorisation inférieure à leurs attentes initiales.

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Une autre piste prévoit de leur accorder des actions supplémentaires pendant l’opération. Ce dispositif diluerait néanmoins les fondateurs, soucieux de conserver le contrôle du capital après l’IPO. Ceux-ci détiennent actuellement 65 % de Shein, tandis que les 35 % restants appartiennent principalement à des fonds chinois et occidentaux. Les négociations portent donc autant sur le rendement que sur l’équilibre futur du pouvoir.

La fin des exemptions douanières fragilise le modèle

La compétitivité de Shein repose largement sur l’envoi direct de commandes à faible valeur. Les exemptions de droits de douane appliquées aux petits colis aériens permettaient de livrer des vêtements vendus autour de 9 euros, tout en limitant les frais supportés à l’entrée des marchés occidentaux.

Les États-Unis et l’Union européenne ont depuis renforcé leurs barrières douanières, alourdissant le coût de chaque commande. Bruxelles applique une taxe européenne de 3 euros depuis le 1er juillet 2026. Selon Sensor Tower, cité par Bloomberg, les utilisateurs actifs mensuels de Shein et Temu en Europe auraient reculé de 30 %. La France a, de son côté, adopté un malus écologique ciblant les offres propices à la surconsommation.

Enquêtes et amendes alourdissent la facture réglementaire

La plateforme propose environ 4 700 nouveaux modèles par jour à 273 millions de clients. Plusieurs procédures européennes examinent la vente présumée de produits illégaux, la transparence des algorithmes de recommandation et de possibles infractions au règlement sur les services numériques, connu sous le sigle DSA.

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En France, les sanctions financières cumulées dépassent 212 millions d’euros en deux ans. La CNIL a infligé 150 millions d’euros pour des défaillances touchant la gestion des données, tandis que la répression des fraudes a prononcé une amende de 41 millions pour de fausses promotions. Shein attend encore les conclusions de Bruxelles, qui a sanctionné Temu à hauteur de 200 millions d’euros durant l’été 2026.

Les bénéfices reculent malgré la hausse des ventes

Le chiffre d’affaires de Shein est passé de 32 milliards de dollars en 2023 à 42 milliards en 2025. Cette croissance des ventes masque pourtant un recul du bénéfice, tombé de 2,8 à 2 milliards de dollars pendant la même période.

Le premier trimestre 2026 s’est achevé sur une perte trimestrielle de 99 millions de dollars. Selon Scope Ratings, la marge opérationnelle a glissé de 3,9 % à 2,9 % en un an, contre 8 % à 20 % chez Inditex, Uniqlo et H&M. Les revenus américains ont stagné à 10 milliards de dollars entre 2024 et 2025. En Europe, ils ont progressé d’un milliard, à 14,8 milliards, avant de plafonner début 2026.

Entrepôts, stocks et modèle LATR sont-ils encore compatibles ?

La disparition des avantages douaniers oblige Shein à rapprocher ses marchandises des consommateurs européens et américains. Son réseau d’entrepôts compte déjà 18 sites en Europe, dont un mégacentre situé à Wroclaw, en Pologne, dont la surface doit correspondre à 100 terrains de football.

Cette orientation bouscule le modèle LATR, bâti sur de petites séries et un réassort rapide guidé par la demande. Une présence physique accrue transforme la gestion des stocks, immobilise davantage de capitaux et augmente le risque d’invendus. L’accueil de marchands tiers sur la place de marché complique encore l’organisation. Les 3 milliards de dollars recherchés devront financer cette mutation sans effacer l’avantage historique de Shein.

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