Une nouvelle année sans hausse générale des salaires se profile pour les agents publics. Le budget 2027 reconduit le gel du point d’indice qui touche les 5,8 millions d’agents publics.
La colère syndicale gagne désormais du terrain. La rémunération des fonctionnaires retrouve ainsi le cœur du débat, tandis que la hausse des prix continue d’éroder leur pouvoir d’achat. À l’approche du 29 septembre, les tensions sociales entourent un arbitrage gouvernemental censé dégager deux milliards d’euros d’économies. La revalorisation générale devra encore attendre.
Le gouvernement revendique deux milliards d’euros d’économies
Le projet de budget pour 2027 maintient le gel du point d’indice pour 5,8 millions d’agents employés par l’État, les collectivités territoriales et les hôpitaux. Selon Sébastien Lecornu, les économies budgétaires annoncées atteindraient deux milliards d’euros grâce à cette mesure à l’échelle nationale.
Cette somme ne traduit pas une baisse des crédits déjà engagés ni une réduction mécanique des traitements versés. Elle chiffre plutôt une dépense supplémentaire évitée, car l’absence de revalorisation générale laisse le point inchangé et aucune règle n’impose au gouvernement de l’augmenter chaque année.
Deux revalorisations du point d’indice face à la hausse des prix
Entre 2022 et 2023, le gouvernement n’a relevé le point qu’à deux reprises, après plusieurs années de gel. La valeur du point d’indice a progressé de 3,5 % en 2022, puis de 1,5 % au 1er juillet 2023, produisant des hausses générales de salaires pour les fonctionnaires.
Ces relèvements sont restés en retrait de la hausse des prix, mesurée à 5,2 % en 2022, puis à 4,9 % pour l’inflation de 2023. Leur effet sur le pouvoir d’achat des agents ne résume pas chaque situation, puisque l’ancienneté, les primes et les promotions font varier les rémunérations selon les parcours.
Quelles augmentations restent possibles malgré le gel ?
Le gel collectif du point ne fige pas toutes les fiches de paie. Un avancement à l’ancienneté peut faire franchir un échelon, tandis que des promotions professionnelles ouvrent parfois l’accès à un grade supérieur. Ces mécanismes dépendent du parcours de chacun, sans revaloriser tous les agents.
- La progression d’échelon prévue par les grilles statutaires.
- Le changement de grade obtenu après une promotion.
- Une mesure ciblée issue de futures discussions salariales.
Une autre voie reste annoncée, sans garantie sur son issue. Sébastien Lecornu prévoit des négociations sur les bas salaires afin de protéger les agents les moins rémunérés face à l’inflation, notamment alimentée par la guerre au Moyen-Orient. À ce stade, aucun montant ni calendrier d’application n’a été arrêté.
Huit syndicats appellent les agents à se mobiliser le 29 septembre
Le 8 juillet, les fédérations ont quitté une réunion avec David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, faute d’engagement sur les rémunérations. Ce dialogue social interrompu a conduit à un appel intersyndical de la CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP pour la journée d’action du 29 septembre.
La secrétaire générale Sophie Binet chiffre la perte de pouvoir d’achat des fonctionnaires à plus de 16 % depuis 2017, puis à 3 points supplémentaires en 2027. Auprès de l’AFP, elle associe les revendications de la CGT à une grève ouverte aux salariés du privé et qualifie la situation de « scandale ».
L’ampleur de la mobilisation reste incertaine
Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS et chercheur au Cevipof, exprime des réserves sur la capacité des syndicats à rassembler largement. Il souligne le coût d’une journée de grève, qui entraîne chez les fonctionnaires une retenue d’un trentième du traitement, et juge possible un déplacement de la colère vers le terrain électoral.
Un précédent fournit un repère sans permettre de prévoir la participation du 29 septembre. La mobilisation de décembre 2024, organisée le 5 décembre, avait réuni en France 130 000 personnes selon la police et 200 000 selon la CGT, contre l’érosion salariale et les économies envisagées sur les arrêts maladie.
L’attractivité des métiers publics au cœur du débat salarial
En 2023, selon l’Insee, le salaire net mensuel moyen en équivalent temps plein atteignait 2 650 euros dans la fonction publique, titulaires et contractuels confondus, contre 2 735 euros dans le privé. Cet écart alimente le débat sur l’attractivité des métiers publics, mais les différences de statuts, de métiers et de dispersion salariale interdisent toute lecture trop rapide.
Fin 2024, France Stratégie décrivait une perte d’attractivité « structurelle et durable » de la fonction publique. Johan Theuret, cofondateur de Sens du service public, relie sur LinkedIn la rémunération à la fidélisation des agents et à la qualité du service rendu aux usagers, avec le risque de difficultés de recrutement accrues.