Avec 93 % des usages hors contrat, le coût de l’IA échappe au contrôle des entreprises

Par Frederic Becquemin

Votre entreprise sait-elle combien ses outils numériques lui coûtent ? Le coût de l’IA se dissimule dans les abonnements, les options payantes et les consommations variables, au-delà des achats validés par la direction financière.

Un observatoire portant sur plus de 250 entreprises européennes révèle que 93 % des usages d’IA ne reposent sur aucun contrat formel. Cette opacité nourrit des dépenses logicielles dispersées et brouille la visibilité budgétaire, avec des fonctions comparables facturées ensemble. La facture tombe.

Najar mesure l’ampleur des usages sans contrat

Najar, plateforme européenne d’optimisation des achats technologiques, publie un observatoire consacré au coût de l’IA en entreprise. Son étude s’appuie sur les données anonymisées de plus de 250 entreprises européennes, issues notamment de la technologie, de la distribution et du capital-investissement, afin de cartographier les outils spécialisés et les services logiciels actuellement enrichis par l’IA.

Le principal indicateur réclame une lecture précise : les 93 % d’usages sans contrat correspondent à des services employés sans accord formel recensé. Ce pourcentage ne représente donc ni la part du budget consacrée à l’IA ni la valeur des paiements concernés. Il révèle plutôt un angle mort contractuel au sein de l’échantillon analysé.

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Des achats directs hors des circuits de validation

Souscrire à un service IA ne demande parfois que quelques minutes. Les achats par carte bancaire, les essais gratuits et les comptes ouverts directement par des salariés peuvent rester hors des circuits de validation de l’entreprise. Najar indique que ChatGPT, Cursor et Claude représentent 95 % des outils IA spécialisés repérés dans le shadow IT.

Cette autonomie accélère les tests, mais elle brouille la lecture des engagements financiers et techniques. Les risques de conformité apparaissent lorsque les conditions contractuelles échappent aux services compétents ; la protection des données devient elle aussi plus difficile à vérifier. Les conséquences portent notamment sur les prix non négociés, la sécurité des informations et l’identification des fournisseurs.

  • Des tarifs acceptés sans négociation préalable.
  • Des services utilisés hors des règles internes de sécurité.
  • Des fournisseurs inconnus des équipes financières et informatiques.

L’IA se glisse dans les renouvellements SaaS

Le surcoût ne vient pas seulement des applications spécialisées. Lors des renouvellements SaaS, les éditeurs répercutent l’IA ajoutée aux CRM, suites collaboratives et logiciels métiers. D’après Najar, la progression moyenne des prix atteint +11,5 % en 2024, puis +16 % en 2025, et pourrait grimper jusqu’à +25 % en 2026, selon ses estimations.

Ces niveaux traduisent une augmentation globale dont l’IA n’est qu’un facteur, sans permettre d’en isoler précisément la part. La hausse des abonnements peut ainsi inclure des fonctionnalités intégrées noyées dans le prix du forfait. Faute de ligne tarifaire distincte, les acheteurs peinent à relier le supplément demandé aux services réellement activés par leurs équipes au quotidien.

« Ce manque de visibilité a un impact financier direct : il réduit la capacité des entreprises à négocier, à anticiper leurs budgets et à identifier les dépenses redondantes avant qu’elles ne soient figées dans un nouveau cycle contractuel. »

Vincent Coste, CEO et fondateur de Najar

Des fonctionnalités facturées malgré une faible activation

Toutes les briques IA ajoutées aux logiciels ne rencontrent pas la même adhésion. Dans les chiffres communiqués par Najar, le taux d’activation s’établit à 2,4 % pour HubSpot Breeze AI, 2 % pour Zendesk AI Copilot et 10,6 % pour Agentforce, l’offre conçue par Salesforce. Ces écarts témoignent de déploiements encore très inégaux.

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Ces pourcentages indiquent qu’une option a été activée, pas qu’elle sert fréquemment ni qu’elle produit un gain mesurable. L’adoption des fonctionnalités doit donc être distinguée de leur utilisation suivie. Une fonction ouverte peut demeurer marginale, ce qui interdit d’assimiler ces données à une mesure d’usage récurrent ou à un calcul de rentabilité pour chaque entreprise.

Combien d’outils IA pour les mêmes usages ?

Les mêmes besoins peuvent susciter plusieurs contrats conclus séparément par différentes équipes. Les outils de rédaction se superposent, tout comme les assistants de programmation dans les services techniques. Najar observe aussi des recoupements entre Notion et les fonctions d’IA comprises dans Google Workspace ou Microsoft 365, sans examen commun préalable des solutions déjà payées.

Pour une entreprise de 200 salariés, supprimer un service de rédaction faisant doublon produirait, selon Najar, une économie annuelle estimée entre 15 000 et 30 000 €. Le chevauchement des usages invite ainsi à examiner les licences redondantes avant leur reconduction, en rapprochant les contrats des besoins constatés dans chaque équipe.

  • 50 % des entreprises équipées pour la rédaction possèdent au moins deux outils, et 16 % en utilisent trois ou davantage.
  • 100 % des entreprises utilisant Cursor conservent GitHub Copilot en parallèle.
  • 77 % des entreprises utilisant Notion paient aussi l’IA incluse dans Google Workspace ou Microsoft 365.

La facturation à l’usage rend le budget plus incertain

Avec certains services, le nombre de licences ne suffit plus à prévoir la facture. La facturation à l’usage dépend des requêtes, des API ou des agents activés ; la consommation de tokens mesure les unités traitées par les modèles. Chez OpenAI, les tarifs cités par Najar vont de 0,05 à 150 dollars par million de tokens.

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À effectifs constants, l’observatoire relève une progression de +129 % des dépenses OpenAI, sans fournir de période comparative. Des crédits supplémentaires peuvent alourdir les paiements chez Midjourney, Cursor, ElevenLabs ou Runway après épuisement du quota. Entre modèles aux prix très éloignés et volumes variables, la dépense devient moins prévisible, surtout lorsque aucun plafond ne borne les achats.

Inventaire des outils et plafonds de dépenses

Les constats chiffrés de l’observatoire débouchent sur plusieurs recommandations formulées par Vincent Coste. Un inventaire des outils doit recenser les solutions en service, tandis que des plafonds contractuels peuvent borner les offres tarifées selon la consommation. Ces propositions du CEO et fondateur de Najar ne constituent pas des résultats mesurés auprès des 250 entreprises.

Les paiements directs forment un autre point de contrôle. L’encadrement des paiements par carte vise les souscriptions réalisées hors des achats, tandis qu’une vérification avant renouvellement doit repérer les doublons fonctionnels et contractuels. Cette méthode cherche à éviter la reconduction automatique d’outils sous-utilisés ou déjà couverts par une suite logicielle existante.

« Il s’agit notamment d’inventorier les outils utilisés, encadrer les achats par carte bancaire, vérifier les doublons avant chaque renouvellement, exiger des plafonds de dépense sur tous les modèles facturés à l’usage et créer une ligne budgétaire IA suivie de façon centralisée. »

Vincent Coste, CEO et fondateur de Najar

Une ligne budgétaire IA pour réunir les dépenses dispersées

Najar recommande de réunir les coûts liés à l’IA dans une ligne budgétaire dédiée. Ce suivi budgétaire centralisé rassemble les abonnements, les options ajoutées aux logiciels et les montants variables facturés à la consommation. Les entreprises peuvent alors rapprocher les sommes engagées des services activés, au lieu de surveiller uniquement les nouveaux outils spécialisés.

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Cette consolidation associe les directions financières, les achats et les équipes IT autour d’indicateurs communs. La coordination entre directions relie chaque facture aux usages observés, aux responsables internes et aux échéances contractuelles. Dans l’approche défendue par Vincent Coste, elle offre une lecture cohérente des engagements et facilite les futurs arbitrages avant la reconduction des contrats.

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