Face aux pénuries de compétences, l’Europe se mobilise pendant que la France décroche

Par Frederic Becquemin

Les tensions de recrutement ne relèvent plus d’un signal faible. D’un pays à l’autre, des entreprises freinent leurs projets faute de profils adaptés, pendant que la transition numérique et industrielle accélère.

À Bruxelles, la réponse gagne en cohérence, alors qu’en France les arbitrages récents brouillent la trajectoire. Cette ligne de fracture fragilise le marché du travail européen, use le capital humain et rabote la formation tout au long de la vie, au moment où l’industrie, le soin, le bâtiment ou le numérique peinent déjà à pourvoir des postes durables. Le retard se creuse encore

Pourquoi les pénuries de compétences pèsent déjà sur l’économie européenne

À l’échelle de l’Union européenne, les tensions sur l’emploi ne relèvent plus d’un signal passager. Selon Les Acteurs de la Compétence, 68 % des employeurs affrontent des difficultés de recrutement, et 77 % estiment que ces manques retardent les investissements des entreprises.

Le décalage se lit aussi dans la formation. Moins de 40 % des adultes se forment chaque année, loin de l’objectif de 60 % fixé pour 2030. Seuls 56 % disposent de compétences numériques de base, alors que 90 % des postes les réclament, tandis que les besoins en intelligence artificielle sont évalués entre 6 et 7 millions de professionnels d’ici 2027.

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Le Conseil de l’Union européenne trace une ligne d’action pour les États membres

Le 9 mars 2026, le Conseil de l’Union européenne a adopté une recommandation destinée aux États membres. Le texte cible les métiers en tension dans les secteurs stratégiques et encourage des partenariats entre formation et entreprises pour ajuster plus vite l’offre aux besoins. Quatre axes ressortent.

  • repérer plus tôt les métiers exposés aux pénuries ;
  • rapprocher organismes de formation, employeurs et services publics de l’emploi ;
  • revaloriser les cursus professionnels et l’apprentissage ;
  • mieux exploiter la donnée et l’IA pour orienter les parcours.

Le Conseil mise aussi sur des parcours plus lisibles. Il demande de renforcer l’enseignement professionnel, de mieux relier universités et employeurs, puis d’exploiter la donnée, les mégadonnées et l’IA afin de produire des données sur les compétences utiles à l’orientation et aux reconversions.

En France, des décisions récentes alimentent le décrochage

En France, le contraste est marqué. Ils pointent une baisse des financements qui touche les parcours des demandeurs d’emploi dans les territoires, via le PIC et la POEI, ainsi que les moyens mutualisés destinés aux entreprises de moins de 50 salariés.

À cette série s’ajoutent un accès plus étroit aux contrats et une pression accrue sur les comptes personnels. Le resserrement de l’accès à l’apprentissage et l’encadrement des droits sur le CPF pourraient freiner l’entrée en formation au moment où les besoins montent.

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Entre alerte politique et point de rupture pour la formation

Depuis 1991, la fédération représente 1 150 entreprises et dit voir le débat public s’éloigner du sujet. À ses yeux, l’affaiblissement d’une politique de la compétence finit par peser sur l’innovation, l’industrie et la compétitivité économique du pays.

Le message se veut net, avec l’idée d’un « point de rupture » déjà atteint. Sans le soutien des pouvoirs publics, avertit-elle, la filière de la formation ne pourra plus répondre pleinement aux attentes des entreprises, des actifs et des territoires.

Source : lesacteursdelacompetence.fr

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