Seuls 6 % des dirigeants achèvent vraiment la transmission de leurs entreprises familiales

Par Frederic Becquemin

Le poids des entreprises familiales dépasse largement la sphère privée. Elles représentent 71 % des entreprises françaises et près de 69 % des emplois, tandis que leur ancrage territorial nourrit durablement le tissu économique français.

Le contraste frappe. Selon la deuxième édition du Baromètre de la transmission des entreprises familiales, publiée le 7 septembre 2026, 87 % des dirigeants ont engagé un passage de relais, mais seuls 6 % se sont entièrement retirés du capital et du pouvoir. L’écart demeure pourtant très net.

87 % des dirigeants ont engagé une transmission, seuls 6 % l’ont achevée

Le 7 septembre 2026, EY, For Talents, le FBN France et OpinionWay publient à Paris la deuxième édition de leur baromètre. Consacrée auparavant aux grandes structures, l’étude couvre désormais toutes les tailles d’entreprises familiales et croise les réponses des cédants avec celles des successeurs. Elle cerne ainsi chaque démarche de transmission engagée.

Les résultats révèlent un passage de relais bien moins avancé que ne le suggèrent les intentions. Si 87 % des dirigeants disent avoir amorcé la transmission, seuls 6 % déclarent un retrait complet du capital et du pouvoir. L’enjeu touche un socle économique pesant 71 % des entreprises françaises et près de 69 % des emplois, fortement ancrés dans les territoires.

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La préférence familiale face au manque de formalisation

La famille demeure la voie privilégiée par les dirigeants interrogés, puisque 82 % se prononcent pour une transmission au sein de leur lignée. Cette succession intrafamiliale mène le receveur à la direction générale dans 70 % des cas. Pour 76 % des transmetteurs et 90 % des receveurs, la continuité des valeurs fonde cette préférence.

L’adhésion au modèle familial ne garantit pas une passation structurée. Parmi les successeurs, 57 % rapportent une démarche dépourvue de processus formalisé, alors que le relais intervient autour de 66 ans. Ce calendrier laisse apparaître un écart entre volonté et organisation concrète, tandis que 88 % des receveurs envisagent de transmettre à leur tour. La préparation du repreneur mérite donc un calendrier précis.

Céder le capital sans renoncer au pouvoir

Transmettre une part du patrimoine ne signifie pas quitter les commandes. Le baromètre recense une cession de titres partielle chez 39 % des transmetteurs, alors que seuls 11 % des dirigeants de plus de 60 ans ont abandonné simultanément capital et pouvoir. La propriété avance donc plus vite que la passation des responsabilités.

Le devenir personnel du cédant pèse directement sur cet écart, puisque 63 % n’ont aucun projet après la transmission. Le maintien dans la gouvernance séduit 55 % des transmetteurs et 68 % souhaitent conserver un rôle officiel. En face, 39 % des receveurs jugent cette présence restrictive pour leurs responsabilités. Un accompagnement du lâcher-prise peut alors clarifier la nouvelle répartition des rôles.

« Ce lâcher-prise, préparé et accompagné notamment sur les dimensions humaines et émotionnelles, est la condition pour que le nouveau dirigeant puisse déployer pleinement son projet pour l’entreprise. »

Blandine Pessin-Bazil, associée For Talents

Comment trouver sa place entre responsabilité et tensions familiales ?

Les craintes se répondent de part et d’autre du passage de relais. Chez les receveurs, 65 % redoutent de ne pas être à la hauteur malgré des parcours solides. Cette peur de décevoir fait écho aux 42 % de transmetteurs qui craignent de léguer un fardeau plutôt qu’un avenir à leur descendance.

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Les deux premières années exposent particulièrement ces fragilités. Même entouré de conseils techniques, le successeur peut subir l’isolement du nouveau dirigeant, faute d’appui humain. Les tensions au sein des familles préoccupent 28 % des cédants et 41 % des receveurs. Cette charge émotionnelle complique la légitimité du successeur comme le retrait de son prédécesseur et appelle un dialogue explicite.

Les repreneurs familiaux portent de nouveaux projets de développement

La relève familiale ne se borne pas à reproduire la stratégie héritée. Parmi les receveurs, 74 % déclarent avoir lancé un projet stratégique nouveau et deux tiers d’entre eux le disent différent du précédent. Ce renouveau entrepreneurial place l’innovation et la digitalisation au premier rang des leviers de développement cités par 65 % des répondants.

Ces déclarations dessinent une dynamique favorable sans valoir pour toutes les sociétés familiales. Une croissance du chiffre d’affaires est signalée par 57 % des receveurs et près de la moitié d’entre eux évoquent une hausse de 20 %. Le baromètre mentionne aussi des créations d’emplois ainsi qu’une gouvernance renforcée, tandis que l’adaptation de l’entreprise au marché motive 52 % des transmetteurs.

« La transmission intrafamiliale n’est pas seulement une continuité : elle pérennise l’entreprise et constitue un levier de renouveau stratégique et de croissance. »

Antoine Moittié, associé responsable du marché Entrepreneurs, Europe West et France, EY

Une gouvernance à partager entre l’entreprise et la famille

Le regard porté sur les instances de décision varie fortement selon la génération. Lors de la transmission, 82 % des transmetteurs disent disposer d’une gouvernance, contre 58 % des receveurs. Parmi les 28 % de dirigeants sans projet de passation ou sans réflexion aboutie, 30 % invoquent l’absence de successeur identifié et 78 % n’ont aucune gouvernance.

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Pour Caroline Mathieu, déléguée générale du FBN France, former les générations suivantes permet de préparer leur rôle futur. Une animation de l’actionnariat familial nourrit alors le projet commun. Selon 84 % des receveurs, la pérennité de l’entreprise et la cohésion familiale sortent renforcées de la transmission. Cette perception atteint respectivement 98 % et 94 % chez les transmetteurs.

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