Le Sénat a fermé la porte, sans éteindre le débat sur les AESH. Avec ce rejet parlementaire, la question du statut, des horaires morcelés et de la reconnaissance remonte aussitôt au premier plan.
Sur le terrain, l’école tient grâce à un accompagnement du handicap assuré par des personnels fragilisés, à temps partiel pour la plupart, et trop peu formés. Dans le même mouvement, une ouverture ministérielle apparaît sous l’effet de la pression syndicale, alors que des milliers d’élèves restent privés d’un appui adapté, et que l’attente des familles ne faiblit pas
Un texte rejeté au Sénat malgré la défense d’un corps de catégorie B
Le 7 janvier, les sénateurs ont repoussé la proposition portée par Marie-Pierre Monier. Ce texte ouvrait aux AESH un corps de catégorie B, afin d’inscrire ainsi durablement leur métier dans la fonction publique d’État française.
Ses soutiens défendaient une issue simple pour sortir de la précarité. Ils prévoyaient qu’après une ancienneté de trois ans, la titularisation devienne automatique, les autres AESH passant par concours. Après ce vote au Sénat, ils ont rappelé les bas salaires et les temps partiels subis.
Pourquoi le gouvernement juge cette fonctionnarisation difficile à soutenir
Au banc du gouvernement, Édouard Geffray a défendu une ligne prudente. Il a estimé qu’une telle réforme bousculerait l’équilibre statutaire des agents et qu’une étude d’impact devait chiffrer précisément sa portée, ses modalités concrètes et les effectifs réels concernés.
Le ministère n’a pas fermé toute perspective. Il évoque un possible accès par concours pour une partie des accompagnants, tandis que plusieurs sénateurs ont souligné le coût budgétaire, évalué à 4,3 milliards d’euros, contre près de 3 milliards aujourd’hui encore pour le dispositif national actuel.
Dans les écoles, la pénurie d’AESH pèse déjà sur les élèves et les familles
À l’école, les manques se mesurent vite. À la rentrée 2025, près de 50 000 élèves en situation de handicap étaient sans AESH, puis 42 000 en octobre, selon Édouard Geffray, alors que les besoins de scolarisation inclusive demeuraient signalés partout encore.
Du côté des familles, la désorganisation s’installe. Entre les heures d’accompagnement incomplètes et les démissions en hausse, la charge retombe sur les proches. Sur France Bleu, Ludivine Leroy disait qu’elle pourrait bientôt partir, malgré son attachement intact à ce métier très exigeant encore aujourd’hui.
La mobilisation syndicale arrache l’ouverture de discussions avec les ministères
Après le rejet parlementaire, la pression collective n’a pas baissé. La FSU a mis en avant une mobilisation intersyndicale nourrie de journées d’action et d’une pétition nationale ayant dépassé 100 000 signatures, dans son communiqué du 29 janvier 2026.
Un cadre de concertation a fini par émerger. Une audience ministérielle s’est tenue le 27 janvier 2026 avec l’Éducation nationale et l’Agriculture, avant un comité de pilotage prévu le 3 février, puis l’ouverture des travaux en mars, confirmée le 25 février par les ministères.
les deux ministères se sont déclarés ouverts à l’étude d’un véritable statut pour les AESH
FSU, communiqué du 29 janvier 2026
Les données de la DEPP remettent la précarité des AESH au centre du débat
Publiées le 26 mars 2026, les données de la DEPP ont replacé le sujet sur des bases chiffrées. Elles montrent que 98 % des AESH travaillaient avec un temps incomplet subi en 2024-2025, sur tout le territoire.
Le même dossier éclaire la faiblesse des rémunérations. Le salaire net mensuel moyen atteint 1 030 euros, et 90 % des répondantes jugent leur paie insuffisante, signe d’une reconnaissance institutionnelle défaillante, a rappelé le FSU-SNUipp le 27 mars 2026 dans un communiqué public national.
Source : vousnousils.fr