3 salariés sur 4 ne se sentent pas totalement à l’abri de voir leur poste supprimé prochainement

Par Frederic Becquemin

L’incertitude gagne les lieux de travail, portée par les transformations technologiques. Seuls 26 % des salariés français estiment leur emploi pleinement protégé à court terme, malgré une position nationale relativement favorable.

Derrière cette moyenne apparaissent des écarts selon l’âge, le métier et le secteur. La crainte de compétences bientôt dépassées fragilise le sentiment de sécurité de l’emploi. Elle nourrit la peur d’une suppression de poste et pèse sur l’engagement, la productivité comme sur l’envie de rester. La confiance vacille.

Une confiance minoritaire, mais supérieure aux moyennes européenne et mondiale

Le rapport « People at Work 2026 » d’ADP Research révèle que 26 % des collaborateurs français pensent leur poste totalement protégé d’une suppression prochaine. La confiance des salariés demeure donc limitée, puisque près de trois personnes interrogées sur quatre ne partagent pas ce sentiment de sécurité.

Ce résultat place néanmoins la France au-dessus de la moyenne mondiale, fixée à 22 %, et du niveau européen de 21 %. L’avance française ne doit pas masquer les doutes entourant la pérennité de l’emploi : dans les 36 pays étudiés, aucune majorité nationale ne se déclare pleinement rassurée.

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La France se place au deuxième rang en Europe

Avec 26 % de travailleurs pleinement confiants, la France occupe la deuxième place du classement européen dressé par ADP Research. Elle arrive juste derrière les salariés autrichiens, rassurés à 27 %, mais précède tous les autres pays européens cités dans l’étude.

Le taux recule à 18 % en Suède et à 12 % en République tchèque. Ces résultats traduisent des inquiétudes professionnelles d’intensité variable, sans qu’aucun pays franchisse le seuil de 50 %. Les mutations du marché du travail, portées par l’intelligence artificielle et les changements démographiques, entretiennent ces incertitudes.

L’âge et le métier creusent les écarts

Les 27-39 ans forment la génération la plus confiante en France : 29 % jugent leur poste très sécurisé, contre 24 % à l’échelle mondiale. Ces jeunes actifs paraissent plus sereins que les salariés seniors âgés de plus de 55 ans, rassurés à 24 % en France et à 20 % mondialement.

Le métier exercé accentue ces contrastes. Parmi les professions intellectuelles, 28 % se sentent protégées, contre 30 % mondialement. Le taux français atteint 26 % pour les postes reposant sur des missions répétitives, contre 16 % ailleurs, puis 23 % pour les métiers techniques qualifiés, contre une moyenne mondiale de 18 %.

« L’IA redéfinit le travail tâche par tâche. Elle crée de nouvelles catégories d’emplois tout en transformant en profondeur les métiers existants. […] Les employeurs ont un rôle clé à jouer : en apportant davantage de visibilité sur les transformations à l’œuvre et en investissant dans la formation continue, ils pourront accompagner leurs collaborateurs dans l’acquisition de nouvelles compétences. »

Carlos Fontelas de Carvalho, président d’ADP en France et Europe centrale

Femmes, hommes et tailles d’entreprise affichent des niveaux proches

Le genre ne produit aucun écart dans l’Hexagone : 26 % des femmes et des hommes considèrent leur poste comme totalement sécurisé. Cette égalité entre les femmes et les hommes contraste légèrement avec les données mondiales, qui atteignent 23 % chez les hommes et 22 % chez les femmes.

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La taille de l’employeur influe tout aussi peu sur le ressenti. Au sein des grandes entreprises de plus de 1 000 collaborateurs, 29 % se disent très confiants, contre 25 % dans les TPE et PME de 1 à 249 salariés. Les moyennes mondiales correspondantes s’établissent à 25 % et 21 %.

D’un secteur à l’autre, la sécurité ressentie varie fortement

Les résultats mondiaux dessinent de profonds contrastes entre les activités. Les écarts sectoriels vont de 29 % dans la finance et l’assurance, branche la plus confiante, à 19 % dans l’hôtellerie-restauration. En Europe, la santé et l’aide sociale occupent la première place avec un taux de 29 %.

Les activités agricoles, forestières, minières, pétrolières et gazières ferment le classement européen avec 17 %. La fonction exercée amplifie les différences : dans la finance, 39 % des professions intellectuelles se sentent protégées, contre 17 % des personnes affectées à des tâches répétitives. Dans l’information, les taux respectifs sont de 29 % et 11 %.

Se sentir protégé nourrit l’engagement et la productivité

À l’échelle mondiale, ADP Research mesure un lien net entre sécurité ressentie et implication au travail. Les personnes confiantes dans la stabilité de leur poste sont six fois plus susceptibles d’afficher un plein engagement professionnel. Elles sont aussi 3,3 fois plus nombreuses à déclarer une productivité élevée.

Cette assurance pèse aussi sur l’envie de rester dans l’entreprise. Les collaborateurs rassurés sont deux fois plus nombreux à ne pas envisager de départ, faisant de la sécurité perçue un levier de fidélisation des salariés. Une visibilité accrue sur leur avenir soutient ainsi l’implication personnelle et la performance collective.

« La sécurité de l’emploi est devenue un enjeu stratégique pour les entreprises, et pas seulement un indicateur du moral des salariés. Lorsque les collaborateurs se sentent confiants quant à leur avenir au sein d’une organisation, ils sont davantage enclins à rester impliqués dans leur travail, à donner le meilleur d’eux-mêmes et à contribuer efficacement à la performance collective. »

Nela Richardson, cheffe économiste d’ADP

Transparence et formation, deux réponses attendues des employeurs

Pour réduire les incertitudes, les entreprises peuvent exposer clairement les changements attendus dans les postes et les compétences. Une communication transparente sur l’intelligence artificielle, les nouvelles organisations et les perspectives internes permet aux équipes d’anticiper leurs effets concrets sur les missions quotidiennes.

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L’accompagnement repose aussi sur une formation continue alignée sur les besoins futurs. Des parcours d’apprentissage et des possibilités de mobilité donnent aux collaborateurs les moyens d’actualiser leurs savoir-faire. Cette démarche consolide leur employabilité, leur confiance dans l’avenir professionnel et leur capacité à saisir les débouchés nés de la transformation des métiers.

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