Location de matériel, abonnement pour le ravitaillement en consommables, interventions sur site… les fabricants d’imprimantes ne veulent plus vendre leurs machines. Ils préfèrent les louer et en assurer la maintenance. Et pour les entreprises, l’offre tombe à pic. Décryptage d’un marché en pleine bascule.
Quand HP, Canon et Epson troquent le carton de toners contre le forfait mensuel
Il y a encore une petite dizaine d’années, les entreprises devaient impérativement investir dans un parc d’imprimantes et empiler les cartons de toners. Ce scénario est encore d’actualité, mais il est de moins en moins systématique. Les quatre plus gros fabricants d’imprimantes au monde poussent désormais l’abonnement mensuel tout compris, où matériel, encre et maintenance sont intégrés dans une facture unique.
Louer une imprimante professionnelle plutôt que l’acheter… c’est le pari que font de plus en plus d’entreprises pour ménager leur trésorerie et limiter le casse-tête de la maintenance. Et les constructeurs l’ont bien compris.
Le marché mondial des services d’impression gérés (managed print services, ou MPS) pèse près de 53 milliards de dollars aujourd’hui et devrait atteindre les 95 milliards d’ici 2034.
C’est HP qui a ouvert le bal avec Instant Ink, un programme qui comptait déjà 13 millions d’abonnés début 2024, avant de lancer l’All-In Plan : à partir de 6,99 dollars par mois, l’utilisateur reçoit une imprimante, de l’encre livrée juste avant l’épuisement, une assistance 24/7 et le remplacement du matériel en cas de panne.
Canon a répliqué avec son Print as a Service (PraaS), un abonnement de six mois qui regroupe matériel, logiciel et services, avec la possibilité d’ajuster le forfait selon l’évolution des besoins.
Epson a de son côté dégainé ReadyPrint MAX, un forfait calqué sur le leasing de smartphones, à partir de 7,99 dollars par mois, avec des paliers allant de 50 à 3 000 pages mensuelles.
Brother a enfin lancé Refresh EZ Print, une offre à garanties étendues et bardée de remises pour les entreprises qui acceptent le suivi automatique de leur consommation.
Pourquoi les entreprises lâchent le bon de commande pour le prélèvement mensuel ?
Les directions financières qui pilotent cette bascule raisonnent d’abord en termes comptables : l’investissement dans un parc d’imprimantes immobilise du capital au bilan (CAPEX), oblige à provisionner l’obsolescence du matériel et à budgéter des stocks de consommables dont le prix est de plus en plus volatil. Évidemment, la sortie de cash vient fragiliser une trésorerie déjà mise sous tension par la multiplication des retards de paiement, qui ont atteint cette année un niveau record dans l’Hexagone.
L’alternative de l’abonnement fait basculer l’ensemble des dépenses d’impression en charges d’exploitation (OPEX), avec un montant (généralement) fixe chaque mois et un flux calibré sur l’usage réel de l’entreprise. L’entreprise peut donc gérer sa trésorerie avec une certaine visibilité et éviter un décaissement de plusieurs milliers d’euros pour du matériel qui, par définition, commencera à perdre de la valeur dès sa mise en service.
Au-delà des imprimantes, le contrat de location couvre aussi la maintenance préventive, le remplacement du matériel défaillant et la livraison des consommables avant épuisement, ce qui décharge les équipes informatiques d’un pan entier de leur quotidien et limite les moments de flottement en cas de panne.
Selon les estimations du cabinet IDC, les entreprises qui passent en MPS réduisent leurs coûts d’impression de 20 à 30 %, en grande partie parce qu’elles découvrent à cette occasion à quel point leur ancien parc était surdimensionné ou mal réparti entre les services.
Longtemps limitées aux imprimantes d’entrée de gamme faute de moyens, les TPE et PME peuvent désormais s’offrir le nec plus ultra, avec des multifonctions performantes et des outils de suivi et d’optimisation de flotte.
La location, choix logique dans une entreprise qui imprime de moins en moins
C’est un fait : les entreprises françaises impriment de moins en moins : selon l’INSEE, le volume d’impression a reculé d’environ 30 % entre 2010 et 2024 en France, et deux tiers des PME interrogées par le Snessii anticipent une poursuite de la baisse.
C’est justement ce contexte qui rend l’abonnement pertinent : pourquoi immobiliser des milliers d’euros dans du matériel qu’on utilise chaque année un peu moins, quand on peut payer au juste besoin, ajuster son forfait à la baisse et laisser le prestataire supporter le coût de l’obsolescence ?
Le PDG de Ricoh Belgique-Luxembourg résume bien l’état d’esprit du secteur : l’objectif n’est plus le « paperless » (sans papier) mais le « less paper » (moins de papier), c’est-à-dire moins de pages, mais une meilleure gestion du parc, avec une offre calibrée au plus près de l’usage réel.
En somme, le marché de l’impression s’aligne sur celui de la voiture de fonction : dans une conjoncture économique compliquée, la location et le leasing s’imposent comme le choix de la raison.