Pourquoi 1 entreprise sur 2 n’a aucune idée des compétences dont elle aura besoin dans deux ans

Par Louise Caron

En France, les entreprises affrontent un paradoxe tenace, gérer l’urgence des recrutements tout en préparant des métiers que l’automatisation, les départs et les réorganisations redessinent plus vite que prévu.

Le signal venu des enquêtes récentes ne rassure guère. Quand 45 % des sociétés disent manquer de visibilité à moyen terme sur leurs besoins en compétences, c’est tout le pilotage des talents qui devient hésitant, entre arbitrages de court terme, formations retardées et mobilité freinée. Puis tout peut se gripper, sans vrai cap.

Pourquoi la gestion des effectifs remonte dans les priorités

Le baromètre SD Worx publié le 19 mars 2026 montre une remontée nette du sujet. À l’échelle européenne, 51 % des décideurs RH le classent parmi leurs dossiers majeurs; en France, ils sont 38 %, sur 300 répondants au sein d’un panel de 5 936 entreprises. La gestion des effectifs rejoint ainsi les priorités RH 2026.

Cette poussée vient des pressions du marché du travail. Les pénuries de talents, l’essor de l’IA et les tensions de recrutement forcent les employeurs à regarder plus loin que l’urgence. En France, 43 % veulent avant tout disposer d’effectifs suffisants et d’une organisation plus fluide, tandis que 25 % relient cette priorité à la préparation des équipes face à l’intelligence artificielle.

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En France, une réponse très terrain aux tensions du marché

En France, la réponse reste très concrète. Parmi les employeurs qui placent ce dossier en tête pour 2026, 43 % cherchent surtout à ajuster la charge et à couvrir les absences; 41 % citent la continuité d’activité et la qualité de service. Le sujet avance donc par les besoins du quotidien, bien plus que par de grands schémas abstraits.

Les motifs invoqués prolongent cette lecture de terrain. SD Worx relève 40 % d’entreprises attentives aux départs à la retraite, 38 % à la hausse du turnover et 27 % aux contraintes réglementaires. Derrière ces chiffres, vous voyez une même logique : tenir l’activité, absorber les mouvements d’effectifs et rester conforme aux obligations.

Les compétences prennent le pas sur les intitulés de poste

Le glissement est net dans les pratiques de recrutement françaises. Selon SD Worx, 55 % des entreprises regardent en premier ce qu’une personne sait faire avant de s’arrêter aux intitulés de poste. Cette bascule valorise le recrutement par compétences avec une lecture plus souple des parcours, des reconversions et des profils qui n’entrent pas dans des cases figées.

Le changement tient aussi à la rareté des candidats. Les recruteurs accordent plus de place aux aptitudes des candidats, à leur potentiel d’apprentissage et à leur capacité d’adaptation. Vous y retrouvez une réponse directe aux tensions du marché : quand les savoir-faire manquent, le diplôme exact ou la ligne de CV perdent du poids face aux besoins réels des équipes.

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Quand les entreprises avancent sans cap clair sur les besoins à venir

C’est l’un des angles morts les plus frappants de l’étude. En France, 45 % des entreprises disent manquer de visibilité à deux ans sur les compétences à acquérir, alors que les métiers bougent vite. Sans cette lecture des besoins, les décisions de recrutement, de formation ou de mobilité restent fragmentées, avec un horizon limité au très court terme.

Le même sondage montre une articulation encore fragile entre présent et avenir. Seules 31 % adoptent une démarche tournée vers les besoins futurs en talents, tandis que la gestion quotidienne domine ailleurs. Et 24 % seulement déclarent relier les urgences du jour aux besoins de deux ou trois ans, sans rupture entre les deux temporalités.

La mobilité interne reste largement perçue comme difficile

Le regard des salariés tranche avec le discours des directions. En France, 66 % jugent la mobilité interne difficile dans leur entreprise, et 54 % estiment que leurs compétences restent en partie invisibles. Cette perception renvoie à un potentiel sous-exploité : des savoir-faire existent, mais circulent mal, faute de passerelles claires entre métiers, équipes et sites.

Le blocage apparaît dans le détail de l’enquête SD Worx. Seuls 34 % voient de vraies possibilités d’évolution de carrière, tandis que 69 % jugent leur entreprise peu active pour signaler des opportunités en interne. Le constat repose sur 1000 salariés français interrogés : le talent reste là, mais les chemins pour le faire bouger demeurent étroits.

La gestion des effectifs ne doit pas se faire au coup par coup ni dans l’urgence : c’est une démarche continue, tournée vers l’anticipation. Rendez visibles les compétences et missions au sein de votre entreprise, tout en offrant aux collaborateurs des opportunités de mobilité.

Jean-Baptiste de Charette, Market Leader France chez SD Worx

L’IA progresse, sans effacer le rôle des managers

La technologie gagne du terrain, mais pas seule. En France, 52 % des employeurs estiment que leurs managers disposent des outils de dimensionnement nécessaires pour ajuster les équipes, tandis que l’IA nourrit une automatisation RH plus visible. Les outils servent à arbitrer, à projeter les besoins et à répartir les ressources, sans effacer le jugement humain.

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La délégation totale reste minoritaire. Seuls 24 % des employeurs accepteraient une gestion des effectifs entièrement automatisée, contre 41 % qui préfèrent un partage entre logiciels et managers. Sur le temps de travail, 34 % se disent prêts à un traitement automatisé, alors que 62 % des salariés déclarent manquer d’outils adaptés au quotidien.

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